‹ Correspondance de Béranger (volume 5)Chapitre 62 sur 136 · A MADAME B · texte numérisé non relu

A MADAME B

J'ai un petit moment à vous consacrer, et j'en profite. Mon pauvre Lamartine vient de nous arriver : je voudrais qu'il pût se tirer d'affaire; mais j'en doute et cela m'afflige.

Ce qui m'afflige plus encore c'est Manin. J'ai eu le spectacle de sa malheureuse fille dans un état que je ne vous décrirai pas : il m'en a trop coûté de le décrire à Bretonneau. Au milieu de pareilles douleurs, concevez-vous que l'intelligence reste intacte * ?

Concevez-vous cette pauvre fille se préoccupant de tout le mal que son mal fait à son excellent père, le pressant de ses mains crispées et lui demandant pardon du martyre qu'elle lui fait éprouver!

Mais pourquoi vous affliger de ce tableau? Amusezvous où vous êtes; vous devez être là au milieu de gens heureux, ou qui font semblant de l'être; ayez l'air de les croire.

Adieu, clière dame. Mes amitiés à B***, et tout à vou<^ de cœur.

Judith vous présente ses amitiés.

P. S. J'ai reçu la visite de madame Beecher StowcElle est charmante. Judith prétend qu'elle ne paraît que trente ans, bien qu'elle ail eu sept enfants. Elle ne parle pas encore le français, nous avons pourtant beaucoup ri ensem-

' Mademoiselle Emiiia Manin a survécu jusqu'en 1855. Manin est mort lo 22 septembre 1857. Deux mois auparavant, le 15 juillet, il était venu verser des larmes sur lelauteuil où Béranger achevait de mourir,

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