‹ Correspondance de Béranger (volume 4)Chapitre 43 sur 116 · A MONSIEUR A. GODART · texte numérisé non relu

A MONSIEUR A. GODART

16 décembre 1851 .

Je regrette que votre jeune malade ^ ne vous ait pas évité la peine de m'écrire pour satisfaire à votre goût pour les autographes. Elle a, je crois, assez de mon écriture pour satis- , faire plusieurs amateurs. Elle m* eût rendu service à moimême ; car, je ne vous le dissimule pas, monsieur, il me semble qu'un homme de quelque bon sens joue le rôle d'un fat s'il parait croire qu'on attache de la valeur au papier noirci de son encre. Attendons que les saints soient canonisés pour courir après leurs reliques : il faut, après la mort, au moins cent ans pour cela. Les saints du jour, parmi lesquels je tiens le dernier rang, sont trop sujets à cautioi^

1 Madame Blanchecotte.

pour que l'avocat du diable, e*est-à-dire la critique, ne ren* verse pas tantdt l'un, tantôt l'autre. Et malgré toutes les choses flatteuses que vous avez la bonté de m*adresser, monsieur, il se peut qu'un jour l'envie vous prenne de jeter cette lettre au feu. Il y aurait donc deux lettres écrites inutilement, par la faute de notre jeune et intéressante muse. En tout cas, ne l'en punissez point en la privant du secours dé vos soins, dont elle a tant besoin. Âh! que ne suis-je un saint capable de miracles ; je vous aiderais à la tirer de la position pénible dont elle mérite d'autant plus de sortir qu'elle la supporte avec un admirable courage. Malheureusement les saints de mon espèce ne sont bons qu'à faire des autographes, en assez mauvaise écriture, comme vous le voyez.

Recevez, monsieur, avec tous mes remercimenls pour ce que votre lettre contient d'aimable pour moi, l'assurance de mes sentiments les plus distingués.

A MONSIEUR DEHIN

il décembre 1851.

Mon cher Dehin, je n'ai couru aucun danger \ bien qu'un peu de curiosité m'ait fait aller où je pouvais avoir des nouvelles. On a exagéré tout cela, ce qui n'empêche pas qu'il n'y ait beaucoup trop de victimes. Je regrette que votre voyage soit remis : qui sait où nous serons dans six mois ? Je désirerais bien pouvoir voyager à cette époque, et plus tôt peutêtre, pour voir encore une fois de vieux amis qui ne peuvent plus se déranger. Ma santé n'est pas mauvaise pour un homme de mon âge; seulement un rhumatisme m'est venu prendre au bras droit, moi qui ai toujours été exempt de ce

{ ^ Le 2 décembre.

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mal. Ce qui me console, c'est qu'il ne pourra pas me tenir longtemps. Qui m'eût dit, quand j'étais jeune et malingre, que je devais voir ma soixante-douzième année ! Je me serais bien passé de faire si longue route.

Grand merci de l'abri que vous m'offrez de nouveau.

A MONSIEUR GILHARD

iO janTier 1852.

Plus je vais, plus le besoin de repos se fait sentir, et pourtant j'en ai moins que jamais. Je passe les trois quarts de mon temps à faire les commissions des autres, et je vois mes petites ressources s'épuiser, car je ne vis plus que sur un mince capital, qui chaque jour s'épuise, sans que ceux qui me doivent se hâtent de venir à mon aide. Heureusement que c'est ma moindre préoccupation. Et puis, au 1*' janvier, on m'a fait tant de souhaits, que, s'ils s'accomplissent, je ne puis manquer d'être millionnaire avant la fin de 1852.

Je vous remercie des vôtres, mon cher Gilhard, et vous avez sans doute compté d'avance sur tous ceux que je vous envoie en échange. Soyez heureux, portez-vous bien, et venez nous voir, puisque votre bourse vous le permet; enfin, vous nous trouverez sous un nouveau régime, dont le peuple de Paris parait s'arranger assez jusqu'à présent. Nous refaisons l'Empire petit à petit. Serons-nous assez sage pour ne pas pousser l'imitation trop loin? Je ne sais, car je vis loin de tous les hommes du pouvoir, et ne me préoccupe guère que des gens qui ont eu à souffrir de cette révolution, quoique plusieurs aient mérité le mal qui leur en est advenu. Que de sottises, bon Dieu !

