‹ Correspondance de BérangerChapitre 31 sur 73 · A MADEMOISELLE AGATHE · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE AGATHE

Ma passion ne sait rien faire de raisonnable. Le vendredi, je dîne d'obligation chez le restaurateur, avec ce qu'on appelle des gens d'esprit, mais qui déraisonnent quelquefois tout autant que madame D***. Je ne manque à ce dîner que

* M:uleiiioisell(? Agnlho Ileiirlaiix, sreiir do M. Rrrnrd.

lorsque je n'ai pas le sou; malheureuscmcnl j'ai encore une pièce de cinq francs dans ma poche. Vous voyez, ma chère Agathe, que je ne pourrai vous aller voir qu'après dîner. Pourquoi choisil-elle un vendredi pour dîner chez votre tante?

Remerciez mère^ de sa honte, et croyez-moi voire sincère ami.

A MONSIEUR WILHEM

Comment te portes-tu et comment vous portez-vous? J'aurais bien voulu t'aller voir, mais, outre la visite d'un Anglais, que je ne voulais pas manquer, il faut que tu saches que lundi soir ma maudite toux a recommencé de plus helle. D'après l'avis de Dubois, on m'a remis au bouillon aux herbes. Ce sera la dernière fois, je l'espère. Je suis mieux aujourd'hui, et je commence à croire que les rafraîchissements achèveront la cure. Mais toi, oij en es-tu? Les sangsues t'ont-elles soulagé? Écris-moi un mot, ou, si lu ne le peux, prie ta femme de le faire. Elle-même a bien aussi de ses nouvelles à me donner. Il me semble qu'elle se plaignait un peu la dernière fois que je l'ai vue. Mille amitiés pour la vie. Déranger.

J'ai vu madame Antier hier soir. Son mari n'a pu aller te voir tant il est occupé. Il fait un vaudeville pour l'Ambigu et un mélodrame pour le Vaudeville. ^

* Madame Bérard.

DE DERANGER. 285

GXXXYII

A MONSIEUR IVOUGET DE LISLE

21 juin 1820.

Je viens de chez vous, et malgré le silence obstiné de vos hôtes, je me suis convaincu que ce qu'on m'a dit il y a deux jours à la campagne n'est mallicureusement que trop vrai. Je vous écris donc à Sainte-Pélagie. Je n'ai plus à vous faire de })rotestations de dévouement. J'entre donc en matière sur-le-champ.

Quelle dette a causé votre détention? est-elle considérable? Répondez-moi positivement. N'allez pourtant pas en conclure que je sache encore par quel moyen vous tirer de là. Malheureusement vous m'avez toujours connu beaucoup de bonnes intentions et peu de pouvoir. Mais enfin ditesmoi d'abord si vous croyez que des démarches auprès du créancier pourraient quelque chose. J'en ferai s'il le faut. Je tenterai d'autres voies, mais il est nécessaire, avant tout, je vous le répète, de savoir pour combien vous êtes écroué.

Je connais les usages de la prison politique et nullement ceux de la dette. Je crois me rappeler pourtant qu'on ne peut obtenir de permis à la police pour entrer chez les détenus qu'avec leur autorisation. Envoyez-moi donc la vôtre; mon commissionnaire attendra votre réponse dans les guichets.

J'ai une recommandation à vous faire : ne rougissez pas d'être détenu pour dettes. C'est à la nation tout entière à rougir des malheurs qui n'ont cessé d'accabler l'auteur de la Marseillaise. Je l'ai crié bien des fois dans les salons de

régoïsmc. Peut-être qu'à la fin un peu de pudeur le lera comprendre aux plus sourds.

Tout à vous de cœur. Votre ami, Béranger.

P. S. Point d'enfantillage; répondez-moi sur-le-champ'.

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