GLI
A MONSIEUR MONTANDON
Mon cher Montandon^ voici une demande de secours que je recommande à M. Laffitte. M. Levasseur est très-malheureux; on peut dire à la lettre qu'il manque de pain. Déjà M. Laflitte a contribué à lui faire obtenir un cours à l'Athénée, ce qui ne lui vaut que 600 francs, et ce cours va finir. M. Levasseur espère rentrer dans l'instruction publique; mais il faut pouvoir attendre. C'est le fils d'un régicide, et il serait même possible qu'à ce titre l'administration le repoussât. Priez M. Laffitte, de ma part, de venir à son secours^
A MONSIEUR ANTIER
Ce 11 aoùL 1827.
Mon cher Antier, j'ai passé deux jours ici et n'ai pas eu le temps de t'aller remercier de 450 francs que tu m'as fait remettre. A mon premier séjour à Paris, si court qu'il soit, j'espère avoir ce plaisir. En attendant, je voudrais que tu me rendisses un service. J'ai un mien cousin qui était élève à Châlons, et qui vient d'être renvoyé de l'école sans motif. Il se nomme Maison, a seize ans, travaillait à la fonderie en cuivre, est natif de Péronne; il n'a pris part à au-
* Alors secrétaire de Laffilc, plus tard chef de bureau à l'administration des postes.
- Lotlro coiiimiiniqDt'o par M. Laverdet.
DE DERANGER. 297
cime des révoltes d'élèves, a obtenu des prix, et cependant le vicomte de Boisset vient de lui signifier son renvoi. Pourraistu en écrire un mot à ton frère, et, en lui demandant quelques renseignements sur les causes de cet acte de rigueur, le prier de te dire à qui il faudrait s'adresser pour en obtenir la réparation. Je n'ai point de connaissances auprès des ministres, mais peut-être trouverai-je parmi mes amis des gens qui pourront me prêter appui, cedont je doute, à te vrai dire; en tout cas, j'aurai fait tout ce qu'il me sera possible. Aie donc la bonté d'écrire un mot à ce sujet, et fais-moi parvenir la réponse le plus tôt possible. Tu m'obligeras beaucoup.
A MADEMOISELLE AGATHE IIEURTAUX^
19 août 1827.
Ma chère Agathe, j'aime mieux vous écrire à vous qu'à votre tante. J'ai de si tristes nouvelles à vous donner, que je crois devoir vous les communiquer d'abord. Vous en laisserez transpirer ce que vous jugerez convenable.
Notre pauvre ami existe encore, mais peut-être, dans quelques heures, tout sera-t-il fini. Dubois avait fait, hier, une opération qui avait paru devoir améliorer son état ; elle lui avait rendu quelque calme; le moral et le physique semblaient éprouver un mieux qui nous rendait l'espérance. Le soir, ce mieux avait disparu ; nos craintes devinrent plus vives, et, depuis ce matin, nous n'attendons plus que l'horrible catastrophe qui doit nous enlever le meilleur, le plus regrettable des hommes.
Préparez donc votre tante à la perte d'un ami qui lui était
* Sœur ('cM. Déranl.
bien dévoué. Vous devez juger de ma peine : je ne crois point nécessaire de vous en entretenir. Si quelque chose peut m'en distraire, c'est celle qu'éprouve ce pauvre Titi ^ Non, vous n'avez jamais vu plus de bonté, plus de constance, plus de douceur. C'est la véritable garde-malade de notre pauvre ami. Nous autres, nous ne sommes bons à rien, lui seul fait tout. Quel frère ! et quelle perte il va faire ! Si je ne vous écris pas demain, c'est que tout sera consommé, et alors les journaux vous annonceront la fin des souffrances d'un homme que vous pleurerez, j'en suis sûr. Tout à vous d'un cœur bien affligé.
Ce dimanche trois heures.