‹ Correspondance de BérangerChapitre 64 sur 73 · A MADAME D · texte numérisé non relu

A MADAME D

Janvier 1830.

J'ai été bien fâché d'apprendre que D*** se fût donné la peine de me venir voir un jour où Dubois avait défendu ma porte. Il ne veut pas encore que je reçoive, parce que, dit-il, la conversation nuit à ma poitrine. Je ne sais pour combien de temps j'en ai encore. J'espère, toutefois, que j'en pourrai voir bientôt le terme, car je vais mieux, et l'on me permet même de manger un peu plus.

Je vous remercie bien de votre invitation pour le 13, mais je doute fort que je puisse en profiter. Quant à vos bouts de manches, je vous en remercie beaucoup aussi. Il faut pourtant que je vous dise que je ne mets jamais de gants. Je n'ai

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pas été élevé à me dorloter, et, quoique maintenant je me soigne un peu mieux, je ne suis pas fâché qu'il y ait encore un petit bout de moi-même expose aux injures de l'air, et dont les picotements me rappellent une vie plus dure et la souffrance des autres. Vous allez rire de la raison que je vous donne : j'en ris moi-même, quoiqu'il y ait du vrai et beaucoup dans ce que je vous dis.

Vous me dites de ne pas me livrer à des idées tristes. Vous avez raison; mais où avez-vous vu que le conseil me fût nécessaire ? Je vous assure bien que je ne suis ni triste ni abattu. D'abord il n'y a pas de quoi, puis la solitude me convient, parce que je travaille et que depuis longtemps je n'avais travaillé autant.

Combien vous et votre mari êtes bons pour moi ! Croyez que j'en suis bien reconnaissant. Je vous embrasse de tout mon cœur. Béranger.

Si je ne craignais d'impatienter trop votre femme de chambre, je vous en écrirais encore plus long * .

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