‹ Correspondance de Béranger (volume 4)Chapitre 53 sur 116 · A MADAME VICTOR HUGO · texte numérisé non relu

A MADAME VICTOR HUGO

5 octobre iS53.

Chère et excellente dame, lorsqu'à mon arrivée à Paris j'ai trouvé votre lettre du 23 septembre, vous étiez rassurée sur le sort de la première, à laquelle je m'accuse d'avoir trop tardé à répondre. Je doute moins de la poste que vous, et je compte bien que ma missive, datée de Normandie, vous est parvenue sans encombre, avec mes excuses pour mon retard. Puis, il faut que je vous l'avoue, je suis un peu paresseux d'écrire : pourtant je suis très-touché du prix que vous voulez bien mettre à ma correspondance. Nous nous connaissons

DE BfiRANGER. 157

depuis si peu de temps ! Croyez-vous que je ne sais pas encore le nom de TOtre charmante demoiselle? Vous me le direz, n'est-ce pas? la première fois que vous m'écrirez J'ai pourtant causé plusieurs fois avec elle et n'ai pas oublié les choses sensées que je lui ai entendu dire. Âpprend-elle beaucoup d'anglais pour vous servir d'interprète ?

Je n'ai encore rien de nouveau à vous conter de Paris, où je suis depuis cinq jours, sinon que nous avons un temps affreux.

Yos fortes santés ne peuvent encore avoir souffert de votre nouveau climat, que d'ailleurs on assure être excellent. Trouvez-vous là à vous faire quelque société? c'est ce qui nous manque partout hors Paris. Thiersne pouvait plus tenir à l'étranger. Pour qui le connaît, cela ne m'étonne pas. Hugo soutiendra bien la solitude, et nous y trouverons notre compte. Mais vous, chère dame, qui à tout votre esprit ajoutez le bon esprit de ne pas écrire, n'allez-vous pas nous regretter un peu ? Croyez que je ne pousse pas l'égoîsme jusqu'à le désirer. Dieu m'en garde! Ne regrettez rien à Paris, j'y consens; mais n'oubliez pas ceux qui vous regrettent, vous, votre mari et vos enfants, noble et belle famille, dont la prospérité était l'honneur de notre pays.

Adieu , madame, chargez-vous de toutes mes amitiés pour votre monde et croyez-moi pour la vie votre dévoué de cœur.

P. S. Je relis votre dernière lettre. N'empêchez pas, je vous prie, votre demoiselle de dire « Béranger » tout court ; je vois, dans le retranchement de monneur^ quelque chose de bien plus doux que ce qu'il vous platt d'appeler de l'i/Iutfra* tion; c'est l'effet d'un sentiment affectueux, comme celui qui fait que les petits-enfants tutoient leur grand-père.

A MONSIEUR BABANDEGUT-DUPONT

octobre 1892.

Une assez longue visît^ que je viens de faire à mon vieil ami Dupont (de l'Eure) m'a. empêché de recevoir en son temps votre lettre et les vers qu'elle contenait.

Je ne puis que vous faire les mêmes éloges que pour les morceaux qui ont précédé cette nouvelle satire. J'ajoute seulement une remarque, si vous voulez bien le permettre.

Le 2 décembre est chose si grave, dans quelque sens qu'on le prenne, qu'il semble que vous eussiez dû étendre ce morceau et l'enrichir de beaucoup de détails, que je regrette de n'y pas trouver, surtout en pensant au parti que la poésie en «pouvait tirer.

Vous ressemblez à un paresseux qui, forcé de se mettre au travail, a hâte d'en finir lorsqu'à peine il a commencé. Peui-être vous défiez-vous epcore de votre muse, qui me .semble pouvoir remplir une plus longue carrière. Selon moi, et en considérant le genre que vous adoptez, ce morceau n'est guère que le quart des vers que cette satire devrait contenir. Goun^ donc, monsieur ! osez, et vous en recueillerez le prix t6tou tard.

Je sais la réponse que vous pouvez me faire, et jç voudrais que le public pût s'en contenter. Les rimes manquent à notre langue. Ce qui est sans réponse, ce sont les quatre rimes du quatorzième vers; au vingtième il y aussi un hémistiche à changer : Vmis avez ouvert l'ère^ si désagréable à prononcer. .

DE BËRAN6ER. 45»

A MONSIEUR E. DE BEAUYERGER

12 octobre 1852.

Je me suis hâté, mon cher monsieur, de lire le n*" 50^ et je vous félicite de la mention faite en faveur de cette pièce, qui peut-être méritait mieux, et eût sans doute obtenu le prix si vous aviez apporté plus de soin à la forme, qui est 1 essentiel à T Académie.

Au premier concours pour Mettray, ce n'était pas pour madame Golet que je quêtais des voix, car elle avait fait mystère de sa concurrence. Je tâchais de faire obtenir le prix à un pauvre diable de père de famille à qui la somme promise eût fait grand bien : en pareille circonstance, je ne m'emploie jamais que pour de semblables concurrents, et, pour leur faire avoir le prix, je suis capable de faire commettre des injustices. Déûez-vous donc de moi si vous vous remettez en lice.

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