‹ Correspondance de Bossuet (volume 3)Chapitre 142 sur 308 · Le P. J. Johnston a Bossuet · texte numérisé non relu

Le P. J. Johnston a Bossuet

Monseigneur, J'espère que vous me pardonnerez la liberté que je prends de vous écrire : c'est pour vous remercier de la réponse que vous m'avez fait envoyer aux objections du ministre anglais. Je suis persuadé qu'elle donnera une ample satisfaction à tous ceux qui ont tant soit peu d'intégrité ; mais, pour les

3i. La Confession d'Augsbourg fut présentée à Charles-Quint le 25 juin i53o.

3a. Voir la lettre du 8 août i684, p. 6, note 2.

33. La rue de la Jussienne, qui aboutit, d'un côté, dans la rue Etienne Marcel, et, de l'autre, dans la rue Montmartre.

34- L'Oraison funèbre de Michel Le Tellier et la Lettre pastorale aux nouveaux catholiques, opuscules publiés dans les premiers mois de cette année 1686.

Lettre 383. — Voir la Revue Bossuet, juillet 1902, p. 187. Au lieu

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autres, qui sont en trop grand nombre, rien ne peut les convaincre.

Tous les catholiques ici, et les protestants mêmes qui ne sont pas trop opiniâtres, ont une fort grande estime de votre livre de Y Exposition. Après l'avoir traduite avec l'Avertissement, je ne l'osais pas publier sans demander permission au Roi, parce que j'entendais qu'il ne voulait pas permettre les controverses ; mais il a donné très volontiers cette permission, témoignant qu'il avait lu ce livre et qu'il attendait beaucoup de bien d'un tel ouvrage ; et ordonna, après trois impressions, quand je lui dis qu'il y avait une seconde approbation du Pape, et celle de l'Assemblée générale du Clergé de France, de mettre dans le titre : Publié par son ordre ' .

C'est pourquoi nos ministres ici, à l'exemple de ceux de France, tâchent de tout leur possible de persuader le monde que Y Exposition ne contient pas la véritable doctrine de l'Église. J'espère en peu de jours publier une réponse à leurs objections, dans laquelle j'insérerai votre lettre2. Ils fontcourir le bruit que, si on nie les matières de fait touchant la première impression, qu'ils produiront le livre même où la Sorbonne a marqué les endroits où la doctrine n'était pas conforme à celle de l'Eglise ; qu'on a trouvé ce livre avec un manuscrit dans le cabinet de M. le maréchal de Turenne3, dans lequel, comme aussi dans tous les autres manuscrits4, il n'y avait pas, disent-ils, les chapitres de l'Eucharistie, de

de faire traduire sa lettre, comme précédemment, par le P. Shirburne (voir p. 211), le P. J. Johnston se décide à écrire lui-même directement à Bossuet, dans un français qui sent l'étranger.

1. On lit en effet sur cette 3e édition de 1686: Published by his Mnjeslies Cominand.

2. C'est l'opuscule intitulé: A Vindication of the Bishop of Condom's Exposition of the doctrine of the Catholic Church, in answer to a book entituled An Exposition of the Doctrine of the Church of Encjland, etc., with a Lelter frorn the said Bishop, Londres, 1686, in-4-

3. Turenne, converti par Bossuet, fit son abjuration le a3 octobre 1668. (Cf. Floquet, Études, t. III, p. a3o.)

4- Sur ces copies manuscrites de V Exposition, voir la Revue Bossuet, janvier 1902, p. 5; voir aussi, plus loin, la lettre du 26 mai 1686.

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la Tradition, de l'autorité du Pape ni de l'Église : ce qui leur fait croire que, quoique cette Exposition était faite pour lui donner satisfaction, il y avait quelque autre adresse qui le faisait se rendre catholique.

Je vous remercie, Monseigneur, de l'honneur que vous m'avez fait de m'envoyer votre Lettre pastorale'. Nous l'avons trouvée ici tout d'un même esprit que les autres ouvrages de votre main ; et parce que nous sommes persuadés qu'elle fera beaucoup de bien ici, je suis après à5 la faire imprimer en anglais ".

J'ai été fort aise de voir là-dedans ce passage, que, dans votre diocèse, les protestants, loin d'avoir souffert des tourments, n'en avaient pas seulement entendu parler, et que vous entendiez dire la même chose aux autres évèques8. La

5. C'est la Lettre pastorale de Monseigneur l'évêque de Meaux aux nouveaux catholiques de son diocèse pour les exhorter à faire leurs pàques, et leur donner les avertissements nécessaires contre les fausses lettres pastorales des ministres. Paris, 1686, in-4.

