‹ Correspondance de Bossuet (volume 3)Chapitre 123 sur 308 · Nous avons donné cette réponse à la page i · texte numérisé non relu

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2. Bossuet ne se trompait qu'à demi. L'auteur de cette lettre n'était pas un ministre; mais, comme nous l'avons dit, p. i48, elle n'était pas de P. de Vrillac.

3. Jeanne Jacob, femme de Pierre de Vrillac. On sait qu'une femme mariée était alors qualifiée de Mademoiselle, si elle n'était pas de famille noble (Cf. t. I, p. 45g). J- Rou suppose que, par crainte de compromettre son autorité dans une discussion où il n'aurait pas eu l'avantage, Bossuet préféra ne pas répondre à la lettre qui lui avait été adressée et s'attacha à celle de P. de Vrillac à sa femme.

4- Michel Servet (i5og-i553), poursuivi pour ses erreurs par le cardinal deTournon, archevêque de Vienne en Dauphiné, avait cherché un refuge à Genève; mais Calvin l'accusa d'hérésie devant les magistrats de cette république et le fit condamner au feu.

206 CORRESPONDANCE [avril 1686

exemples et de l'autorité de vos docteurs, dites-moi en quel endroit de l'Ecriture les hérétiques et les schismatiques sont exceptés du nombre de ces malfaiteurs contre lesquels saint Paul a dit que Dieu même a armé les princes 5 ? Et quand vous ne voudriez pas permettre aux princes chrétiens de venger de si grands crimes en tant qu'ils sont injurieux à Dieu, ne pourraient-ils pas les venger en tant qu'ils causent du trouble et des séditions dans les Etats ? Ne voyezvous pas clairement que vous vous fondez sur un faux principe? Et s'il était véritable, c'était donc les ariens, les nestoriens, les pélagiens qui avaient raison contre l'Eglise, puisque c'était eux qui étaient les persécutés et les bannis, et que les princes catholiques étaient alors ceux qui persécutaient et qui bannissaient; et à présent encore, les catholiques qu'on punit de mort en Suède et en tant d'autres royaumes, auraient raison contre ceux qui se disent évangéliques. Chacun à son tour aurait raison et tort; raison en un endroit, et tort en un autre ; et la religion dépendrait de ces incertitudes. Mais c'en est trop sur cette matière pour convaincre un aussi bon esprit que le vôtre. Connaissez seulement que, lorsqu'il plaît à Dieu de nous abandonner à nos propres pensées, les meilleurs esprits sont touchés par les moindres apparences.

La crainte que vous avez qu'on ne vous fasse

5. Vis autem non timere potestatem? bonum fac, et liabebis laudem ex illa; Dei enim minister est tibi in bonum. Si autem malum feceris, time ; non enim sine causa gladium portât. Dei enim minister est, vindex in iram ei qui malum agit (Rom., xm, 3 et 4)-

avril 1686] DE BOSSUET. 207

adorer du pain6, a dans votre prévention plus de vraisemblance. Considérez cependant, sans entrer dans cette controverse, qui passe les bornes d'une lettre ; considérez, dis-je, que c'est une crainte pareille qui faisait dire aux ariens et aux disciples de Paul de Samosate7, qu'ils ne voulaient pas rendre les honneurs divins à un homme, à un enfant, à une créature, pour parfaite et privilégiée qu'elle fût. C'était la raison humaine, c'était les sens, c'était la prévention qui leur inspirait ces vaines terreurs. Prenez garde que votre religion n'ait à leur exemple trop appelé les raisonnements et les sens humains à son secours, et que votre peine ne vienne de l'habitude à les suivre8.

Quoi qu'il en soit, vous voyez que vos réformateurs n'ont fait autre chose que renouveler des querelles terminées, il y a déjà six cents ans, quand Bérenger9 les émut ; et, si vous révoquez en doute le

6. Les calvinistes ne croyant pas à la présence réelle, et l'hostie consacrée ne cessant pas pour eux d'être du pain, l'adoration que lui rendent les catholiques était à leurs yeux une idolâtrie.

7. Paul de Samosate, évêque d'Antioche de 262 à 272, niait la divinité de Jésus-Christ.

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