‹ Correspondance de BérangerChapitre 38 sur 73 · A MONSIEUR CHATELAIN · texte numérisé non relu

A MONSIEUR CHATELAIN

AU COUIIRIER FRANÇAIS.

Fin de 1827.

Mon cher Châtelain,

Voilà Fabvier ^ revenu : on ne peut trop faire d'éloges de sa digne et belle conduite. Tout le bien qu'on en peut dire, vous le savez comme moi. Mais son retour est un point difficile à traiter dans les journaux. Une lettre que je viens de lire laisse espérer qu'il retournera en Grèce. Vous savez, d'après cela, qu'il ne faut aventurer aucune réflexion avant de savoir bien, et par lui-même, dans quel sens on peut parler de sa conduite à venir. J'ai cru devoir vous en écrire un mot, pour vous prier d'apporter une extrême réserve dans tout ce que le Courrier pourra dire de lui. Vous saurez sans doute par lui-même, et bientôt, quelle couleur donner à son retour. Pardonnez-moi ce petit avertissement dont vous n'aviez sans doute pas besoin, mais que justifie l'intérêtHjue nous prenons tous à Fabvier.

Mille amitiés.

' Chalelnin (René-Théophile), né à Saint-Quentin le 19 janvier 1790, mort à Paris le 20 mars 1.S58, avait servi avec distinction avant de se faire journaliste. 11 ne voulait d'abord venger que ses compagnons d'armes que les émigrés outrageaient; il se passionna, en écrivant, pour la cause de la liberté et de la raison. En 1819 il était rédacteur en chef du Courrier Français. Après 1850 il refusa les offres qu'on lui fit et continua noblement son rôle de sentinelle au profit du public. La loyauté de son caractère, son désintéressement et son talent même, qui avait de la netteté, recommandent sa mémoire. Il honorait le journalisme.

* Le général, alors colonel Fabvier, né à l'ont-à-Mousson le 10 décembre 1 782, mort à Paris le 15 septembre 1855, a été l'un des énergiques adversaires delà Ilestauralion. 11 est un de ceux qui s'exposèrent pour sauver les sergents de la Rochelle. De 1825 à la fin de 1827, toute son activité fut employée à servir la Grèce. Il refusa le coininandcment de son armée régulière ; mais il ne cessa de combattre. 11 était assiégé dans rAcro[iole quand l'amiral de Rigny obtint pour les défenseurs d'Athoues une capitulation honorable. D'injustes accusalions vin- I. 20

GLXI

A MADAME CAUCIIOIS-LEMAIRE

Je VOUS envoie le Globe : je ne sais trop si Lemaire sera très-satisfait de l'article de Dubois. Il est moitié figue et moitié raisin. J'en suis peu content pour ce qui regarde le prisonnier *.

Je ne puis aller à la Force aujourd'hui; il me faut courir dans une rue de Berry, qui n'est pas la vôtre, au bout du faubourg du Roule.

J'ai vu le général ^ hier, et lui ai parlé du président. Il parlera pour qu'on dise un mot à M. A***\ Le duc est désolé de la condamnation, et a demandé en quoi il pouvait être utile.

Je n'ai pas encore reçu le petit mot que vous deviez m'écrire relativement à votre conversation avec d'Estange*.

GLXII

A MADAME CAUCIIOIS-LEMAIRE

Ce vendredi.

Voilà VOS livres bien empaquetés. J'ai vu le général hier: il m'a assuré de nouveau que le duc avait promis de parler à M. A***. Nous verrons. Il faudrait, je crois, que Gassicourt et vous allassiez de nouveau voir le premier président ^ Vous

rent toutefois l'assaillir alors, et il quitta la Grèce. En 1828 il y revint comme éclair eur de nos troupes.

* M. Cauchois-Lcmaire était poursuivi pour la publication de sa fameuse Lettre au duc (VOdéanSy dans laquelle il l'invitait à prendre la couronne.

- Le général Atlialin.

^ Amy, président de la Cour.