Je n'ai pas remarqué que votre canton ait eu à gémir des levées de boucliers du socialisme. Pauvre socialisme! que de

bonnes choses en principe tes prétendus partisans ont compromises pour un longtemps! Je ne m'afflige pas autant que certains que je vois bien décontenancés : il est vrai que plusieurs pensaient plus à leurs intérêts qu'aux intérêts de la France. C'est le mal, le grand mal actuel. Préservons-nousen; nous y verrons plus clair.

A MONSIEUB CARLIËR

10 janvier, au soir, 1852.

Mon cher monsieur, je viens vous demander conseil en faveur d'un pauvre poète, transporté au Havre, et qui bientôt, sans doute, transporté à Brest, sera embarqué pour Gayenne, si on ne se hâte d'aller à son secours.

C'est pour le fabuliste Lachambaudie, dont les œuvres ont obtenu dernièrement l'assentiment du Journal de% Dé^ bats, et qui ont été couronnées deux fois par l'Académie. C'est l'homme le plus incapable d'aller dans une barricade, à moins que ce ne soit pour y vendre les volumes de ses fables, que la pauvreté l'oblige à colporter lui-même, pour nourrir lui et ses deux pauvres enfants, orphelins de mère. Sûr de son innocence, il n'a pas voulu que je recourusse à temps au général Bertrand, qui, à ma recommandation. Ta tiré, il y a trois ans, du même abîme. Cette fois, les juges militaires, juges très-éclaircs sans doute, sans aucun fait nouveau à sa charge, l'ont expédié aux fossoyeurs de Cayenne, où sa faible santé ne lui permettra pas un long séjour.

Y a-t-il, cher monsieur, un moyen pour le sauver de l'embarquement? Y pouvez- vous quelque chose? Si vous n'y pouvez rien, à qui faut-il s'adresser pour tenter de le secourir? Quand je suis arrivé, cette fois, auprès du général Bertrand, il était trop tard, parce que, je le répète, Lacham-

DE BÉRâNGER. 121

baudie avait trop compté sur son innocence. Comme si l'on pouvait compter là-dessus aujourd'hui !

Son crime est d'avoir été écrivain populaire. La peur doit prendre à tous ceux qui ont obtenu cette dénomination. Tout juste que cela est sans doute, vous, mon cher monsieur, qui êtes homme d'intelligence, je ne crains pas de vous recommander un poète de mérite, affligé depuis quinze ans d'un rhumatisme, et que des militaires ont jugé un homme redoutable.

Je vous en supplie, venez à mon aide pour le sauver du funeste voyage qu'on veut lui faire entreprendre j et qui, certainement, sera sans retour pour lui. Pardonnez à cette lettre que le sentiment qui m'anime ne m'a pas permis de faire plus courte»

|À MADAME BLANCBECOTTE

20 janvier 1852.

Après huit ou dix lettres, je viens enfin d'apprendre, par le ministre de la guerre *, qu'il y a eu révision de la condamnation de Lachambaudie. Il ne sera pas transporté, mais expulsé de France. Comment vivra-t-il à l'étranger? En vérité, je crois qu'il eût mieux valu pour lui être nourri aux frais de l'État à Cayenne.

^ Vous voyez que mon crédit n'est pas bien grand. Si j'avais eu quelque ami puissant à l'Elysée, j'aurais sans doute obtenu mieux.

Un de mes amis m'est encore venu hier dire adieu en partant pour l'exil. On ne voit plus que cela.

> Le maréchal Leroy de Saint-Arnaud.

A MONSIECRMOBIN *

8 février 1852.

Je TOUS remercie, monsieur, des trés-spirituels et très-piquantes fables que vous avez bien voulu me communiquer. Elles m*ont fait trop de plaisir pour qu'en ma qualité de vieux rimeur je ne me hasarde pas à vous reprocher un peu trop de laisser aller de style. Une plus grande attention donnée au travail des vers ajouterait à tout ce qu'elles ont de mérite.

