‹ Correspondance de Béranger (volume 4)Chapitre 42 sur 116 · IV · texte numérisé non relu

IV

Toutefois il ne pense pas comme vous sur ce que doit penser votre directeur; il croit, lui, que ce fonctionnaire a intérêt à vous garder près de lui.

Quant à l'obtention d'une direction pour vous, quels que soient vos droits, il me semble que ce serait bien difficile en ce moment ; mais ne désespérons pas.

M. Pellot m'a parlé de vous, il y a quelque temps, avec beaucoup d'intérêt. J'ai montré à H. Tonnet le certificat que je vous envoie. « Il n'a pas besoin de cela, m'a-t-il été c< répondu. Son dossier vaut mieux. »

J'ai fait connaître les judicieuses observations que la loi électorale vous a inspirées. M. Tonnet et moi ne savons comment il faudrait s'y prendre pour faire disparaître de cette loi r inconvénient majeur que vous signalez avec tant de raison. 11 y a là certes un éternel obstacle à la réhabilitation de tous les individus repris de justice. Et ce qu'il y a de singulier, c'est que je me trouve dans ce cas, ce qui ne me touche guère, mais par une rétroactivité de peine qui est l'outrage le plus inconcevable à tout sentiment de justice.

Relativement à la mention sur les actes mortuaires, M. Tonnet m'a dit que, suivant ce que vous avez fait où vous l'avez pu, il est ordonné désormais de ne plus faire les actes de l'ancienne façon ; aussi l'ai-je surpris quand je lui ai cité celui du duc de Praslin, où M. Pasquier avait exigé qu'on inscrivît : Mort dam la prison de la Chambre des pairs. On avait cru ne devoir mettre que le nom de la rue Yaugirard et le numéro de la maison. Dans cette occasion, M. Pasquier fut approuvé, et, selon moi, devait l'être. Le cas était tout particulier. Il n'en est pas ainsi de ceux pour lesquels vous avez demandé la réforme de Tancienne formule.

En entrant dans tous ces détails avec M. Tonnet, j'étais charmé de lui donner de vous une idée encore plus avantageuse que celle qu'il avait déjà.

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Je n'ai pourtant pas cru devoir lui lire vos vers que je vous remercie de m'avoir envoyés. Tout moraux el bons qu'ils sont, vous savez qu'on n'aime pas les rimeurs dans l'administration.

A MONSIEUR DEHIN

12 noTembre 1851.

Laissez en paix ce pauvre ivrogne j mon cher Dehin; je ne voudrais pas qu'à cause de moi il lui arrivât le moindre mal. Quel crime y a-t-il à ce qu'on lui donne ou qu'il prenne mon nom pour enseigne ? N'en remerciez pas moins de ma part H. Guillaume, pour les expressions flatteuses dont il a bien voulu se servir en parlant de moi dans son certificat, que je vous- renvoie, ainsi que vous le désirez ; encore un coup pourtant, ne vous servez pas de cette pièce contre le malheureux H***.

J'avais oublié de vous dire que ce pauvre diable avait pris toutes les précautions pour que le ballot de ses chansons, ainsi que son portrait et sa lettre, ne me coûtassent aucun frais de port. Jugez du nombre de verres de genièvre dont il a dû se priver pour économiser ma bourse, et, en faveur d'un pareil sacrifice, pardonnez-lui toutes ses fautes.

U vous restera à me pardonner la peine que cela vous a donnée.

Adieu, mon dher Dehin ; tout à vous de cœur.

Votre tabac me semble de bonne qualité ; mais ne vous faites pas une affaire avec les douaniers; attendons le libre échange.

P. S. Â l'instant de porter ma lettre à la poste, je la rouvre, parce que je reçois la vôtre et celle de M. Sotiau« Croyez, mon cher Dehin, que, malgré le plaisir que me fait

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la part que M. Soiiau veut bien prendre à cette affaire, je Bravais pas besoin qu'on m'assurât de votre imparti alit é pour accepter sans réserve tout ce que vous pouviez me dire de H*** ; vous n'êtes pas de ces gens desquels on ait Tidée de douter en matière de délicatesse. Je vous remercie, ainsi que M. Sotiau, de l'intérêt que vous voulez bien apporter à ce qui me concerne et à ce qui touche à l'honneur de mon nom dans cette circonstance. Mais je vous prie tous les deux de ne pas troubler dans son petit commerce le confrère H*^, qui me rappelle un mot de mon ami Chateaubriand : c< J'aime H les ivrognes, disait-il un jour ; le gourmand s'attable seul; « l'ivrogne cherche toujours quelqu'un avec qui boire et et trinquer! » En parlant ainsi, l'auteur des Martyrs ne parlait pas des buveurs qui mettent à la besace leurs femmes et leurs enfants.

A MADAME CLAIRE BRONNE

14 décembre 4851.

Madame, les événements dont nous venons d'être témoins ^ TOUS feront excuser le temps que j'ai mis à vous remercier de votre envoi et de la lettre toute flatteuse qui l'accompagnait. J'ai reçu l'un et l'autre le 2 décembre. Depuis, nous avons vu faire de l'histoire. J'ai dû attendre un peu de calme pour lire votre roman, madame, roman où toutefois j'ai bien trouvé aussi quelques excellentes pages d'histoire, qui figuseraient avec avantage dans l'œuvre de ceux qui, aujourd'hui, se donnent la mission de nous retracer notre passé, et manquent souvent de ce qu'il y a d'impartial et d'élevé dans votre esprit.

^ Vous avez également, madame, le talent des portraits, et

^ Le 2 décembre et jours suivants.

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quelquefois il m'a semblé reconnaître lés originaux dont votre plume exercée a peint les caractères dans vos Trois Epoquet.

Des scènes très-dramatiques, un style rapide, brillant et toujours précis, ont dû assurer, madame, un grand succès à ce livre que je vous remercie bien sincèrement de m'avoir fait connaître, et pour lequel j'aurais été vous porter mes témoignages de gratitude, si depuis que Tâge m'a fait fermer ma porte je n'avais dû aussi renoncer à aller frapper à celle des autres, quel que fût le regret que cela me cause parfois.

Ce regret n'a jamais été plus grand qu'aujourd'hui, madame, où je me vois dans l'impossibilité de répondre à l'aimable invitation que vous voulez bien me faire et où il y avait tant à gagner pour moi.

Veuillez pardonner à un vieil ermite, las du monde, qiM n'est plus bon que pour la solitude, d'où il vous adresse ses respectueux hommages.

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