6. Etre après à, être occupé à, être en train de. « Je suis après à conclure avec Mme Guyon. » (Bossuet, Lettre à M. de la Broue, ik mai 1690). « La nature est toujours après à produire de nouveaux hommes. » (Malherbe, trad. des Bienfaits, I, 1.) Malherbe dit aussi dans le même sens : être après de.

7. Cette version parut sous ce titre : A Pastoral Letter from the Lord Bishop of Meaux lo the New Catholics of his diocess, exhorting them to keep their easter, and giving them necessary advertissements against the false Pastoral Letters of their ministers. With réfections upon the pretended Persécution. Translated out of french and publish'd with allowance. Londres, 1686, in-£.

8. «... Aucun de vous, disait l'évêque, n'a souffert de violence, ni dans sa personne, ni dans ses biens. Qu'on ne vous apporte point ces lettres trompeuses que des étrangers travestis en pasteurs adressent sous le titre de Lettres pastorales aux protestants de France qui sont tombés par la force des tourments. Outre qu'elles sont faites par des gens qui jamais n'ont pu prouver leur mission, ces lettres ne vous regardent pas : loin d'avoir souffert des tourments, vous n'en avez pas seulement entendu parler. J'entends dire la même chose aux autres évêques ; mais pour vous, mes Frères, je ne vous dis rien que vous ne disiez tous aussi bien que moi. A ous êtes revenus paisiblement a nous, vous le savez. » (Lettre pastorale, II.) Les ministres protestants se sont élevés

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raison en est, qu'il se vend ici en cachette (mais pourtant il est assez commun) un petit livre publié par M. Claude en Hollande, où il donne une relation des tourments que les Huguenots ont soulier ts, et des cruautés des dragons pour les faire changer de religion9. Et comme je vois que presque tout le monde ici croit cette relation être véritable, à cause du grand nombre de ceux de la religion prétendue réformée qui se sont enfuis de France, chacun avec quelque relation particulière des cruautés qu'on y exerce, pour exciter la compassion ; et parce qu'il ne se peut publier ici aucun livre touchant la religion, sans qu'on forme quelque réponse, je ne doute pas qu'on n'en publie bientôt une contre votre Lettre pastorale10, et qu'on ne tâche, à cause de cette expression, de persuader au peuple, qui ne veut pas croire qu'il n'y a pas eu autant de cruautés et une telle persécution, comme ils l'appellent, que vous n'avez pas dit la vérité, parce que je vois qu'ils osent en dire autant contre la doctrine de votre Exposition.

Nous attendons ici avec impatience une réponse à ce livre de M. Claude11 ; car il a fait plus de mal ici qu'on ne peut

contre ces paroles. (Voir, à ce propos, les réflexions de M. Rébelliau dans Bossuet historien du protestantisme, p. 3oi et suiv. Cf. Ledieu, Mémoires, t. I, p. 189, et plus loin, lettre du 26 mai, note £)•

9. Les Plaintes des prolestants cruellement opprimés dans le royaume de France, Cologne, 1686, in-12. Le récit fait par Claude (p. 66 à 85) de ces tourments est si visiblement exagéré, qu'un esprit non prévenu aurait besoin de qnelques preuves pour croire à de tels excès : or l'auteur n'en fournit pas une seule. Aussi ce qu'il avance est-il nié catégoriquement par les auteurs qui ont répondu à son livre (voir la note 11) et qui le mettent au défi de faire cette preuve. La Réponse à un écrit intitulé : Lettre pastorale aux Protestants de France tombés par la force des tourments, Paris, 1686, in-4 (p. 5) affirme qu'il n'y eut « qu'un logement de gens de guerre à l'ordinaire ».

10. Jacques Basnage a, en effet, écrit une Réponse à M. l'Evêquc de Mcaux sur sa Lettre pastorale. S. 1., 1686, in-13.

1 1 . Brueys, Réponse aux Plaintes des protestants contre les moyens que l'on emploie en France pour les réunir à VEglise ; oh l'on réfute les calomnies qui sont contenues dans le livre intitulé « La Politique du clerqé de France » et dans les autres libelles de cette nature. Paris,

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croire. Et s'il se publie ici quelques autres objections contre vos livres, j'espère que vous me permettrez de demander votre secours pour y répondre.

Je suis, Monseigneur, votre très humble, etc.

Fr. Joseph Johnston.

A Londres, ce 6 mai 1686.

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