‹ Correspondance de BérangerChapitre 22 sur 73 · A MADAME TISSOT · texte numérisé non relu

A MADAME TISSOT

Paris, 23 juin 1821.

Madame,

Si je ne partais pour la campagne à l'instant même où je reçois votre lettre, j'irais moi-même vous assurer de tout le plaisir que j'aurai à me rendre à votre aimable invitation. Croyez, je vous prie, madame, que je tiens à honneur d'être au nombre de ceux qui s'empressent d'exprimer à Tissot tout le mépris que leur inspirent ses ennemis \ et toute l'estime que le public fait de son talent et de sa personne. Il sait, au reste, quels sont mes sentiments pour lui, et je vous remercie bien sincèrement, madame, de la nouvelle et agréable occasion que vous me fournissez de les lui exprimer encore.

Agréez, madame, l'assurance de mon respect et de ma considération la plus distinguée.

A MONSIEUR GUICIIARD PRINTEMPS

4 juillet 1821.

Monsieur, j'arrive de la campagne après un grand mois d'absence, et me bâte de répondre à votre lettre. J'avais chargé M. Béjot^, rue du Helder, de régler votre affaire. Vous savez qu'il n'a dépendu que de vous de la terminer, en établissant nos comptes. Vous paraissez croire que l'on a fait

* Tissot venait d'être écarté de sa chaire du Collège de France et évincé, par mesure de police, du journal le Pilote, dont la propriété formait alors toute sa fortune.

* M. Béjot, qui devint l'ami intime et l'ccononic de Déranger, était l'un des collaborateurs de M. Bérard.

continuer le tirage ; mais vous devez vous rappeler qu'il faut votre signature, pour cela, conjointement avec celle de M. Wilhem. On n'a donc rien pu faire sans vous. Vous auriez dû, ce me semble, hâter cette opération, si elle était nécessaire. Je vous avoue que j'ignore absolument à quoi nous en sommes ; mais je vous déclare qu'aussitôt que je serai couvert de mes avances je vous abandonnerai l'affaire, mon intention n'ayant jamais été de m'en attribuer les bénéfices. Les conditions que j'avais mises d'abord étaient uniquement dans l'intention de vous empêcher d'opérer d'une manière désavantageuse. Passez donc rue du lielder, terminez vos comptes et entrez en jouissance, si les frais sont couverts; ou, si vous l'aimez mieux, substituez quelqu'un à vos droits, au prix qui vous conviendra d'y mettre, sans que j'aie à m'en mêler. Je vous répète que je ne veux qu'être à couvert de mes avances. Si elles sont remplies, je ne réclame plus rien et désire que la vente soit pour vous d'un prix égal à la peine que vous vous êtes donnée.

Si je n'étais obligé de repartir à l'instant pour la campagne, j'irais vous voir pour causer de cela; mais je pense que vous voudrez bien vous donner la peine qu'exige encore la confection des nouveaux exemplaires.

Agréez l'assurance de ma parfaite considération. Votre serviteur.

XGIV

A MONSIEUR CADET DE GASSICOURT

10 novembre 1821.

Mon cher ami.

Je reçois la lettre à l'instant de partir avec Bernard pour la campagne. Tu ne saurais croire le plaisir qu'elle me fait; elle me soulage d'un remords. Je sentais vivement mes torts

224 CORUESPONDANCE

vis-à-vis d'un ami dont j'ai tant à me louer. Mais ce sérail détruire le mérite de ton indulgence que de te dire aujourd'hui combien j'en ai de repentir.

Avant d'aller chanter mes refrains à nos devanciers, j'espère bien que nous les répéterons encore ensemble. Lundi, je t'irai la ter le pouls, et je suis sûr que la bonne action que tu viens de faire aura avancé ta convalescence.

Ton ami bien repentant, Béranger^

Mille amitiés à Félix, envers qui j'ai aussi des torts.

XCY

A MONSIEUR CADET DE GASSICOURT

25 novembre 1821.

