IV
plusieurs fois. Michelet n'a pas toujours vu d'un bon œil votre héros; moi, je ne Tadmire que comme le seul réformateur que la France pût adopter. En parlant ainsi, vous sentez que je laisse de côté la partie littéraire, bien que ce soit parla diversité de ses talents qu'il a pu faire accepter ses idées philosophiques, mais il y a lieu à chicanes sur la valeur littéraire de ses œuvres. J'ai reçu il y a un mois une lettre de M. Michelet qui semble faire entendre qu'ils passeront Télé et l'automne en Bretagne. Je vous assure, mon cher Noël, qu'il est heureux pour Michelet d'avoir épousé une femme aussi entendue et aussi dévouée. Je plains bien notre cher Dumesnil de n'avoir pu rester à Colmar. Qui diable a pu le faire rompre si vite des arrangements dont il paraissait charmé? Je ne sais de ses nouvelles que par hasard : il parait qu'il a bien peu de temps à lui. On m'avait dit qu'il espérait un retour de fortune en Normandie. Je le souhaite bien, car avec femme et trois enfants, courir les leçons serait une triste ressource. Quand vous le verrez, dites-lui que, qu'il vienne ou ne vienne pas me voir, je n'en fais pas moins des vœux bien sincères pour lui voir une position assurée. Et vous, quand / viendrez-vous à Paris ? Nous causerons de Molière, de Voltaire, de Michelet, etc., et«. En vous attendant, je suis tout à vous de cœur. Bbrakger.
Vous et votre docteur ne me bénissez pas pour le Coq et l*Aigle^. La chanson n'est pas de moi; de plus, je ne la con-
* Chanson qui était très-répandue alors et qu'on attribuait à Béranger. En f oid le premier couplet :
Aigle orgueilleux, tu me bAonl» :
A toi pelais, pompe guerrière, 4 toi les étendards lîénils, A moi l'atelier, la chaumière.
Je vois sans fiel et sans chagrin Tout réclat dont on te redore.
J*en ai tu d*attlres, mon voisin ; J*en Terrai bien d'autres encore.
A part deux ou trois mots que Bcranger n'eût pas écrite, cette chanson cUit
nais pas. Au reste, sachez qu'il y a dix-huit mois que je n'ai fait un seul vers. L'âge a complètement éteint ma pauvre petite verve; peut-être aussi un peu toutes les affaires dont on me charge et qui me volent tout mon temps.