CCXXVIII
A MONSIEUR ANTIEK
Paris, 37 janvier 1854.
Mon cher Antier, je viens de voir Rostan, qui quittait Lamennais. Ce n'est point une goutte remontée, mais bien une fluxion de poitrine. Rostan a changé la médication, et il en résulte du mieui. Toutefois il désirerait que Blaize fût ici. Lamennais a bien appelé M. Benoît^ ; mais, comme les prêtres
* H. A. Barbet avait été appelé par Lamennais, en même temps que M. Benoit- Champy. Ce fut lui qui pria Béranger d'écrire celte lettre pour M. Blaize, que Lamennais ne voyait pins, ï cause de certaines divergences d'opinions poÛtiqoes. Béranger, qui n'aimait pas cl;es Lamennais cette puissance du retranchement des aiïectious et son inexorable ténacité à ne pas oublier ce qui lui avait, h tort ou k raison, déplu, voyait avec peine que son neveu dévoué, et au fond du cœur chéri encore sans doute, ne fût pas auprès de lui à sa dernière heure. M. Blaize, qui était ^ la campagne, au reçu de la lettre écrite par Béranger, se mit en route et arriva le 30 janvier à Paris, où il eut à approuver tout ce qu'avait fait M. Auguste Barbet.
Void les deux pièces que dès le 16 janvier, en se mettant au lit, Lamennais «Tait écrites :
iKsnucnoKS rooR mes bxécuteubs tbstambntaibbs.
• Je veux être enterré au milieu des pauvres, comme le. sont les pauvres. On ne mettra rien sur ma fossé, pas même une simple pierre.
f Mon corps sera porté directement au cimetière, sans être présenté & aucune ^lise.
f On n'enverra point de lettres de faire part. On annoncera seulement ma mort âMN. Béranger, de Vilrolles, Em. Forgues, J. dOrtigues, Monlanelli, et à madame veuve Elie de Kertanguy.
« Je défends très-expressément que Ton appose les scellés chez moi.
• F. Lamennais. •
« Je déclare qu'il est de ma volonté expresse que mon ami M. Barbet reste
seul uniquement chargé de la surveillance et de Tadministration de ma maison
et de mes intérêts, y compris les visites.
« F. Lavehnais. »
254 CORRESPONDAxNCE
assiègent la porte du moriboDd, M. Benoit craint, dit-on, de se compromettre en chassant ceux qui guettent la pauvre âme au passage. Lamennais a toute sa tête; mais ne serait-il pas convenable que son neveu fût là pour &ire exécuter les ordres de son oncle, quels qu'ils soient? Il n*a que des étrangers autour de lui.
Si j*avais su Tadresse de Blaize, je lui aurais écrit. Écris donc promptement, et, si tu veux, envoie ces quelques lignes que je t'écris à la hâte .
Rostan, malgré le mieux, craint des accidents que Tétat du malade donne à redouter. Tout à toi.
A MADAME BLANCHCCOTTE
i-» février 1854.
Ma chère enfant, j'ai trop couru hier; il faut que je me repose aujourd'hui : l'enflure de ma jambe revient.
Ce qui m'occupe en ce moment, c'est Lamennais, qui est en danger depuis quinze jours. Il y a un peu de mieux depuis qu'on a recours aux vésicatoires ; toutefois nous craignons toujours. Je ne suis donc pas près d'aller dans votre quartier. Et puis on m'ordonne des bains à domicile. Yoilà encore une chose bien ennuyeuse.
A MONSIEUR A. BLAIZB
Paris, 7 février 1854.
Mon cher Blaize, j'avais bien envie d'aller visiter notre cher malade aujourd'hui, pour lui persuader de ne pas renvoyer encore son docteur. Il paraît que Rostan a été un peu blessé de l'espèce de congé que Lamennais lui a donné hier. Pour
DE BÉRAN6ER. 255
le bien diriger dans sa convalescence, il me semble que Rostan est nécessaire.
Mais tout cela exigerait peut-être une longue conversation : or Lamennais ne peut en être déjà à p'ari^ longtemps ou même à écouter parler sans danger.
J'attendrai donc, mon cher ami, que vous m'avertissiez du jour où je pourrai me présenter. D'ici là ma présence ne peut vous être utiles
Ëcrivez-moi, mon cher ami, aussitôt que vous le jugerez convenable. Tout à vous de cœur.
A MADAIIE DONNAT
Samedi matin, il féTrier 1854.
Ha chère enfant, ne viens pas demain, comme tu me l'as annoncé. De bonne heure il me faut encore aller chez Lamennais, avec qui il est urgent que je cause.
J'irai te voir dans la semaine. Je t'embrasse et fais mille amitiés à ton mari. Tout à toi.