Je ne puis répondre, monsieur, à ce que contient votre lettre. Ce sont là des questions graves qui exigeraient bien des pages de réfutation, quoique nous soyons d'accord sur le fond de la discussion. Je me contenterai de vous demander pourquoi, si j'ai eu tant d'influence sur la popularité conservée au nom de l'Empereur, j'en ai eu si peu en préchant la République, comme je n'ai* cessé de le faire depuis plus de quarante ans, et comme je le ferais encore si, à soixante-douze ans, il m'était possible de retrouver ma Terve de trente ans.

Convenez-en, monsieur, vous qui méconnaissez trop les services réels rendus à la France par Napoléon, tous les partis ont fait des fautes; mais celles dont nous devons le plus gémir, ce sont les fautes énormes comqiises par les républicains. Je les avais prévues; aussi aurais-je voulu que la République nous vint un peu plus tard. La Providence en a décidé autrement. Toutefois je mourrai avec l'assurance qu'un jour ou l'autre mes vœux seront exaucés*.

* Avocat, ancien commissaire de la République dans le département d'Eure^t- Loîr.

* Cette lettre a été imprimée dans la Rame de Paris du l'** septembre 1857.

cm

A MONSIEUR BOOLAY (DE LA HEDRTHE)

14 fcvrier 1852.

Le pauvre Meunîer (Arsène), arrêté le 2 décembre, à cinq heures du matin, remis en liberté le 50, a été réarrété le 29 janvier, sans aucun nouveau fait à sa charge, ainsi que je m'en suis assuré à la police, lorsque j'ai été le voir au dépôt. \

Son dossier et son interrogatoire ne laissent craindre aucun fâcheux résultat.

n parait qu'il n'a que moi à qui s'adresser, bien que je le connaisse peu. Aussi m'écrit-il aujourd'hui que la commission vient de 1 e faire transférer du fort de Bicétre à celui d'Ivry, ce qui annonce une condamnation. Croiriez-vous, mon cher monsieur, que c'est sur son journal d'éducation et sur Faclivité qu'il a particulièrement déployée à cette époque^ que semble se fonder la suspicion dont il est l'objet. Prenez garde à vous, qui avez fait bien plus que lui dans cette patriotique affaire, ainsi qu'il l'a publié dans un certain numéro où j'ai lu alors un article sur vous, qui m'a fait d'autant plus de plaisir qu'il ne contenait que de justes éloges.

Meunier a encore une chance : c'est à la commission de révision. Ne pourriez-vous, mon cher monsieur et ami, servir ce malheureux, que la déportation en Algérie menace, en lui accordant l'appui de votre nom, qui ne peut être que tout-puissant? Un mot de vous au*ministre de la guerre sauverait sans doute le pauvre instituteur. J'ai fait l'épreuve depuis deux mois que je ne puis être utile à personne. On m'avait accordé une commutation pour Lachambaudie; et ce fabuliste, d'une santé déplorable, est encore en rade de Brest, â bord du Dugtiesclin^ ^ ce qui me fait craindre qu on ne soit

> Ce ratsseau de ligne s*est perdu, il y a peu de temps, dans le Toisinage du port de Brest*

revenu sur la décision à demi favorable qu'on m'avait fait connaître.

C'est le peu de crédit que j'ai sous ce gouvernement qui m'engage à vous supplier de vous employer promptement en faveur de Meunier, qui, si vous pouvez en parler au ministre de la guerre, évitera sans doute la déportation en Afrique.

Je présume trop bien de votre humanité pour vous faire mes excuses de cette démarche; mais je vous prie de me croire comme toujours, monsieur et ami, votre tout dévoué.

A MESDEMOISELLES

10féTrieri852.

Je suis bien en retard avec vous, mes chères amies ; mais, depuis le 2 décembre, j'ai eu peu de temps à moi. Il m'a fallu m'occuper de bon nombre de ceux qui ont été emprisonnés ou proscrits. J'en connais beaucoup; quelques-uns sont même de mes amis. Voilà donc deux mois et demi que je cours les ministères, que j'écris, etc., etc., et tout cela malheureusement sans beaucoup de succès. Quand on ne s'est pas rangé sous le drapeau du vainqueur, on n'a que peu de crédit à mettre au service des vaincus. Enfin, j'ai fait et fais encore tout ce qu il m'est possible pour les malheureux qui s'adressent à moi.

