A MONSIEUR COULMANN
Mon cher Coulmann, je vous ai dit que j'avais le désir de faire une chanson en l'honneur de madame Dufrénoy. Je l'ai faite et vous l'envoie. Je ne sais si elle vous paraîtra digne de son sujet; mais j'espère qu'au moins cette excellente femme y verra l'expression du plaisir que ses élégies m'on fait. Elle est pour moi la première de nos muses, et je la place môme bien au-dessus de celles qui l'ont précédée. Si je n'ai pas exprimé plus positivement cette façon de pen-
* Lettre communiquée par M. Boutron.
2 Cette lettre n'est pas datée. Comme les Élégies de madame Dufrénoy ont été réimprimées en 1821, il est probable que c'est en 1821 qu'a été écrite la lettre de Déranger.
Madame Dufrénoy (Adélaïde-Gilletle Billet), née à Paris le 5 décembre 17(55, est morte le 7 mars 1825, C'est la mère du géologue Pierre-Armand Dufrénoy, qu'on a perdu récemment. Ses Élégies ne manquent pas de cbaleur. On a prétendu, mais à tort, que Fontancs écrivait une partie des vers de madame Dufrénoy. Ce qui est vrai, c'est qu'une partie des vers de madame Dufrénoy lui sont consacrés. Elle mourut, dit-on, du chagrin que lui causa la calomnie qui inscrivit .son nom sur les fameuses listes d'espions de société que l'on fit circuler dans Paris en 1825 et en 1824. Le témoignage de Déranger la venge de cette injure.
ser dans mes couplets, c'est qu'elle pourrait appeler la contradiction de la part de certaines gens qui n'aiment point qu'un autre qu'eux décide ce qu'ils pensent. Je souhaite que ces couplets soient ce que j'aurais désiré qu'ils fussent. Dans le cas où ils vous feraient naître quelques réflexions, laites-m'en part, je vous prie, avant de les envoyer; car c'est vous que je charge de les faire parvenir à leur adresse, attendu que je n'ai pas celle de madame Dufrénoy.
Pardonnez-moi la peine que cela pourra vous donner, et croyez à mon amitié sincère*.
Instruction publique, 1821.
Je l'avais deviné, mon cher ami, M. Laffittc ne vous avait pas reconnu, et il a exprimé à Manuel le regret d'avoir été distrait quand vous lui avez dit votre nom. Je vous envoie un mot avec lequel vous pouvez vous présenter en toute confiance à M. Pierre Laffitte, chef des bureaux.
Pardon de ne vous avoir pas évité les démarches, mais c'était dans l'intérêt d'un homme que j'aime et que j'estime.
Tout à vous. Céranger.
* Lcltrc communiquée par M. Coulmann.
' Les Icltrcs (le Béraiiger à M. Cauchois-Leniaire sont nombreuses. Nous aurons plus d'une fois occasion do les annoter. Ici il s'agit de quelque escompte de billets de librairie que Laffitte faisait toujours galamment aux écrivains du parti libéral. M. Cauchois-Lemaire (Louis-Auguste-Fnuiçois, né à Paris le 28 avril 1 789) ne fit la connaissance de Béranger que vers l'époque où nous sommes arrivés. C'est dans les réunions des Amis de la presse qu'ils se connurent. Béranger rccherclia M. Cauchois-Lemaire,qui avait si courageusement combattu pour les idées démocratiques des les premier^, jouis de 1815, et qui avait été exilé en même tem[ts qu'Arnaull.