A MONSIEUR JUSTIN CABASSOL
20 octobre.
Mille pardons, monsieur, du retard que j'ai mis à ré-
' Lettre commiiniquf'e par M. Gilhard. —M. Gilhard, fils d'un juge de paix d'Aigueperse, a reçu un assez graml nombre de lettres intéressantes de Béranger. On en trouvera queUpies-unes dans les volumes suivants.
DE BÉRANGER. f,91
pondre aux jolis vers de votre dernière lettre. Une absence de quelques jours m'en a ôté la possibilité. Si j'avais votre aimable facilité, je voudrais vous répondre dans le même style; mais je suis forcé de me contenter de vous dire en prose que les deux morceaux de vieille poésie dont vous me parlez datent de plus de vingt ans, et que c'est à ma grande surprise que j'ai appris par vous qu'on les avait été déterrer dans je ne sais quel recueil où je crois me rappeler qu'autrefois ils ne furent admis que par grâce. Aussi ai-je lieu d'être très-surpris de l'honneur qu'on veut bien leur faire aujourd'hui. Si vous les jugez dignes d'une seconde exhumation, vous en porterez seul la responsabilité, mais je ne vous y engage pas, monsieur ; car pour être anciens ces deux morceaux n'en sont pas meilleurs.
N'en recevez pas moins mes remercîments bien sincères pour vos flatteuses sollicitations, et croyez à ma considération distinguée.
Votre serviteur, Béranger.
P. S. Si par hasard vous réimprimez ces deux idylles\ je vous engage à prévenir qu'elles ont été anciennement publiées. C'est, je crois, en 1810 ou 1811 ^
A MONSIEUR ROUGET DE LISLE
IG novembre 1829.
Mon cher ami, j'ai fait votre commission aussi bien qu'il m'a été possible. A l'envoi des Chants français^ je me suis permis de joindre une petite lettre à M. Meyerbeer*, que j'ai
* 11 s'agit des idylles Glycère et le Conquérant et le Vieillard. C'est eu 1808 qu'elles ont été publiées.
* Lettre communiquée par M. Cabassol.
' Les Cinquante Chants français mis en musique par Rouget de Lisle,
* M. Meyerbeer a en effet reçu et gardé cette lettre. « Je suis trop admirateur ^
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vu une ou deux fois chez Jouy, ce qu'il a sans doute oublié. Dans cette lettre, j'ai dit de vous et sur vous ce que j'ai cru de plus convenable à dire. Tout cela était peu à propos peut-être, et peut-être aussi mon éloquence était-elle un peu embrouillée, car il y a fallu mêler des éloges pour ce maître, et vous savez combien je suis ignorant en musique et peu au courant des merveilles de cet art. Au reste, tout cela était fait avec la meilleure intention du monde, et je souhaite vous avoir été bon à quelque chose auprès de ce compositeur célèbre. Quant à votre Othello, n'y comptez pas : il n'osera jamais entrer en lutte avec Rossini, je vous le prédis. Je sais qu'il affecte la plus profonde admiration pour son génie.
Ce dont je vous félicite bien, c'est d'avoir une bonne redingote d'hiver. Voilà du bonheur. Eh bien! puisque vous voilà un peu à l'abri du froid, ne pouvez-vous en rêvassant trouver un sujet d'opéra autre que votre More? le Shakspeare commence à nous fatiguer. Cherchez ailleurs, et votre Allemand fera peut-être quelque chose pour vous.
J'ai parlé à un libraire pour vous. Il voudrait savoir de quoi se composerait votre recueil. Tâchez de me mettre à même de répondre catégoriquement ; mais ne vous attendez pas à une forte rétribution ; car, pour décider notre homme, il faudra lâcher le manuscrit à bon marché.
Adieu. Portez-vous aussi bien que possible et croyez-moi tout à vous. Déranger.
P. S. J'ai un nouveau portier. La première fois que vous me viendrez voir, munissez-vous d'un petit papier en forme de lettre à mon adresse, et chargez le portier ou la portière
(le Béranger pour ne pas avoir conservé un autographe de sa main, » a-l-il bien voulu nous écrire; « mais où le chercher, après tant d'années. Voyageant heaucou|), mes papiers et mes livres sont éprirpillés on plusieurs eiKli'oils »
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tic me le monter pour en avoir la réponse. Autrement vous pourriez bien être renvoyé impitoyablement. Bérard est revenu.
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