Waddington : il recommanda
^7. Cette remarque est de Jean de Biclar. P. L., t. LXXII, col. 868.
48. Les réformateurs ont bien aussi sur la conscience quelques boucheries de catholiques (Cf. Hist. des Variations, P. X, nos 5i-52, et Cinquième avertissement, n° 5.)
mai 1686J DE BOSSUET. 2^7
de cas comme celui de Servet, on pouvait en venir à l'exécution de pareils châtiments; car, comme a dit un grand homme,«onne revient pas ainsi tout d'un coup de ses préjugés.» De plus, Servet était, comme j'ai dit, un blasphémateur, un chef de secte, qui n'était point autorisé par traités ni par édits, et, en un mot, un perturbateur du repos public.
Je dis, en second lieu, Monseigneur, que ces lois ne condamnaient pas généralement tous les hérétiques, mais seulement ces abominables, comme les manichéens, qui, parleurs pratiques et leurs doctrines plus que diaboliques, si cela se peut dire, ruinaient l'essence du christianisme, blasphémaient contre le Sauveur, disputaient contre la vérité de son divin corps, niaient la résurrection, se plongeaient dans toutes sortes de voluptés brutales, et qui, encore une fois, n'avaient point d'édits ; pour les autres hérétiques, on se contentait de les censurer, de les séparer de la communion des fidèles, de les bannir et de confisquer leurs biens. Théodose et Valentinien disent expressément qu'on ne doit pas punir tous les hérétiques avec la même sévérité 49, et si la loi de Marcien fait mention du dernier supplice50, ce n'est qu'à l'égard de quelques sectaires particuliers et distingués par un tel endurcissement, qu'on craignait qu'il ne gâtât tous les autres ; de sorte qu'il était de la prudence d'en faire des exemples pour tenir tout le reste en bride par la crainte ; car il faut bien distinguer entre la punition de deux ou trois chefs de parti et celle de deux millions d'habitants de tout un royaume. Dans les plus grands crimes d'Etat et de lèse-majesté au premier chef, on ne punit que les auteurs principaux, et non pas tous leurs complices, parce que ce sont toujours les premiers qui sont cause du mal, les peuples étant comme la mer, et eux comme les vents, celle-là demeurant toujours tranquille si ceux-ci ne remuent. En effet, il ne se trouvera point dans l'histoire, qu'on ait brûlé ni massacré les ariens et
ig. Code Theodos., XVI, v, 65 : Non omnes eadem austeritate plectendi sunt.
5o. Marcien, empereur de 45o à 4^7.
248 CORRESPONDANCE [mai 1686
autres hérétiques ; c'était eux qui, comme j'ai dit, étaient les persécuteurs et les boutcfeux contre les catholiques. 11 en est de même des donatistes, dont les horribles tragédies contre les fidèles sont si fameuses du temps des Vandales, et devant et après, en un mot dans l'Afrique et ailleurs. On fait à leur sujet un grand triomphe d'un passage de saint Augustin dans ses Rétractations S1, sur lequel 52 je dirai en deux mots, premièrement que saint Augustin, tout grand homme que nous le reconnaissons, a pu tomber en erreur aussi bien qu'un autre ; en second lieu, qu'il n'était tombé dans ce sentiment que par une trop grande préoccupation de zèle, à cause du ressentiment où il était de l'excès des fureurs que les donatistes exerçaient contre les fidèles, de sorte cju'il n'est pas étonnant qu'il ait été d'avis qu'on leur rendît le change et qu'on donnât dent pour dent. Cependant il faut remarquer que saint Augustin ne consentait point à la mort des donatistes, puisque son épître Le, à Boniface, porte qu'il les fallait seulement châtier de peines modérées : ce qui se justifie par le titre même de la lettre, qui est De moderate coercendis hsereticis^3. Je tiens cette seconde remarque du même savant dont j'ai tantôt parlé34.
Je viens, Monseigneur, aux nestoriens et aux pélagiens, dont votre lettre fait mention. A l'égard des uns et des autres, je prétends faire voir les mêmes deux circonstances que j'ai justifiées déjà au sujet des ariens: l'une, que c'était eux, et non pas les catholiques, qui étaient les persécuteurs, et que ceux-ci étaient les persécutés ; l'autre, qui en est une consé-
5i. Rétractai., lib. II, cap. v. Saint Augnstin avait d'abord désapprouvé l'emploi de la force contre les schismatiques, mais il avait depuis changé d'avis: «... Mihi non placere ullius secularis potestatis impetu schismaticos ad cotnmunionem violenter arctari. Et vere tune mihi non placebat; quoniam nondum expertus eram vel quantum mali eorum auderet impunitas vel quantum eis in melius mutandis conferre posset diligentia disciplina? » [P. L., t. XXXII, col. 632.]