A MONSIEUR HENRI MONNIER
Ce 29 janvier 1827,
Monsieur, je regrette vivement que vous vous soyez donné la peine de passer chez moi sans m'y rencontrer. Retenu par un rhume, je ne pense pas sortir de la semaine, au moins dans la matinée. Vous me trouverez donc de onze heures à trois, surtout les jeudis et les dimanches, et si je savais que vendredi ou samedi vous convinssent, je me ferais un devoir de vous attendre jusqu'à l'heure qui vous conviendrait. Je ne sais si je pourrai être utile à votre heureux talent, mais au moins je l'essayerai, puisque vous l'exigez; quant à moi, ce que j'y vois de plus sûr, c'est l'avantage de faire votre connaissance.
Recevez, monsieur, l'assurance de ma plus parfaite considération*. Votre très-humble serviteur.
» Lettre communiquée par M. Hem-i Monnier. H s'agissait de dessins pour les cliunsons.
GXLVII
A MADAME LEMAIRE
Je ne suis pas encore très-bien remis des accès de fièvre qui ne m'ont quitté qu'hier; aussi j'agis en malade et j'envoie chez vous un vieil habit que je vous prie de laisser dans votre antichambre, où je me ferai beau pour paraître au salon. Je veux sortir ce matin, et je m'éviterai ainsi la peine de rentrer chez moi, ce qui ne fera pas de peine à mes jambes, devenues un peu paresseuses.
Je vous envoie aussi votre Aristophane; savez-vous que Barthe est parti hier pour Orléans? 11 m'assurait dimanche qu'il dînerait chez vous aujourd'hui.
A MADAME CAUCHOIS LEMAIRE
Ce mardi soir.
Voici, ma chère, la lettre que Dubois m'écrit en m'envoyant celle que Lemaire lui adresse. Je viens de lire cette dernière; elle est bien dans tout ce qui est justification, bien aussi peut-être dans ce qui est accusation ; mais, sous ce rapport, elle a un grave inconvénient, c'est de nécessiter une réponse du rédacteur. J'y verrais plus de danger que d'avantage, vu la situation de l'affaire, ou il faut arranger cette lettre de façon qu'elle n'attire pas une réponse, ce que je crois impossible, et je suis d'avis, sauf meilleur conseil, qu'il convient de n'en pas demander l'insertion. Vous verrez, par la lettre de Dubois, qu'il y a plus de maladresse que de malveillance dans son fait. Je sais bien que l'efrot est le même ; mais, encore uno fois, que Lcmnirc se di?.o
bien que le Globe ne parle qu'à un cercle très-circonscrit, qui manque d'échos, et n'a point de retentissement politique. Au reste, je vous le répète, une réponse à cette réponse pourrait ajouter au mal dans ce petit cercle même, et il suffirait que les expressions de Lemaire donnassent droit à une vive récrimination, pour que l'effet de la réplique fût plus étendu qu'il n'a coutume de l'être pour les articles de ce journal. Dites tout cela à votre mari, et si je me trompe, tâchez au moins de lui faire effacer ce qu'il y a de direct contre Dubois et son journal. Nous ne sommes pas en position, ni même de caractère, à avoir tout le monde contre nous : il suffit de MM. du parquet, des juges, de MM. tels et tels, etc., etc.
Tout à vous de cœur. Déranger.
P. S. Je crois nécessaire de vous renvoyer la pièce originale, afin qu'en cas de corrections, vous ne soyez pas obligée d'en faire une autre copie.
Ce 14 février 1827.
Mademoiselle,
Combien je suis sensible à la bonté que vous avez de me faire connaître la musique charmante que vous avez composée sur mes pauvres Mronc?e //es/ Je n'ai pas l'honneur d'être musicien ; mais un de mes amis, excellent juge, regarde votre air comme un des plus gracieux qu'il ait entendus, et il a produit sur moi le môme effet. Je ne peux mieux vous le prouver qu'en vous disant qu'il m'a paru digne des charmants couplets placés si modestement dans votre lettre, et que ma vanité s'empresse de faire lire à tout le
monde. Vous vivez sous un beau ciel, mademoiselle, sous un ciel inspirateur; vous descendez sans doute de quelquesuns de ces Grecs qui ont autrefois civilisé vos contrées. Cherchez bien si votre famille ne remonte pas jusqu'aux Muses. Cette noblesse en vaut bien d'autres, et vous avez l'avantage de n'avoir point dégénéré.
Puisque vous avez eu la bonté de faire connaître aux Marseillais ma chanson des Hirondelles, poussez la complaisance jusqu'à en faire disparaître une faute typographique à l'avant-dernicr vers du dernier couplet; on a mis hirondelles, de ma patrie, etc. ; il ne faut point de virgule après hirondelles.
Cet oiseau, du printemps messager si fidèle, Ne chantant point, vers vous a dirigé son vol,
Et vous avez à l'hirondelle
Prêté la voix du rossignol.
Recevez-en, mademoiselle, et pour elles et pour moi, les témoignages de la plus vive gratitude ^
A MADEMOISELLE JULIETTE QUENESCOURT
Ce vendredi.
Ma chère Juliette, tu as peut-être cru qu'il en serait des robes comme de certain peigne; mais point du tout. Je t'en envoie deux de la fabrique de M. Davillier, et choisies par sa femme. J'espère que tu les trouveras de ton goût. Si je n'avais été absent dix jours de Paris, tu les aurais reçues plus tôt.
Mille amitiés à ta mère et à ton père. Dis-leur que je
* Lettre communiquée par M. Félix Lepeylre (de Marseille).
compte les aller voir la semaine prochaine, à mon retour
de Maisons, où je crois aller demain.
Je t'embrasse comme je t'aime. Déranger.