A MONSIEUR ACHILLE YA13LABELLE
8 juin 1858.
Mon cher monsieur Vaulabelle, j'avais demandé votre adresse à notre éditeur, avec l'intention de vous aller porter mes remercîments pour tout ce que vous avez écrit de flatteur à mon sujet dans l'excellent volume que vous venez de faire paraître ^ Perrotin m'apprend que vous serez absent un mois. Je ne veux pas tarder jusque-là à vous offrir mes témoignages de gratitude. Jamais, il ne me semble, jugement plus élogieux n'a été porté sur moi et sur mes chansons.
Quelle que soit ma reconnaissance pour ce qui me regarde, je crois encore vous en devoir plus pour ce que vous dites de Manuel aux chapitres i, ii et vu, et pour la peinture que vous faites de lui, dans les derniers moments de la lutte qu'il eut à soutenir.
U ne me reste plus qu'à souhaiter la réimpression de votre intéressant et patriotique ouvrage. La juste popularité qu'il s'est déjà acquise me répond de l'accomplissement de ce souhait. Alors, je n'en puis douter, vous mettrez d'accord votre opinion sur le Manuel de 1815 avec celle que vous émettez sur le Manuel de 1823, en reconnaissant combien étaient erronés les renseignements qui ont trompé votre admirable bon sens, au commencement de votre histoire.
En attendant votre retour, recevez, mon cher monsieur Vaulabelle, l'assurance de ma considération toute dévouée*.
^ De VHisloire des Deux Restaurations.
* Lettre communiquée par M. de Vaulabelle.
DE BÉRANGER. i35
A MABAHE BLANCHBCOTTE
16 juin 1852.
Merci de votre bonne lettre, ma chère enfant. Je n'ai pas été vous voir, parce que j'ai été enfluxionné depuis quinze . jours et qu'on m'a imposé l'obligation de rester au logis le plus possible. Samedi pourtant j'ai été chez Lamartine d'assez bonne heure : il était déjà sorti. Ce jour-là, j'avais Tintention d'aller vous voir, mais la force m'a manqué. J'observe que je ne marche plus aussi gaillardement que l'année passée : aussi je compte ,mes pas. Ajoutez que j'ai toujours, comme je vous l'ai dit, des provinciaux qui me volent du temps. Il ne m'est pas toujours facile de sortir avant deux heures. Hier j'ai fait une course forcée, et hier soir, seul dans ma chambre, j'ai failli me trouver mal. Pendant une demi-heure, j'ai dû rester sur mon fauteuil, faute de pouvoir gagner mon lit. Aujourd'hui je vais bien et ma fluxion se dissipe. A votre retour de Saint-Mandé, où vous ne resterez que peu de temps, je pense, écrivez-moi et j'irai vous donner de mes nouvelles, qui, je l'espère, seront meilleures. De plus, je vous porterai du chocolat, dont je crains que vous manquiez.
Qu'est devenu ce projet d'impression de vous? Vous ne m'en dites mot. Aurais-je deviné? Ne prenez pas trop Thabitude des paroles en l'air. Je crois en remarquer parfois dans vos lettres. Prenez-y garde; je m'y connais.
P. S. Quel temps afTreux ! et quels tristes spectacles ! Il y a peu de jours, j'ai fait mes adieux à Michelct et à sa femme, partant pour aller se réfugier dans un coin de la Bretagne, où ils se figurent pouvoir vivre plus économiquement qu'à Paris. J'ai vu aussi le logis de la famille Hugo, dévasté par
la proscription; et ce qui est plus triste, c^est, au milieu de ces misères, Tabsence de toutes les prétendues grandes amitiés dont on faisait tant de bruit dans le monde. faiseurs de grandes phrases ! tâchez de n'en faire jamais.