‹ Correspondance de Bossuet (volume 3)Chapitre 114 sur 308 · Wallace. Voir p. 332, note i · texte numérisé non relu

Wallace. Voir p. 332, note i

fév. 1686] DE BOSSUET. iq3

grands emplois, à cause de son jugement solide, de son savoir et de sa piété, après une mûre délibération et une longue résistance, a renoncé à toutes ses espérances et prétentions pour se faire catholique. C'est ce qui me fait espérer qu'il se fera encore plus de bien en ce pays. Car après avoir vu qu'en étant seulement ce masque affreux dont par malice on a déguisé la vérité, cela seul a été cause que deux personnes telles que je vous ai dites l'ont embrassée ; certainement il y en aura plusieurs autres, qui s'engageront à la recherche des raisons qu'ils ont eues pour faire un changement si important, et, avec la grâce de Dieu, ils suivront leur exemple. C'est pourquoi, Monseigneur, si vous pouvez nous donner quelque chose qui puisse contribuer à un aussi bon dessein que celui de la conversion de ces pauvres nations abusées, le temps serait fort favorable. C'est ce que je vous demande d'autant plus volontiers, que j'ai appris que vous aviez depuis peu été fort occupé à conférer avec les nouveaux convertis0, et qu'il restait encore de quoi travailler avec quelques-uns.

Vous faites, Monseigneur, quelques réflexions sur la considération et le très humble respect que j'ai pour l'office apostolique des évêques. Je vous dirai sur ce sujet que, lorsque j'étais le plus zélé pour l'erreur, j'avais une telle vénération pour l'ordre et la dignité des évêques, que je n'ai jamais eu que des pensées fort respectueuses pour les saints hommes revêtus autrefois de cette dignité dans les Églises d'Orient et d'Occident. Ce respect avait besoin d'être un peu rectifié ; et présentement, outre les anciens Pères, aux prières desquels je me recommande tous les jours, il y en a trois de ce dernier temps dont je lis les Vies avec admiration et avec plai-

6. Pendant les derniers mois de l685 et le commencement de l'année 1686, Bossuet passa la plus grande partie de son temps en conférences particulières avec les nouveaux convertis, sans compter des prédications multipliées. Il eut la joie de recevoir de nombreuses abjurations. (Cf. dans la Revue Bossuet, juillet et octobre 1904, p. i56-i57 et 259-260, les extraits de VHisLoire de la ville de Meaux par Ch. Rochard et du Journal de Raveneau).

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sir, qui sont saint Charles Borromée7, saint François de Sales8 et Don Barthélémy des Martyrs9. Et comme je respecte en général tous les évêques de l'Église catholique, aussi il me semble que ceux de France méritent d'être estimés pardessus tous les autres de ce siècle, pour avoir pris tant de peine à mettre leur clergé dans l'état où doivent être de véritables ecclésiastiques. A quoi j'ajouterai sans flatterie que Monseigneur l'évêque de Meaux, quand je ne lui aurais aucune obligation, quoique je lui sois redevable de quelque chose qui vaut plus que tout ce qu'il peut y avoir au monde, tient tellement la première place dans mon estime, mon respect et mon affection, que je ne le puis exprimer. Cette comparaison ne vous plaira peut-être pas; mais je suis sûr qu'elle est fort juste.

Il faudra que le digne abbé Renaudot 10 supplée à mon ignorance pour vous expliquer mes véritables sentiments, et vous faire entendre ce que j'ai voulu vous dire. La traduction qu'il a faite de ma précédente lettre " a tellement suppléé au défaut de l'original, que je lui en suis fort obligé : car, si vous avez conçu quelque bonne opinion de moi, je lui en suis redevable, voyant qu'il m'a donné par sa traduction quelques

7. Saint Charles Borromée (i538-i584), archevêque de Milan. Sa vie a été composée d'abord par son secrétaire G. P. Giussano, Vita de San Carolo Borromeo, Rome, 1610, in-4.

8. Saint François de Sales (1567-1622), évêque de Genève. Son premier historien fut son neveu, Charles Auguste de Sales, De vita et rébus geslis servi Dei Francisci Salesii, Lyon, i634, in-4-

g. Don Barthélémy des Martyrs, né à Verdelle, près de Lisbonne en i5i4, entra dans l'Ordre de saint Dominique, fut archevêque de Braga en i55g ; ayant donné sa démission en i58a, il se retira dans un couvent et mourut en odeur de sainteté en i5()o. Il fut béatifié en 1773 par Clément XIV. Ses œuvres ont été réunies par le P. d'Inguimbert, depuis évêque de Carpentras, Rome, 1744, 2 vol. in-fol. Sa vie a été écrite par Le Maistre de Saci, Paris, i663, in-4 (Voir Quétif et Échard, Scriptores Ordinis Prœdicatorum, t. II, p. 296 et 826).

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