* M. Chaix d'Esl-Ange.

* M. Séffuier.

lui direz que Barthc prend la cause et lui demanderiez ses conseils, etc., etc.

Mademoiselle Laffitte est définitivement princesse de la Moskowa. Le maire l'a décide ainsi hier à cinq heures; ne reste plus que le curé, qui saute de joie, dit Laffitte, en réglant les frais d'église pour demain. On nous en donnera de toutes les façons.

Adieu, tout à vous et au captif.

A MADAME G A U GHOIS-LEMAIRE

Ce 8 janvier.

Je VOUS renvoie votre épreuve*.

J'y trouve : 1" une seconde attaque contre Dupin, que je crois juste, mais que je regrette d'y voir : simple observation sur laquelle je n'insiste pas, mais la phrase est embarrassée ;

2° Une lacune que je voudrais voir remplie à peu près comme je l'ai indiqué en marge, mon style à part ;

5° Une attaque contre le Constitutionnel, qui ne me semble ni prudente ni nécessaire.

La lettre, du reste, me semble bien sous beaucoup de rapports; mais, si je la rapproche des autres (autant que ma mémoire me le permet) , je crains que dans tout cela on ne trouve point les questions principales assez franchement abordées, ou, pour mieux dire, traitées suffisamment. Les réponses aux attaques me semblent vagues et trop disséminées dans des détails, spirituels, sans doute, mais qui prennent peut-être trop de place dans le factum. Enfin je reviens

* M. Cauchois-Leniairc, qui n'avait pas été soutenu, tant s'en faut, par tout le monde, journalistes ou avo'jals, dans son affaire de la Lettre au duc d'Orléans, écrivait alors ses Petites lettres apologétiques.

à mon reproche éternel '. il y a longueur, selon moi. Mais je n'ose me lier à mon jugement, car je trouve des longueurs partout, même à la vie, je crois. 11 faudrait, pour décider le point de critique que je vous soumets, un juge plus compétent ; n'en pouvez-vous donc trouver? N'avez-vous pas encore le temps d'y recourir? Je craindrais tant qu'on redît : A quoi bon? Je sens que je vous jette dans des perplexités, au lieu de vous mettre en bon chemin; pardonnez-moi, car je n'en sais pas plus. Si c'était pour moi, j'aurais plus de détermination.

Ne dites de tout cela, à Lemaire, que ce que vous croirez utile de lui dire. Je ne pourrai l'aller voir aujourd'hui ; ne venez pas chez moi avant quatre heures : j'ai des courses à faire, mais je me hâterai. Tout à vous.

GLXIV

A MONSIEUR DE POJNGERVILLE

31 janvier 1828.

Monsieur, j'ai lu avec la plus vive admiration votre belle traduction de Lucrèce : jugez, d'après cela, du plaisir avec lequel j'ai reçu vos nouvelles productions*, surtout m'étant offertes de la part de l'auteur ! Je les ai lues et relues avec une satisfaction que je ne puis vous exprimer : quelle clarté ! quelle élégance harmonieuse ! Rien n'y sent le travail, et ce n'est pourtant que par un travail obstiné qu'on peut arriver à écrire ainsi. Mais, monsieur, une réflexion m'arrête dans les éloges que j'aimerais à vous prodiguer. En vain l'ai-je

* Les Amours mythologiques^ traduites des Métamorphoses d'Ovide. La traduction de Lucrèce en vers est de 1825 ; la traduction en prose, faite pour la coUecliou Panckoucke, est de 1829. M. de Pongerville (Jean-Bapliste-Anloine- .\inié-Janson de), né à Abbevillc le 5 mars 1792, est entré à l'Académie française au mois d'avril 1850.

