‹ Correspondance de Béranger (volume 4)Chapitre 33 sur 116 · A MADAME B · texte numérisé non relu

A MADAME B

27 ayril 1850.

Chère dame amie, je ne vous crois pas, parce que j'ai de vos nouvelles par vos amis Legouvé.

Vous babituez-vous à Texil auquel vous vous êtes condamnés l'un et l'autre? Quand on s'est fait des connaissances à Saint*6ermain, il est facile de s'en faire au berceau des Y*^ II n'est certes pas le seul être honnête et bon dans cette ville si renommée jadis. Si j'étais à votre place, moi qui suis un ours, comme on dit à Passy, je ne verrais personne, mais les femmes ont un besoin de vivre autrement que nous autres hommes.

Groiriez-vous que M***, retiré au bord de la mer Normande, ne voit aucun des habitants de sa chère contrée I II vient de passer trois mois ici après deux ans d'absence, et il m'avouait qu'il en avait assez de Paris.

Il s'est vivement informé de tout ce qui vous concerne et eût bien désiré vous retrouver à ce voyage, qu'il m'a paru regarder comme le dernier pour lui. Pourtant sa santé est meilleure, et la vie paisible qu'il mène le peut conduire loin encore, malgré ses soixante-sept ans ; il est vrai malheureusement que sa surdité est augmentée, ce présent de l'âge !

. Moi, je vais tftcher de creuser mon. trou encore plus profondément; les pertes que j'ai éprouvées et que j'éprouve me

forçant à quitter mon gite actuel, je vais cherdier quelque endroit plus écarté, à moins que je ne rentre à Paris, où le portier saura dire aux visiteurs que je suis sorti; je balance entre ces deux partis, que je ne pourrai mettre à exécution que vers Tautomne.

Quand je parle de pertes, n*allez pas croire que j*ai pu faire des spéculations; non, je me suis seulement amusé à prêcher qu'en des temps comme ceux-ci on ne devait pas payer ses dettes; j*ai été pris au mot; de là ma déconvenue, qui me dérange un peu, mais ne m'afQige pas le moins du monde. Si je n'avais que moi à penser, j*en rirais même; ne me plaignez donc pas.

Je vous dirai que j'ai écrit à votre berger des Pyrénées. Je lui envoie un exemplaire de ma belle édition illustrée : renvoi a été fait à Bayonne ou à Pau par mon libratre, avec lettre et avis à Gaston Iiacaze, et je suis encore à savoir si lettré et livres lui sont parvenus. Nous avons mis sur les adresses : Vallée d^O$$au. Vous m'avez dit que cette iivlica* tion était suffisante, vu la célébrité dudit berger. Il en est peut-être de lui commode moi, à qui beaucoup de lettres dont l'adresse est mal indiquée me sont rapportées avec ces m(Hs : Inœnnu^ inconmi, ce qui est assez mortifiant pour mon amour-propre de poète. • , *

Mais au moins ces lettres arrivent ; je voudrais qu'il en fût de même de mes chansons.

A UESDEVOISELLES ***

30 mat 1850.

Ne comptez pas sur un bureau de tabac, à moins que les autorités locales, appuyées par des représentants en crédit, ne s'en mêlent. Alors encore faudra-t-il de l'appui ici, et je m'y emploierai , mais sans vous donner pourtant beaucoup

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d'espérance, tant est grand le nombre des demandes et les prétextes légaux que MM. les directeurs ont toujours à leur service. J'en sais quelque chose.

Parlons des postes : il y a longtemps que j'aurais pu vous fournir de tristes renseignements à cet égard.

Figurez-vous que j'ai une cousine dont je ne sais pas même le nom qui m'a fait apostillcr, il y a deux ans, deux ou trois pétitions pour obtenir un bureau de poste auquel elle n'avait aucun droit. J'apostillai en toute sûreté de conscience, certain que ma signature ne ferait rien à l'affaire. Point du tout; il y a un an la cousine obtient un bureau à vingt lieues de Paris. Une lettre administrative me l'annonce; six mois après une seconde lettre m'annonce le rapprochement de la cousine, qui a préféré être près de la capitale.

