A MONSIEUR GÉNIN
mai 1852.
Je suis à la Celle-Saint-Cloud , où je resterai encore cinq jours. Les journaux m'apprennent Tévénement qui vous concerne, je vous écris un mot à la hâte.
Je souhaite que vous ne soyez pas aussi affligé que moi de votre mise à la retraite. Je n'oublierai jamais tous les services que vous m'avez mis à même de rendre. Si ma reconnaissance pouvait être une compensation au mauvais traitement que vous éprouvez, soyez sûr qu'elle ne vous manquera jamais. Mais, bon Dieu, que vont devenir les malheureux qui s'adressaient à vous et les établissements où votre probité portait Tordre et l'économie !
Aussitôt mon retour, j'irai vous dire tout ce que je ne puis ajouter ici . Tout à vous de cœur.
A MONSIEUR VOGOET , 13 niai 1852.
Votre brave cousin m'est venu voir et m'a apporté votre lettre et vos compositions. Nous n'avons causé de vous qu un moment, car M. Chartier a tellement peur de gôncr, qu'on ne peut obtenir de lui qu'il prenne un siège, quelque instance qu'on lui fasse. Je suis heureux pour vous d'apprendre que cet excellent homme pense à aller vivre dans votre pays. Ce vous sera un grand adoucissement qu'un pareil voisinage.
Bernard ^ a reçu vos deux lettres et peut-être vous a-t-il
* U. Cbariet Bernard, aujourd'hui médecin de Thospicodes Enfants rs*.ii>l 'a
déjà répondu. Je suis dans ce moment à lacampagne, chez ses parents; mais à peine y peut-il passer quelques heures, tant il a son temps pris. Vous pouvez être sûr que, s'il y avait urgence de vous écrire, il ne manquerait pas de le faire. C'est un homme chez qui le cœur rivalisera avec la science.
J'aurais voulu pouvoir m'occuper du malheureux déporté dont vous me parlez; mais, à force d'avoir vainement sollicité pour d'aulres, je me suis mis dans l'esprit que je leur avais plutôt nui que rendu service. Cela m'a fait rompre avec les personnes qui peuvent quelque chose dans ces sortes d'affaires. Toutefois je tâcherai de trouver un protecteur à votre ami; mais c'est auprès du général Canrobert \ à son passage à Nancy, qu'il eût fallu agir. On assure d'ailleurs qu'il y aura encore des commutations de peine.
Lapointe connaît la pièce de vers que vous m'envoyez. Je crois même qu'il y a répondu. Vous demandez à Bernard de vous donner son adresse. Lapointe habile maintenant à Passy, rue des Réservoirs. Il parait s'être remis aux souliers, ce que je n'ai cessé de lui prêcher. C'est un excellent homme, mais peu disciplinable, sans cela j'aurais peut-être pu lui trouver un emploi; cependant j'aimerais mieux pour lui qu'il restât ouvrier.
J'ai lu avec plaisir votre prose : vous ê4es bien inspiré par la contemplation des beautés champêtres. Si les souvenirs d'une heureuse enfance vous donnent de vifs regrets, l'espérance d'un avenir céleste doit surtout se développer en vous, au milieu des merveilles de la création. Vous êtes bien à
plaindre sans doute, mon cher Yoguet; mais songez à tous ceux que les infirmités de l'âme tourmentent bien plus cruellement que vous n'êtes tourmenté par les infirmités du corps.
' Diverses personnes furent chargées , ])cu après le 2 décembre, de missbns qui embrassaient à la fois plusieurs départements. Le général Canrobert fut alors charge des pouvoirs les plus étendus.
Soyez sûr que beaucoup voudraient pouvoir échanger leurs souffrances contre les vôtres. Ces malheureux-là n'osent penser à Dieu; et vous, c'est dans cette pensée que s'endorment vos douleurs.
Croyez-moi, mon cher Voguet, parmi les heureux du monde, il y a des gens bien plus malheureux que vous. Ce qui ne m'empêche pas de vous plaindre de tout mon cœur et de sentir pour vous le besoin d'une résignation que vous ne pouvez puiser qu'en vous-même, en tournant les yeux vers le ciel, au milieu de vos belles campagnes.
A UADAME BLANCUECOTTE
Juin 1852.
Où avez-vous pris, ma chère enfant, que je connaissais le général Saint-Arnaud ? Je ne le connais pas plus que vous ne le connaissez. Il m'a répondu pour Lachambaudie, voilà tout. Ce qu'il y a de plus extraordinaire, c'est que je ne connais personne dans ses bureaux, ce qui vaudrait peut-être mieux pour l'affaire qui vous occupe. Si je fais rencontre de quelque chef de cette administration, je me mettrai à votre disposition. En attendant, conseillez à madame Y*^^ de demander l'audience qu'elle désire. Une femme peut toujours beaucoup sur ces messieurs, et vous m'avez dit que madame Y*** ^i^ii f^^ aimable : elle sera donc écoutée avec patience. Quant à ma recommandation, elle lui pourrait être nuisible; qu'elle ne regrette donc pas l'impossibilité où je suis de la lui pouvoir offrir.
Je vous renvoie la lettre du cabinet.
J'ai vu Lamartine hier et aujourd'hui. Je l'ai trouvé se levant ce matin. Je n'en suis pas sorti moins triste d'avec lui.