Telle est mon excuse pour le silence que j'ai gardé. Je pourrais ajouter, à tant d'embarras et de peine, les préoccupations patriotiques; j'aime mieux me taire sur ce dernier point, en vous laissant décider ce qu'il faut penser des Cincinnalus modernes, vous qui avez chanté si bien le dictateur romain.

Puisque me voilà sur vos poésies, je vous remercie du der-

nier morceau que vous m'avez communiqué. Je n'y trouve à reprendre que quelques consonances ou assonnances vicieuses, comme dans les deux premiers vers; les fausses rimes de Thémisûche et de la fin des vers /!b, fuis, jadis, d'ennuis^ ou plus souvent j d'un savant j etc.

Il me semble aussi .que le dernier vers de ce morceau serait mieux placé ainsi :

Que tu pusses un jour, Dédaignant les honneurs, ia fortune, la gloire, De cet homme de bien rappeler la mémoire.

De cette dernière observation faites ce que vous voudrez. Mais, pour les fautes contre l'euphonie, je dois d'autant plus insister que généralement je ne vous trouve pas l'oreille assez difficile.

Cette moralité de l'ambition mérite que vous la débarrassiez de ces petites taches.

Si toutes les affaires ne vont pas bien, il est heureux du moins que les vôtres soient en bonne voie. Je vous en félicite, mes chères enfants; c'est une consolation pour moi.

Votre frère m'a apporté un numéro de son journal (je ne me rappelle pas bien le titre); je n'y étais pas; il avait promis de revenir. Je l'attends encore. Je regrette de ne pouvoir vous donner de ses nouvelles. Le temps n'est pas bon pour ceux qui vivent de la presse périodique.

A MONSIEUR LOUIS YURDOT

27 mars 1852.

Mon cher monsieur Yiardot, vous avez, toujours eu tant de bonté pour moi, que je prends la liberté de réclamer votre obligeance iK)ur un jeune paysagiste de mes amis, qui a bien

besoin de l'appui d'un homme aussi compétent que vous.

Chintreuil, qui vous remettra cette lettre, a l'audace de tenter une révolution dans Tart. Peintre aux tons fins et vrais, il a déjà un commencement de réputation, et les marchands de tableaux vont frapper à sa porte. Hais vous savez^ mon cher monsieur, ce que c'est que les marchands de tableaux. Â peine le pauvre Chintreuil reçoit-il quelques pièces de cinq francs pour une toile qu'ils revendent un prix qui ferait vivre l'auteur à son aise pendant six semaines, car Chintreuil, qui ne pense qu'à son art, s'est fait une manière d'être où les jours où il vit de peu de chose sont des jours de fête, à travers tous les jours où il vit de rien.

Prenez donc pitié de cet excellent homme, mon cher monsieur Yiardot, et tâchez de lui procurer le placement de quelques-uns de ses ouvrages. Il y a tant de personnes auprès desquelles vous jouissez d'une juste auUH'ité, que, si vous lui accordez voire appui, je pourrai espérer le voir enfin à l'abri du besoin, obstacle douloureux que ne rencontrent que trop les véritables talents. Ce sera une bonne action de plus que vous aurez faite, et dont Chintreuil et moi nous vous serons reconnaissants.

A UADANE BLANCHECOTtE

Je vous remercie, ma chère enfant, de m'avoir donné de vos nouvelles. La vue de votre enfant nous a payés de toutes les peines du voyage. Il n'en faut pas plus à une mère pour eifacer bien des peines. Ce qui me désespère et ce à quoi votre bel Alphonse ne peut rien, c'est l'éternel embarras d'argent où vous ne cessez d'être. Il me semble étrange que vous vous soyez mise en route sans ce premier des véhicules. Je regrette d'autant plus de ne pouvoir vous envoyer ce qui

TOUS manque. Malheureusement, je viens d'apprendre encore une nouvelle perte, qui va me mettre à sec pour longtemps. Bon Dieu ! que de gens à plaindre ! Je viens de voir deux pauvres femmes, qui sortent de prison, et qui, forcées de quitter Paris par la police, n'avaient pas de quoi faire le voyage qui leur était ordonné. Tous les jours, j'ai de pareils spectacles, de pires nïême, et vous concevez que ce sont pour moi autant d'occasions d'épuiser mes modiques ressources : ce qui vous explique la gêne dont je me plains^ Mais, comme disent mes Gueux^ le diable n'est pas toujours à la porte des pauvres gens. Je vous vois en bonne disposition pour le chasser de la vôtre. Vous avez du courage et une intelligence applicable à bien des choses, quoi que je vous aie dit l'autre jour. Il ne vous faut que vouloir pour sortir de l'ornière où vous piétinez depuis trop longtemps. Donnez de l'élan à votre esprit. Cessez enfin d'être petite fille, et je suis sûr que la Providence vous viendra en aide.

