‹ Correspondance de BérangerChapitre 37 sur 73 · A MADEMOISELLE AGATHE HEURTAUX · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE AGATHE HEURTAUX

Ce lundi, 5 h. 20 m., 20 août 1827.

Il n'est plus, ma chère Agathe. Je reste à Maisons pour garder ses restes et consoler son frère.

Embrassez votre tante pour moi. Je vous aime.

GLY

A MONSIEUR ETIENNE

PPOPRIÉTAIRE ET HOMME DE LETTRES, DÉPDTÉ A SORCT (mECSE),

Paris, 14 septembre 1827.

Mon cher ami, vous savez que nous nous occupons de faire élever un monument sur la tombe de Manuel. Vous sentez qu'il ne s'agit point d'un mausolée fastueux, mais d'un simple témoignage de reconnaissance publique. Nous ne désirons donc point de riches souscriptions; mais il nous

* M. Manuel jeune.

faudrait le plus grand nombre possible de souscripteurs. C'est chez M. Laffitle que les fonds doivent être verses.

Ne pourriez-vous pas contribuer à mettre cette souscription en mouvement dans le département que vous habitez? Recommandée par vous aux personnes que vous jugeriez capables de diriger cet acte patriotique, elle ne pourrait qu'obtenir du succès; et, dans l'intérêt général, rien n'est à négliger de ce qui peut servir de manifestation à l'opinion. Vous aimiez trop Manuel pour que je vous fasse considérer votre coopération à cette œuvre patriotique sous les rapports qui sont particuliers à la mémoire de votre ancien collègue. Jugez vous-même, mon cher ami, de ce que vous pouvez faire et de ce qu'il y a de mieux à faire. Je suis sûr d'avance de votre bonne volonté, comme vous devez compter sur ma reconnaissance.

Vous savez que les poursuites pour la brochure se continuent *. J'avais demandé en grâce d'être nommé comme un des auteurs de cette brochure ; les avocats et même de Schonen et Laffitte ont prétendu que, déjà repris de justice, je donnerais une mauvaise couleur à cette affaire. Sans être convaincu de cela, j'ai été obligé de céder, et je crains maintenant que Mignet ne se trouve seul en cause. On prétend, au reste, que ce procès n'aura rien de grave : cela me console un peu.

Adieu, mon cher ami; présentez mes hommages à madame Etienne, et à madame Pages si elle est auprès de vous. Adieu de tout cœur pour la vie ^

* Brochure sur les funérailles de Manuel, dont M. Mignet et Déranger étaient les auteurs. Les poursuites n'eurent rien de grave. M. Mignet, assisté par la Fayette (voir les Mémoires de la Fayette, tome YI, page 248), fut acquitté le 28 septembre.

2 Lettre comujuniquée par M. Pages, du conseil d'État, gendre de M. Etienne.

A MONSIEUR VAISSIÈRE

Ce IG scplcnibrc 1827.

Mon cher confrère, les journaux, ou quelque exemplaire de la relation des obsèques de Manuel qui vous sera parvenu, vous auront appris qu'une souscription est ouverte à l'effet d'élever un monument sur la tombe du plus ferme défenseur de nos droits. Le montant en sera versé entre les mains de M. Laffitte. Il s'agit moins de l'importance des souscriptions que du grand nombre des souscripteurs, puisque nous ne voulons ériger à la mémoire de Manuel qu'un simple témoignage de reconnaissance publique, et non un mausolée fastueux. Vous pouvez nous aider puissamment par le crédit dont vous jouissez dans le département que vous habitez. Vous savez tout ce qu'il convient de faire pour activer et faire réussir un acte patriotique de ce genre. Puis-je compter que vous voudrez bien y donner vos soins? Je n'ai point voulu écrire au général Becker à ce sujet, parce que son titre de pair aurait pu être un embarras. Si cependant vous pensez que sa recommandation soit nécessaire pour atteindre le but que nous nous proposons, faitesle-moi savoir. Je connais trop bien ses principes pour douter de sa bonne volonté. En attendant, prenez, je vous prie, toutes les mesures pour stimuler les habitants de l'Auvergne.

Mais peut-être avez-vous déjà eu cette idée : elle est de celles qui sont naturelles à votre caractère et à vos opinions. D'ailleurs, vous n'aurez pas appris la mort de Manuel sans penser à l'affliction que j'en devais ressentir et à la seule consolation ({ui pût en adoucir l'amertume. Unissez-vous

donc à moi pour faire rendre à sa mémoire les honneurs qui lui sont si bien dus.

Adieu. Comptez sur ma reconnaissance comme sur le sincère attachement que je vous porte.

Tout à vous de cœur et d'amitié.

GLVII

A MONSIEUR FÉLIX CADET DE CASSICOURT

Ce 5 novembre 1827.

Mon cher ami, je reçois une lettre de Dupont. Son élection dans l'Eure, soit à Bernay, soit à Pont-Audemer, est loin d'être sûre. Les forces sont au moins égales des deux parts. Il ne se fait point porter, comme il le dit, il attend ce que décideront les électeurs, soit de Paris, soit de la Normandie, très-disposé d'avance à se consoler des échecs, par la triste certitude de ne pouvoir plus être utile à son pays, fût-il renommé encore une fois. Je te ferai voir sa lettre, qu'il m'autorise à te montrer, mais sous le sceau du secret.

Tout cela ne te tire pas d'affaire, je le sais bien. Mais tu sens que d'après sa position Dupont ne peut pas donner une assurance qu'il n'a pas, c'est-à-dire affirmer qu'il sera nommé dans son département. Comme je ne lui demandais pas autre chose, il ne me répond que dans ce sens, et je ne puis aujourd'hui t'en dire davantage.