D'après cette seconde lettre, signée Thayer, je me croîs en crédit auprès de M. le directeur général : je me hflte de lui écrire pour le remercier du bien qu'il veut à la cousine, et proBte de la circonstance pour lui exposer les droits de M. votre père et l'intérêt que je vous porte ; je lui dis que j'ai en main une demande apostillée des gros bonnets du déparlement, mais que je n'ai pas voulu qu'elle allât s'enfouir dans les paniers aux ordures administratives ; que, sMI veut prendre M. *** sous sa protection, je la lui enverrai, et qu'il aura des droits à ma reconnaissance, etc., etc. Voilà plus de quatre mois de cela, mes chères enfants, et M. le directeur n'a pas daigné me répondre.

Mais la cousine ! me direz-vous. Voici l'affaire : elle est assez gentille; elle aura trouvé quelque chef de bureau ou de division qui se sera chargé de sa demande et aura donné de la valeur à mon nom, ce qui. m'a valu la politesse administrative des deux lettres que M. Thayer a signées sans les lire. Voilà, chères enfants, comment les choses se faisaient sous Louis-Philippe et se font encore sous la République. Jugez,

d'après cette longue histoire, de mon crédit,dont je ris toutes les fois qu*on m'en félicite.

A MADAME TALCHÈRE

Ma chère enfant, Tarchevêque et votre serviteur ne pourront pas grand'chose pour vous, s'il s'agit d'une inspection de salles d'asile. Il y a pour former à ces emplois une école normale tenue par mademoiselle Garpentier, que je connais beaucoup, et dont les cours sont suivis par un certain nombre de personnes d* âges différents : une dame de mes amies, qui a quarante-cinq ans, y apprend son catéchisme dans ce moment pour se rendre digne de devenir institutrice. Madame Marie Garpentier est un ange de bonté et d'intelligence; mais je crains bien que les lieutenants et sous-lieutenants de monseigneur Sibour ne s'arrangent ni d'un esprit aussi élevé ni de vertus aussi sincères.

Quant à vous, je ne sais trop si cette carrière est bien celle que vous deviez tenter.

M. de Melun peut vous être utile; mais songez bien que tous ces dévots-là, même ceux qui sont sincères et tolérants, et il y en a, ne peuvent sortir du cercle qui leur est tracé, cercle dans lequel je doute que vous puissiez entrer et rester. Tentez toutefois, et, si vous avez besoin de moi, croyez que je vous irai en aide avec plaisir. Mais, quand je tremble que mademoiselle Garpentier, dont la vie est si pieuse, dont les talents sont incontestés, ne soit en butte à tout ce monde de robes noires, que voulez-vous que j'en pense pour vous, malgré ce que vous me dites de l'archevêque ! Ge n'est pas la première fois, au reste, qu'on me rapporte de petites preuves de sa bienveillance à mon égard. Je ne sais ce qui me l'a

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méritée ; mais j'en suis heureux, parce qu'on m'a assuré qu'il était un parfait honnête homme.

A MONSIEUR PERBOTIN

4 juin 1850.

Mon cher Perrotin, je vous envoie la i?et/t/e et mes remerciments pour Planche S dont l'article m'a fait une vive impression. Je crains de ne le lui avoir pas dit aussi bien que je le voudrais : vous qui connaissez le cas que je fais de son jugement, de son goût et de sa science littéraire, ajoutez ce qui pourrait manquer à ma lettre.

Il est une chose qu'il n'est pas nécessaire de dire : c'est que je regrette que cet article ait paru dan^ le numéro qui mitraille Hugo sur toutes les faces. Mon éloge a l'air de servir de bourre au fusil deBuloz. J'en suis d'autant plus fâché que bien que Hugo ait toujours été assez mal pour moi, je n'ai pas cessé d'admirer son talent supérieur tout en critiquant les parties faibles. J'ai horreur du manque d'équité.

S'il vous convient pourtant de remercier Buloz en mon nom, faites-le. H est de fait que je n'ai jamais eu à me plaindre de lui, et que je ne lui ai jamais été bon à rien.

A MONSIEUR EUGÈNE NOËL

Passy, SO juin 1850.

Voilà un bon petit volume*, excellent commentaire, excellente préface de Rabelais. Selon moi, il n'y manque rien

* L*artide de GustsTe Planche sur Bénnger est du 1*' juin 1850.

* L^endes françaises. — Rabelais. (V. Souvenirs de Birangery par M. Eufbie Noël.)

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