‹ Correspondance de Béranger (volume 4)Chapitre 59 sur 116 · A MONSIEUR CLAIRVILLE · texte numérisé non relu

A MONSIEUR CLAIRVILLE

25 juin 1855.

Mon cher confrère, vos pièces me procurent presque autant de satisfaction etd'amusement que le recueil de vos chansons' , et c'est beaucoup dire, car ce recueil est pétillant de ce bon esprit gaulois que nos mélancoliques semblent avoir étouffé

* Une partie des Mémoires du roi Joseph, publics en 1853 et en 1854.

> M. Clairrille (Louis-François Nicolai, dit), qui a composé tant de pièces pour DOS modernes théâtres de la foire, venait de publier en un rolume in-13 on recueil mtitulé : Cliansons et Poésies,

sous les Inspirations d*outre-mer et d'oulre-Rhin. Tout œ qu'il y a de gaieté, d'heureuse fantaisie, de raison déguisée dans vos chansons, je Tai retrouvé dans plusieurs de vos vaudevilles. Quand Fauteur ne fait pas mieux, c'est que le temps lui manque. C'est ce qui arrivait aux pères du théâtre delà foire, les CioUé, les Panard, les Regnard, les Lesage, les Piron, etc., etc. ; mais ne pourriez- vous, comme plusieurs d'entre eux, à présent que vous vous êtes si bien fait connaître par la spontanéité de vos inspirations, élever un peu vos prétentions littéraires ? J'ai remarqué des vers du recueil chantant, qui me font penser que vous devriez tenter la comédie, celte comédie de Regnard, Dufresny, Dancourt, Picard, qui me semble fort abandonnée de nos jours. Nous autres, gens de la petite littérature, que dédaignent, avec raison sans doute, les grands écrivains, nous devons tenter et prouver parfois que nous valons mieux que nos œuvres, ne serait-ce que pour fournir l'occasion de crier à la jalousie de nos voisins.

Allons, cher confrère, du courage ! C'est le mot que se disait sans doute Tauteur du Joueur et du Légataire^ quand il se ' hasarda dans le domaine de Molière. Répétez-vous-le, et vite à l'œuvre! Je voudrais assister à un pareil succès; mais j'ai soixante-treize ans, et vous savez qu'on m'a déjà enterré plusieurs fois. Dépéchez-vous donc.

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