J'ai depuis plusieurs jours prêché pour la Fayette, que je croirais un choix convenable, en réponse à la dissolution de la garde nationale. Mais vos meneurs m'en paraissent bien éloignés. Laffitte est le seul qui ne s'en effraye pas. Au reste, je ne suis pas électeur, et ne tiens pas à mener, comme quelques personnes qui composent vos réunions et dont

vous devriez bien vous défier, soit dit entre nous. Ce que je ne cesserai pourtant pas de répéter, c'est que vous n'avez pas assez de boutiquiers parmi vous. Désaristocratisez-vous donc un peu, s'il est possible. Ce conseil est dans vos intérêts, comme dans celui de la nation.

A MONSIEUR VAISSIÈRE

Ce 6 novembre 1827.

Vous allez être étonné de recevoir une nouvelle lettre de moi. J'ai reçu la vôtre par M. Bachellery, qui m'a aussi remis un exemplaire de votre recueil, le premier et le seul que j'aie vu. Qu'a-t-on fait de toute l'édition? Vous savez tout le bien que je pense de vos chansons : l'impression n'a rien changé au jugement que j'en ai porté déjà. Il me semble en avoir remarqué comme très-bonnes plusieurs que je ne connaissais pas encore. Mais ne nous laissons pas entraîner à parler de chansons : il s'agit aujourd'hui de traiter avec vous un sujet plus sérieux. Je veux vous entretenir des élections et de celles de votre département.

M. de RignyS qui part pour Clermont, me demande un mot pour vous. Vous pourrez en effet être très-utile à celui des candidats que vous protégerez. Sans doute votre choix est déjà fait ; s'il en est ainsi, je présume que le choix est bon, et que c'est d'accord avec la jeunesse de votre arrondissement que vous en aurez délibéré. Mais, dans le cas où vous seriez encore incertain, ne pourriez-vous aider à faire pencher la balance en faveur de Rigny? Ne vous effrayez pas de son titre de neveu d'un ancien ministre

• Neveu de l'abbé Louis, M. de Rigny lut, après 1830, ministre de la marine.

restaurateur. Je dois même, à ce sujet, vous dire que M. Louis est maintenant regardé comme un des plus chauds opposants, et qu'il pourrait bien être porte à Paris. Malgré mon éloignement pour ceux qui nous ont rendu la légitimité et tout son cortège, si une lettre comportait de certains détails, je vous en donnerais sur M. Louis, qui vous feraient dire de lui ce que j'ai dit de Talleyrand, à propos de cette légitimité :

Le flot qui l'apporta recule épouvanté.

Il ne faut donc pas que l'oncle vous fasse peur du neveu. Quant à celui-ci, j'ai souvent entendu dire qu'il avait laissé les souvenirs les plus honorables dans votre département. Ce que je puis vous assurer, c'est que je le crois un choix tout à fait convenable, et que ma conscience est bien en repos en le recommandant à la vôtre. On prétend que vous lui donnez (quand je dis vous, j'entends une partie de vos électeurs) un concurrent qui est conseiller d'État; en vérité, il y a là de la déraison.

Rigny est homme d'honneur, ferme et tout à fait dans nos principes. Hors les connaissances administratives, je ne sais quels talents il apportera à la Chambre, mais, avec son esprit, il n'est pas possible qu'il n'y tienne bien sa place. Il est l'ami de beaucoup de mes amis qui seront députés; c'est encore une garantie, et ce n'est peut-être pas la moins bonne.

Voyez donc, mon cher Vaissière, si vous pouvez lui être utile, soit par votre journal, soit par vos alentours. En tout cas, si votre conscience ou des engagements antérieurs vous enchaînaient à un autre char, ne croyez pas que je vous en sache mauvais gré. Liberté, liberté avant tout! Vous me connaissez assez pour penser ainsi de moi.

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C'est pourquoi je n'ai pas craint de solliciter votre appui dans cette occasion, sûr que ma recommandation, quelque bienveillance que vous ayez pour moi, ne pouvait l'emporter sur ce que vous croiriez être un devoir pour votre patriotisme.

Adieu, je vous remercie de ce que vous faites pour Manuel. Je vous remercie également de m'avoir fait connaître M. Bachellery, que j'ai engagé à me revenir voir. Adieu, encore une fois.

A MONSIEUR UOUGET DE LISLE

Ce 15 décembre 1827.

Je ne vous vois plus ; seriez-vous encore plein de ces chimères qui ne font qu'aggraver vos peines? Le moment m'est sans doute peu favorable pour vous prouver l'intérêt que je prends à votre triste situation, mais cet intérêt est toujours le même, et, je vous le répète, rien n'a pu tendre à le diminuer.

Je vous dirai qu'il y a quelques jours Viennet a parlé, chez M. Laffilte, d'une souscription qu'on voulait faire en votre faveur : il a cité Duval, entre autres, comme un de ceux à qui cette idée était venue. Laffitte a de nouveau accueilli cette proposition avec chaleur. On m'a consulté à ce sujet, et je n'ai pas laissé ignorer votre position. Que votre amour-propre ne s'alarme pas trop de tout cela : il y a loin, malheureusement, de l'idée à l'exécution; mais je vous déclare que si la chose peut se faire, dût votre fierté en être blessée, je pousserai à la roue tant qu'il me sera possible.

Adieu, doutez moins de vos amis.

DE DÉUANGEli. 505

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