‹ Correspondance de Béranger (volume 4)Chapitre 38 sur 116 · PRÉFET DE POUCE · texte numérisé non relu

PRÉFET DE POUCE

19mars185i.

Mon cher monsieur Carlier, ne voilà-t-il pas un nouveau malheur qui tombe sur ma protégée de Saint-Lazare, la pauvre femme Nicaud, pour qui vous m'avez écrit une lettre qui m'a rempli de reconnaissance.

Pour rester à Paris, il faut qu'elle paye 54 francs par trimestre à Tadministration, d*après les arrangements pris avec les entrepreneurs du travail des prisonniers. Or comment cette malheureuse femme, chargée d'une vieille mère, et dont le mari, la fille et le gendre sont à Belle-Isie \ peut-elle, en dix-huit mois, gagner 324 francs pour jouir de la faveur que vous lui accordiez?

Je sais, monsieur le préfet, que cela ne vous concerne pas; aussi, tout malade que je suis de la grippe, ai-je. été aujourd'hui pour voir à ce sujet mon ami Tonnet, chef de la dvision des communes, et par conséquent des prisons ; mais il était dans je ne sais quel conseil avec son ministre, et je n'ai pu le voir. Comme il se pourrait que la fièvre me retint chez moi demain, je prends le parti, de peur d'accident, de vous soumettre la position de la femme Nicaud, afin que, si vous pouvez quelque chose de plus en sa faveur, soit directement, soit indirectement, vous prolongiez au moins le séjour à Paris de la prisonnière, pour me donner le temps d'agir pour elle ou pour me faciliter de trouver l'argent qui peut la

tirer d'affaire, la somme étant trop forte pour qu'un pauvre

diable comme moi s'engage seul à la payer à l'administration.

* Lieu de déportation des condamnes de juin.

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