Mon cher Félix,

Je sais que tu crois avoir, et qu'un temps même tu as eu de réels sujets de mécontentement contre moi. Mais ce n'est

' Lettre communiquée par M. Félix Cadet de Gassicourt. La famille Cadet de Gassicourt a pour chef Louis-Claude, dit Cadet de Gassicourt, ué en 1751, mort en 17!J9, qui, dès 17G6, était membre de l'Académie des sciences, et à qui la pharmacie doit d'heureuses découvertes. Son désintéressement égalait son mérite. Cadet de Vaux, son frère, fonda, en 1777, le Journal de P(tris sans renoncer aux sciences. On lui doit la suppression du cimetière des Innuc«nts. 11 perfectionna l'art de la boulangerie avec P.irmentier et fonda les premiers comices agricoles. 11 est mort pauvre en 1 828, et a laissé un nom honoré de tous. C'est le lils de Louis-Claude, Charles-Louis Cadet de Gassicourt, né à Paris, le 23 janvier 17G9, queBcrangcr connut au Caveau, eia\ec lequel il se lia d'une amitié dont cette lettre est la preuve. D'abord avocat, il avait adopté les nobles idées républicaines, mais il marcha contre la Convention dans la journée du 15 vendémiaire. 11 rouvrit, en 1801, la pharmacie historique de son père, devint, en 1800, secrétaire du conseil de salubrité, et, en 1809, premier pharmacien de l'Empereur. Il a écrit, en cette qualité, une relation de la campagne d'Autriche. On lui doit de très-nombreuses brochures scientifiques et des poésies légères.

Dix jours après que Déranger lui eut écrit cette lettre. Cadet de Gassicourt n'était plus.

Son fils, M. Félix Cadet Gassicourt, a joué un rôle actif pendant les dernières années du gouvernement de la Restauration dans les rangs de l'armée libérale. C'est de son cabinet qu'est sortie, toute jiliée et bonne à répandre partout, la chanson du Vietix Drapeau. (Voy. Hist. de la Révol. de 1n50, par Cauchois- Lcmairo; t. II. inédit.)

DE BÉRANGEU. 225

pas en ces derniers moments que tu dois ajouter au profond chagrin que tu éprouves celui d'avoir à te plaindre d'un ancien ami. Ma négligence m'a tenu éloigné de votre maison, et non point un manque d'attachement. J'ai toujours chéri l'homme excellent dont tu pleures la perte. Sa mémoire ne sortira point de mon cœur. J'étais loin de prévoir le terme d'une vie si honorable et si précieuse, et, lorsque je sollicitai le pardon de mon absence, j'avoue que j'avais encore l'idée de recevoir de ton père un adoucissement aux tracasseries qu'on me suscite \ Le ciel en a autre-

1 Béranger parle dans cette lettre de désagréments qu'il a subis. C'est de son premier procès qu'il veut parler.

Son deuxième recueil avait paru le 25 octobre. Le lendemain il recevait la lettre suivante :

CONSEIL ROYAL DE l'iNSTRDCTION PUBLIQUE

Le Conseil royal, monsieur, me charge de vous prévenir qu'il juge que, d'après les avertissements qui vous avaient été donnes précédemment, vous avez renoncé de vous-même à être attaché à l'Université, lorsque vous vous êtes déterminé à publier votre dernier recueil.

Recevez, monsieur, l'assurance de ma parfaite considération.

Le conseiller, secrétaire général, Petitot.

Le procureur du roi requérait, le 20 octobre, qu'il fiit informé contre l'auteur ; le 5 novembre, que la chambre du conseil déclarât bonne et valable la saisie qu'on avait pratiquée. Le 7 novembre, le procureur persistait dans son réquisitoii'e. Le 20 novembre, l'avocat général Marchangy demandait la mise en accusation. L'arrêt de renvoi est daté du '27 novembre.

Quoiqu'on ait imprimé plusieurs fois l'histoire des procès de Béranger, nous reproduisons l'arrêt de renvoi qui résume la procédure, la liste des questions soumises au jury et l'arrêt.

Page 1