‹ Correspondance de BérangerChapitre 49 sur 73 · CLXXXVIII · texte numérisé non relu

CLXXXVIII

A MADAME LEMAIRE

Je vous envoie trois Globe.

Je commence à aller mieux et ne souffre presque plus de la mâchoire. Pour me guérir, j'ai fait ce 'que les médecins m'ont défendu; je m'en trouve bien.

J'ai encore eu hier force visites. J'en étais un peu fatigué.

Dites à Lemaire que sa lettre m'a fait plaisir, puisqu'elle m'apprend qu'il va se mettre au travail. C'est une chose admirable que le travail ! on en raconte des merveilles. C'est bien dommage que je sois paresseux aussi.

^ On pnrlnil lionucoup nlors do In comète do 1 832, qiio Bôrangor a chnn(ée.

T^C^i^ COP.PiESPONDANCE

Soignez votre rhume et restez les pieds sur les lisons. Faites de la géologie : rien n'est si divertissant. Mais pourquoi ne vous donnez-vous pas le plaisir de lire les ouvrages qui traitent à fond la matière?

Allons, du courage! devenez géologue.

AU GÉNÉRAL GOLISCAUD

La Force, 9 lévrier 1829.

Général, je ne puis trop me hâter de vous adresser mes rcmcrcîments pour la lettre que vous avez fait insérer dans le Courrier d'aujourd'hui; elle m'a fait m'applaudir encore une fois d'avoir chanté la gloire militaire française. Mais, oserai-je vous l'avouer, je m'étonnais un peu que de tant de guerriers dont j'ai cherché à adoucir les malheurs, aucun n'élevât la voix en faveur du chansonnier qui, à son tour, subit la peine d'èlre resté fidèle à son drapeau. C'était à vous, général, qu'était réservée cette tâche, que d'abord je croyais plus facile. Plus elle paraît demander de courage aujourd'hui, plus vous avez des droits à ma reconnaissance. Combien je vous sais gré d'avoir senti que, malgré mon indigence, je ne méritais pourtant point qu'on me traitât comme ces pauvres honteux pour qui l'on va déposer des aumônes chez le curé de leur paroisse ! Si l'on ne veut venir qu'à mon secours, on peut s'éviter cette peine. J'ai assez d'amis qui se cotiseront pour payer mon amende, et si je ne veux pas leur avoir celle obligation, je saurai, sans me plaindre, passer six mois de plus en prison, pour in'ac- (|niLk'r envers le fisc.

Généi'al, dites-le bien: je neveux point de la pitié de cerlîiii!^ individus; je ne veux même pas de preuves d'une

DR BÉRANf.ER. 361

niiiiliL' qui n'oserait pas se montrer. Quand je n'avais pour vivre qu'un modique emploi dans les bureaux du gouvernement, qu'à mes risques et périls je cherchais à ridiculiser tant de sottises, à intéresser en faveur de tant d'infortunes, je mettais mon nom au bas de mes couplets. Je regrette d'avoir fait si peu de chose pour mon pays; mais j'espérais qu'au moins mon exemple ne serait point stérile. Il faut qu'il en ait été autrement, puisque aujourd'hui ceux qui se disent encore patriotes conservent autant de timidité. Je souhaite qu'ils fassent mieux leur profit de la noble leçon que vous venez de leur donner.

Pardonnez-moi, général, une aussi longue lettre à propos d'une lettre si courîc et si pleine. En prenant la liberté de m'épancher avec vous, j'ai voulu vous mettre à même déjuger de l'effet que votre démarche généreuse a dû produire sur moi. C'était le meilleur moyen de vous prouver mes sentiments d'estime et de dévouement.

A MONSIEUR KÉRATRY

UEJICRE DE LA CIIAUDI'.E DES DÉl'UTÉS.

La Force, 12 février 18-29.

Mon cher ami, je serai chez moi samedi toute la journée. Ne venez, toutefois, que de dix heures à trois; mon portier n'ouvre qu'à ces heures-là. Venez me voir, vous qui n'avez pas peur des pestiférés, et amenez ceux de vos amis qui ne croiront pas se compromettre en donnant des témoignages d'intérêt à un pauvre captif. Je reçois de nombreuses visites ; car, grâce au ciel, il y a encore des gens qui sympathisent avec ceux qui détestent l'hypocrisie; mais vous êtes bien sûr (jue voire présence à la Force sera un surcroît de

bonheur pour moi, el y laissera un souvenir bien agréable. Mes civilités à ceux de vos collègues qui ne m'oublient pas. A vous de cœur el pour la vie \

A MONSIEUR l'abbé DE PRADT%

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