A MONSIEUR P
12 ftoat 1852.
J'ai enfin, monsieur, terminé la lecture de l'informe manuscrit que vous m'avez remis. Je connaissais déjà une partie des morceaux de vers qui en font partie. Il y a dans tout cela de l'esprit, du talenjt presque toujours, mais rarement de l'originalité. Malgré Tabsence de cette qualité, il eût été possible, en un temps meilleur, que l'auteur se fit une réputation. Aujourd'hui je crois cela difficile. Le décousu de tant de morceaux différents de forme et de fond ne laisse au lecteur qu'une idée confuse de l'homme qui se présenterait
,ifii«âQ public. Il me semble queR**** devrait, sous forme de linëmoîres, raconter tout' ce qu*il a fait depnis sa sortie de 'prison et Tinutilité de ses efforts pour se tirer de la position où ses premières fautes Tont jeté : bien entendu quMl arrangerait le tout à son avantage en intercalant dans son récit la plupart de ses vers, sauf à rejeter en appendice les morceaux, dont l'insertion ne serait pas possible. Il intitulerait ce volume, qu'il ne faudrait pas faire trop gros: Ma réhabilitaiion.
Telle est, monsieur, la pensée qui m'est venue, et que je vous livre, bonne ou mauvaise. Communiquez-la-lui. Cela ne l'engage à rien. Il sait mettre mes conseils en oubli.
Mais, sous cette forme ou sous une autre, la difficulté est de lui trouver un éditeur. Je ne connais pas aujourd'hui un libraire à qui j'osasse offrir cette affaire. Et pourtant, je vous le répète, il y a dans tout cela de l'esprit et du talent. Le style de R*** est généralement bon et pur. Peut-être, dans les derniers vers, y a-t-il un peu de froide correction.
Quant à lui rouvrir ma porte, je ne le puis, monsieur, et j*en ai regret, car l'intérêt que je lui porte depuis vingt-trois ans n'a pas diminué, malgré les reproches que j'ai toujours eu à faire à son inconstance, à sa folle mobilité, qui tiennent ou à sa nature ou à ses malheurs, et qui l'ont rendu complétement indisciplinable, même aujourd'hui qu'il approche de la cinquantaine.
J'ai fait des pertes d'argent qui ne me permettent plus de venir à son secours, et ma vie à l'écart m'a été tout crédit. De plus, j'ai soixante-douze ans, et, à cet âge, j'ai besoin d'un peu de repos. Cpmprie abondent encore autour de moi trop de gens qui me laissent à peine un moment à mes réflexions, je m'efforce d* éloigner de mon gîte ceux pour qui je ne puis plus rien faire d'utile. R*** est de ceux-là.
< ^nt il a été ([Qeslioik pluâeiin fois et que Béranger protégeait a?ec tant de lèle, dès aTant 1830, sans panrenir à régulariser la TÎe.
Je n'ajoute rien à ce que je yieos de tous dire, monsieur, si ce n'est Texpression du regret que j*ëprouye de ne pouToir répondre autrement à la prière que tous m'avoE fait l'honneur de m'adresser.