‹ Correspondance de Bossuet (volume 3)Chapitre 106 sur 308 · Mme d'A.rmainvilliers · texte numérisé non relu

Mme d'A.rmainvilliers

janv. 1686] DE BOSSUET. 176

36/t. — Louvois A Bossuet.

A Versailles, le 8 janvier 1686.

Monsieur, J'ai rendu compte au Roi de la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire le Ier de ce mois, par laquelle Sa Majesté a appris avec plaisir la manière dont la plupart des religionnaires de votre diocèse se sont convertis par vos soins, qu'elle ne doute pas que vous n'employiez très volontiers pour faire changer ce qui en reste ; et, sur ce que j'ai représenté à Sa Majesté de ce que vous m'avez mandé en faveur du sieur de Vernicourt1, elle m'a paru disposée à lui accorder sa grâce, en cas qu'il fasse son abjuration.

Lettre 364. — Minute inédite, Archives du Ministère de la Guerre, t. 761, p. i43.

1. Il s'agit de Frédéric de Lallouette de Vernicourt, reçu avocat au Parlement de Metz en i643 et conseiller en cette Cour le 29 décembre l655, à la place de son oncle, Charles de Lallouette du Bac (Cf. notre tome Ie'', p. 468, note 6). A la révocation de l'Édit de Nantes, il perdit sa charge, voulut s'expatrier après avoir fait partir ses enfants, mais fut arrêté. Quelques jours après la lettre qu'il adressait à Bossuet, Louvois écrivait à l'évêque de Metz : « Le Boi a bien voulu, en considération de la conversion du sieur de Vernicourt, ordonner qu'il fût sursis à son jugement. Mais il ne peut point espérer d'être mis en liberté, ni de rentrer dans les fonctions de sa charge, qu'il n'ait fait revenir ses enfants qui sont hors du royaume et convertir toute sa famille. » (Archives de la Guerre, t. 761, p. 2g5). l\ ne paraît pas avoir rempli ces conditions, car il ne rentra pas dans sa charge de conseiller, et ses biens confisqués furent donnés à sa fille Marie, femme du conseiller Gérôme Le Duchat, et à ses autres filles. Les lettres de don furent enregistrées au Parlement de Metz le 3i janvier 1689 (Emm. Michel, Biographie du Parlement de Metz, Metz, i883, in-8, p. 266). Ce Frédéric de Lallouette était frère de Gaspard, converti à la foi catholique (t. I, p. ^99).

I76 CORRESPONDANCE [janv. 1686

365. — A la Supérieure et Communauté des Filles Charitables de La Ferté-sous-Jouarre.

A Meaux, i3 janvier 1686.

Mes Filles, je n'ai point douté que vous n'eussiez de la joie d'instruire les nouvelles catholiques1. Ce n'est pas assez de les recevoir quand elles viendront; il faut que la charité vous fasse trouver le moyen de les attirer, et que vous les alliez chercher dans leurs maisons. C'est là ce que Dieu demande de vous, d'aller au-devant de la foi encore infirme, et de travailler à la soutenir : il faut beaucoup de douceur et de patience.

Inspirez-leur les dévotions communes et solennelles de l'Eglise ; les particulières doivent être réservées à un autre temps : surtout qu'elles connais-

Lettre 365. — La supérieure à laquelle s'adresse ici Bossuet, devait être, non pas Mme de Tanqueux, fondatrice de la communauté, qui continuait à vivre dans le monde, mais Catherine Gueron, qualifiée de « Sœur première » dans un acte du l\ décembre 1687. Par cet acte, Anne Perrin, supérieure et fondatrice de la congrégation de Sainte-Anne, achète pour sa communauté, au prix de i5o livres, une maison située au faubourg, vers Chamigny, où il y a une cuisine avec cheminée et four. Mme de Tanqueux est assistée de Catherine Gueron, Sœur première, d'Anne Crespoix, conseillère, et des Sœurs Claude Baudequin et Marguerite Saint-Marc, faisant la majeure partie de la communauté (Bibliothèque nationale, Chérin, au mot Couktin). Il est probable que les mêmes Sœurs étaient déjà dans la maison en 1686, lorsque Bossuet écrivait la présente lettre.

1. Les personnes nées dans la religion protestante et converties à la suite de la révocation de l'édit de Nantes. Il y en avait un grand nombre à La Ferté.

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sent que nous savons goûter Dieu et Jésus-Christ, et qu'elles ressentent que parmi nous on s'unit à Dieu par Jésus-Christ et ses saints mystères, et surtout par celui de la communion, plus intimement et par des voies plus pénétrantes qu'elles ne l'ont appris dans leur première religion2. Apprenez-leur l'humilité et la docilité d'esprit3, sans laquelle on ne connaît jamais Dieu ni ses vérités : celles qui seront jugées capables de lire le Nouveau Testament, et particulièrement l'Evangile, doivent apprendre de vous que l'humilité est celle qui4 introduit au secret0, et qui apprend à goûter la parole de l'Epoux6. Enfin, mes Filles, contentez mon cœur dans le désir qu'il a que ces nouvelles plantes prennent tout à fait racine et portent des fruits agréables à Dieu et dignes de sa sainte Eglise. Amen, amen. Dieu soit avec vous, mes Filles.

J. Bénigne, é. de Meaux.

2. Bossuet prévient ici les excès de zèle, et demande qu'on enseigne aux converties le fond essentiel de la religion, avant d'exiger d'elles des pratiques surérogatoires.

3. Cette disposition est tout opposée à la théorie protestante du libre examen.

4- Celle qui, ce qui. « Le sang étant celui qui donne couleur et qui rend l'homme vermeil » (Coeffeteau, Tableau des passions humaines, Paris, 1620, in-8, p. 439). « L'espérance est celle qui nous enflamme à toutes les actions difficiles que nous entreprenons » (Coeffeteau, ibid., p. 5og).

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