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210 COURESPONDANCE
Lie. Puis nous nous sommes embrassés. Il paraît qu'elle
n'est pas partout comme cela. J'en suis fier*.
MO.NSIEIR du; LAMARTINE A BERANGER
Cher et illustre, mais surtout bon, vous savez que je respecte l'incognito delà gloire, et que je ne vous ai jamais levé le masque du bonhomme pour dévisager l'homme de célébrité ; mais enfin il le faut. Il s'agit d'un Américain, passionné pour vous, qui me supplie de lui ouvrir votre ermitage.
Je le mènerai jeudi, à deux heures, chez vous, sauf contreordre. Vous savez que je sais compatir aux mots que j'ai soufferts et que j'abrégerai votre supplice.
Adieu et éternelle, quoique tardive affection : « Libertas quœ sera tamenï »
A MONSIEUR ADOLPHE CAZALET
2ôjuillell853.
Pardonnez-moi, monsieur, d'avoir tant lardé à vous remercier de votre volume.
Je vieillis beaucoup et ma paresse à écrire augmente avec les années. Il y a déjà plusieurs mois que j'ai vos Esquisses littéraires^ et que je les ai lues avec un vrai plaisir, en me demandant comment il se faisait que vous ne vous soyez pas lancé dans la haute critique littéraire. C'est un besoin de l'époque auquel vous eussiez parfaitement répondu,
* On peut lire dans les Souvenirs heureux ce que madame Bcechor Stowe a dil, de son côté, de cette visite faite par l'aulcur de ïOnde Tuin à l'auteur des Quatre âges historiques.
- Esquisses litlcraires et morales.
ayant en connaissance et en étendue d'esprit ce qui manque à beaucoup de ceux qui se sont emparés de ce rôle.
Croyez-bien, monsieur, que ces éloges sont indépendants des éloges que vous me prodiguez. Ceux-ci seraient plutôt capables de décréditer mon opinion, car ils sont de nature à faire penser que vous vous laissez un peu emporter par vos goûts ou vos affections particulières. Or, ce qui ne peut qu'augmenter la gratitude que je vous dois pourrait bien ne pas être un titre à la confiance des juges impartiaux.
Je n'en regrette pas moins de vivre, ou, pour mieux dire, d'achever de vivre loin du monde et surtout du monde des littérateurs, car, malgré le trop grand bien que vous dites de moi, monsieur, je tacherais d'obtenir que quelques journaux, restés grands seigneurs, bien qu'Alcibiade leur ait coupé la queue et les oreilles, je tâcherais, dis-je, qu'ils s'occupassent de vos Esquisses et leur rendissent la justice qu'elles méritent.
Vous autres, gens d'esprit de province, il est bien rare que cette bonne fortune vous arrive. Aussi ai-je souvent pensé que les départements devraient avoir à Paris un journal à eux, consacré à leurs intérêts matériels et intellectuels, et faisant, au besoin, bonne guerre aux confrères de la capitale : il me semble qu'il aurait bon nombre d'abonnés sans grands frais de rédaction. S'il s'établit, mettezvous à la tête de l'entreprise; elle aura encore un succès plus certain.
A MONSIEUR VIDEAU
1" août 1853.
Il est d'usage ù rAcadémie de ne donner connaissance des décisions pour les prix qu'à l'époque de la séance qui leur est consacrée dans la distribution du mois d'août. Voilà pourquoi, mon cher Yideau, aucune nouvelle n'en est arrivée à M. Lion^
La décision prise à son égard n'a pu être changée ; je l'aurais su. Attendez donc. Je pense que la distribution sera du 15 au 25 août.
Vous connaissez M. Thiéblin ; il m'a })arlé de vous en me venant faire ses adieux. Je lui ai l'obligation de plusieurs services rendus à des proscrits, et il est impossible d'y mettre une meilleure grâce et plus d'empressement. Il m'a dii être satisfait du peu qu'il a reçu en échange de sa belle place. Je n'ai pas pu débrouiller la chute de son ministre et la sienne. Ce que je sais, c'est qu'il a laissé ici la réputation d'un homme humain et serviable, et que je lui serai reconnaissant à jamais pour les malheureux qu'il a servis à ma recommandation, et que j'ai bien regret de ne l'avoir pas connu plus iùC
* Voir la lettre du 12 mars 1855 à madame Cauchois-Lemaire. ^ Lettre communiquée par M. le chevalier de Coucy.