On me force à garder la chambre. Par bonheur, j'ai un travail à faire auquel je me suis mis. Car, moi, il faut aussi que je travaille, malgré mes soixante-douze ans, ou, pour mieux dire, parce que j'ai soixante-douze ans et qu'il me faut corriger et mettre au net le peu que je laisserai après moi.

Si vous voulez que je vous réponde au sujet de la loi sur l'instruction, indiquez-moi la partie de cette loi qu'il vous importe de connaître. J'ai ri de la manière dont vous me posiez la question. Vous pourriez peut-être vous faire la réponse, si vous trouviez, où vous êtes, un journal qui contint cette loi.

A MONSIEUR PAUL BOITBAU

Mon cherBoiteau, vos vers sont très-jolis, très-spirituels, et cependant ce n'est peut-être pas là une chanson, au moins comme moi je lentendrais.

N'allez pas croire que l'absence d'un refrain me fasse dire cela. Non; on peut faire de bonnes et belles chansons sans refrain. Ce qui me fait penser ainsi de vos couplets, c'est un je ne sais quoi qui chante dans les vers de chanson, une certaine vivacité de tournure, un enchaînement de paroles que je ne trouve pas dans vos couplets, qui n'en sont pas moins d'un bon faiseur.

Mais, dites-moi, pourquoi voulez-vous devenir chansonnier? 11 me semble que vous aspirez à mieux que cela, et je crois en effet, si vous ne vous effrayez; pas du travail, car (à moins d'être Lamartine), il faut travailler le vers et bien étudier la langue, je crois en effet que vous êtes destiné à faire mieux que des chansons.

Je ne vous encouragerai donc pas dans votre nouvelle fantaisie, dussiez-vous m'accuser de vouloir écarter les rivalités dangereuses. Tout à vous de cœur.

A MADAME DLANCHECOTTB

27 avril 1858.

Pauvre mère, je vous vois dans de grands embarras et je vous plains fort, quelque dédommagement que votre tendresse y doive trouver.

Lamartine a été très-souffrant; l'état de ses affaires est

DE RÉRANGER. 129

pour beaucoup dans ses souffrances. Il y a bien à le plaindre quand on voit Tabime où il me semble s'enfoncer chaque jour davantage. Malgré sa gêne, bien plus pénible, que les nôtres, je Tai vu donner encore 200 francs pour de pauvres orphelins dont il a pris la charge, et cela sans y mettre la moindre vanité; car c'est bien par hasard que j'ai été le témoin de cet acte de bienfaisance, au moment où il parlait de vendre des objets qui lui sont chers pour suffire aux dépenses d'annonces pour son journal ^, qui ne me parait pas aller aussi bien qu'il l'espérait.

Vous êtes son commis voyageur : il lui en faudrait beaucoup comme vous.

Depuis que j'ai reçu votre lettre, je ne l'ai pas rencontré. Je ferai votre commission si je le revois. Je vous dirai qu'il vous appelle : « Mademoiselle. »

Nous allions parler de vous, dernièrement, lorsque des importuns nous ont interrompus. Nous reprendrons l'entretien.

Je n'ai pas encore eu le temps d'aller m'abçnner rue de Richelieu. J'irai demain sans doute. Je suis curieux devoir la Jeanne (TÂrc. Je vais mieux.

A MADAUE CAROLINE VALGHÈRE

6 mai 1852.

Pauvre femme! toujours malade, et de plus la misère que TOUS ne sembliez pas avoir à redouter; croyez que je prends bien part à vos infortunes.

Malheureusement je n'y puis rien, moi qui commence à m'apercevoir que notre pension bourgeoise est un peu trop chère pour nous, et, d'ailleurs, votre fierté ne peut faire de

I Le Civilisateur.

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