‹ Correspondance de Béranger (volume 4)Chapitre 31 sur 116 · À MONSIEUR RENAUDOT · texte numérisé non relu

À MONSIEUR RENAUDOT

Passy. 28 février 1850.

Mon cher monsieur, j'ai reçu et lu vos chansons avec autant de plaisir que celles de vous qui les ont précédées dans mon ermitage. Je ne conçois pas que vous ayez tiré d'aussi graves conséquences d'une observation que je vous fis à propos du malheur arrivé à votre compagne; cela voulait dire uniquement que je ne connaissais personne en France aussi déterminé à tout chanter, puisque vos malheurs mêmes n'échappaient pas à la cadeuQe de vos refrains. J'en parlais par envie, je vous assure. J'ai sur vos dernières chansons une remarque que je crois déjà vous avoir faite. J'aime la rime exacte, riche même, et peut-être ai-je contribué à en faire reprendre le goût en France ; mais je ne veux pas que la rime ait un air de recherche; c est, selon moi, ce qui arrive quelquefois dans vos chansons. Gela produit à plus d'un vers l'efTet du bout-rimé. La rime avant la pensée I II y a de cela dans le. Nain. Le mot àefœtm n'est d'ailleurs pas heureux pour le refrain*. Celui du Pranc-Pineau aurait pu être plus piquant. Le Coucher du soleil est celui des trois que je préfère.

* M. Renaudol, en nous transmottant copie des- quatorze lettres que Bëranger lui a écrites, a joint à celle-ci une , note qu'il nous parait bon. de transcrire : • Cette chanson intitulée le Nain de la littérature, dont parle Béranger, est la feule que je n ue point corrigée après en avoir reçu son avis, paçce que, l'ayant envoyée en môme temps ii M. de Lamartine, cette chanson me valut uu éloge excessivement flatteur de la part de Tillustre auteur de Jocelyn, »

* M. Renaudot nous aide ainsi, sans le vouloir, ^ faire Téloge de Bérange r.

DE BÊRANGER. 71

A MADAME DRlSSOT-TBt Y AB 8

Mars 1850.

Ne m'avez-YOUs pas envoyé le mandement de votre évé-* que'? Je Tai lu et je crois ne vous en avoir pas accusé réception.

C'est une œuvre de véritable prêtre chrétien, à la hauteur de son ministère et de son époque. D'après ce que j'ai entendu dire de ce prélat, il écrit lui-même ses. mandements : j'en ai trouvé la preuve dans celui-ci. Cette fermeté et cette simplicité de style, si supérieure aux recherches académiques ou aux froides imitations des anciens orateurs de la chaire, révèlent les sentiments propres d'un chef d'Église. Il imprime fortement sa pensée où tremblerait la main d'un secrétaire de sacristie. Voilà au moins reffetque la lecture m'a produit.

Je n'ai pas revu notre bon archevêque depuis la visite qu'il m'a bien voulu faire et que je lui ai rendue, sans le trouver, dans l'ancienne habitation de Chateaubriand. C'est aussi un excellent homme, à ce que tout le monde assure, ma^ qui, dit-on, n'écrit pas lui-même ses mandements. Il ne sera pas damné pour cela, pourvu qu'il les lise.

Je vous dirai que M. Carlier a cherché à me rendre un grand service. Il avait placé mon Hippolyte Raynal au greffe de la Force, commis à 1,200 francs. Ce que je craignais est arrivé : Raynal le bohémien ne s'est pas plus discipliné là qu'il ne l'a pu partout ailleurs. Le préfet m'a fait donner les renseignements qui établissent que c est de sa faute si on n'a pu le garder plus de six semaines dans ce port où il avait trouvé son salut.

' U. Gmenn^ représentant du peuple à T Assemblée constituante et évéque 46 QuiiQpcr.

Vous ne sauriez croire combien je suis resté reconnaissant de la bonne volonté du préfet; aussi regretté-je beaucoup de voir combien il s'expose à s'user vite, au train dont il mène les choses; à en juger, abstraction faite de mes principes, qui ne sont pas ceux des fauteurs de réaction, je crois que votre ami eût pu montrer plus de calme et autant de fermeté. Il ne faut pas que le pouvoir soit provocant. Ceux qui prennent cette couleur sont sacrifiés un jour ou Vautre, même quand leurs idées triomphent.

Tous ceux de vos amis qui sont les nôtres se portent bien et vous font leurs compliments.

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