A MADAME BRISSOT-THIV ARS
38 féyrier 1850.
Brissot me dit dans sa dernière lettre qu'il pense à faire un voyage dans la capitale. Eh! bon Dieu! que viendra-t-il faire ici? vous le savez sans doute; moi, je ne m'en rends pas compte. 11 faut que ce soit pour quelque chose de grave; sans cela je ne pense pas qu'il voulût venir faire parade de sa personne dans les ministères et à l'Elysée, au risque d'y être en butte à des difQcultés sans nombre, sans compter ses propres maladresses. Pourquoi viendrait-il occuper de lui tout un monde d'affamés, qui le dévoreront des yeux et finiront par demander sa place et le traiteront de rouge, en lui reprochant d'être un reste de la queue du Gouvernement provisoire. Avant devenir, qu'il consulte au moins son ami Garlier^
Celui-ci aurait bien besoin aussi de conseils ^ tout homme d'esprit qu'il est. Je crains qu'il ne soit la dupe du jeu qu'il joue pour les autres. Au fond, bien que je n aime pas la police brutale, j'en serais fâché, car je ne le crois pas plus mauvais qu'un autre. J'en ai même des preuves : il a rendu deux personnes à la liberté sur ma recommandation; et, dernièrement,
* Alors préfet de police.
* Le 4 février, la police avait fait abattre en plusieurs endroits les arbres de liberté, et cette opération politique avait été conduite de manière k blesser au cœur une grande partie de la population parisienne.
il a fait du malheureux Raynal un commis à 1,200 francs, au greffe de la Force : je lui en suis vraiment reconnaissant.