A LA ]I,Ë]IE
Vous élevez mal votre iils : vous le dorlotez comme une fille, vous lui mettez des gants jaunes, vous l'habituez à la paresse, toutes choses mauvaises pour un garçon né sans fortune; et encore se souviendra-t-il de vos bontés, en sera-t-il reconnaissant? Vous viendra-t-il en aide le jour où vous vous serez ruinée pour lui faire une vie heureuse? Prenez garde,
DE BËRANGEB. S67
pauvre mère, ne vous fourvoyez pas par trop de faiblesse. Faites-lui apprendre un état; il est jeune, il a de la santé : qu'il travaille, qu'il se fasse homme, homme de cœur s'il se peut. Ne le jetez pas dans la littérature : on y mange tout quand on y gagne quelque chose, et, la plupart du temps, on n'y gagne rien; il y a des exceptions, c'est vrai, mais elles sont rares. Que ne faites-vous de Georges un commerçant ! Le commerce est aujourd'hui le meilleur moyen de tirer son épingle du jeu; il ne l'aime pas, m'avez-vous dit, tenez-lui fermée votre bourse, et il faudra bien qu'il cherche les moyens de remplir la sienne. Amenez-le-moi un matin : j'ai besoin de le mieux connaître pour vous donner un bon avis . Je vous félicite d'avoir trouvé bon gîte et bonne compagnie à la campagne. Je suis si vieux et si souiTrant, qu'il m'est difficile de rompre mes habitudes, même pour quelques jours. Judith ne marche pas du tout ; c'est toute une histoire pour elle que de prendre un fiacre et d'aller àTassy voir de vieilles amies. Vous me demandez dans quelle tragédie je préfère Rachel? Elle est admirable dans toutes, elle est sublime dans Polyeuete. Du reste, j'avoue à ma honte que je ne l'ai vi|e que cinq fois. Vous me paraisse fort affectée de ce que vous ont dit les médecins : ne vous en rapportez pas trop à eux, ils font souvent plus de bruit que de besogne. Ne vous droguez pas, faites de lexercice, et j'espère qu'avec ce beau temps vous vous trouverez mieux.