DE BÉRANGER. f.OO

répété cont fois, vous l'ignorez pcnt-étro. Apprenez donc rpie je ne sais pas un mot de latin, et que cet Horace, à qui vous avez la bonté de me comparer, ne m'est connu que par des traductions qu'on m'assure être infidèles, et que, pour cette raison, j'ai cessé de lire. Mais, si c'est un motif pour vous, monsieur, d'attacher peu de prix à mon suffrage, vous concevrez au moins que c'en soit un pour moi d'en attacher un bien grand à vos ouvrages. Sans vous, monsieur, je ne connaîtrais pas Zwcrécc, que j'admire, grâce à vous. Je connais aussi peu de chose d'Ovide. Je n'ai plus qu'un désir : c'est de vous voir achever cette grande entreprise, avec autant de bonheur que vous l'avez commencée.

Si je n'étais retenu chez moi par un peu d'indisposition, j'aurais été vous témoigner moi-même toute ma reconnaissance. Agréez, je vous prie, l'expression sincère de mes sentiments *.

A MONSIEUR LUCIEN ARNAULT

Mars 1828.

Mon cher ami, c'est avec un nouveau plaisir que je viens de relire votre bel ouvrage % dont le succès m'a causé une joie aussi vive que sincère. Plus heureux que ceux qui l'ont vu représenter, pendant toute ma lecture j'ai eu continuellement sous les yeuxTalma, que la mort vous a si û\talement ravi. Il m'a semblé voir et entendre ce grand acteur ajouter toutes les perfections de son talent aux beautés nombreuses de votre tragédie. Vous savez, au reste, qu'elle n'avait pas besoin de ce prestige de mon imagination pour obtenir mes applaudissements. Il en sera de môme, j'en suis sûr, pour

* Lettre communiquée par M. de Pongerville,

- îiO Dernier jour de Tibère, tragédie en cinq actes.

tous ceux qui conservent le goût de l'art dramatique, art dont la dégénération ne me paraît que trop sensible. Je crois pourtant qu'une étude sérieuse des générations nouvelles peut encore offrir des chances de succès avoués par une saine critique. Vous avez ce qu'il faut pour vous ouvrir une route nouvelle : et, en sacrifiant un peu plus au besoin l'habitude des détails de style, je suis persuadé, mon cher ami, que vous prendriez bien vite une place qu'on vous disputerait en vain. Votre beau talent vous a déjà placé bien haut dans l'estime publique; mais, j'en atteste Tibère, vous êtes destiné à monter bien plus haut encore, si vous appliquez toutes les forces de votre esprit à rajeunir l'art des Corneille et des Voltaire. Dépêchez-vous, pour que j'aie encore assez de jeunesse pour sentir toute la joie dés triomphes d'un ami. A vous pour la vie.

A MONSIEUR MONTANDON

Ce 26 avril 1828.

Mon cher Montandon \ je vous prie de mettre sous les yeux de M. Laffitfe la lettre ci-jointe, que je n'ai malheureusement reçue qu'hier soir, quoiqu'elle soit datée du 22.

Je viens d'écrire à ce malheureux Rouget de Lisle et au général Blein, chez qui il habite, pour l'empêcher, s'il en est temps encore, d'accomplir son funeste projet.

Plusieurs personnes se sont réunies pour faire, en sa faveur, une souscription qui pût le tirer de sa déplorable position ; mais je crains bien que le secours se fasse trop at-

* Il y a beaucoup de lettres de Bérangcr à M. Montandon. Nous ne pouvons les imprimer toutes; et il le faudrait pourtant pour monirer combien le zèle de Béran^er à secourir les malheureux était dès lors vigilant et désintéressé. Il n'examinait pas qui, mais quelle infortune réclamait son appui; et, une fois que Taffaire était devanua sienne, il ne se lassait de rien ])our qu'elle réussît.

tendre. L'espoir que j'en avais conçu m'a seul empêché de parler de nouveau de Rouget de l'isle à M. Laffitle. Je sens bien qu'il ne convient pas qu'on ne s'adresse qu'à lui, comme cela arrive toujours; mais la circonstance est pressante. Mettez donc cette lettre sous ses yeux le plus tôt possible*.

Voici quelle était la lettre dont Déranger parle.

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