Mansi, Concilia, t. IV, col
25o CORRESPONDANCE [mai 1686
Qu'est-ce que firent après lui ses partisans, et qu'est-ce qu'ont fait ensuite ses sectateurs ? Ils n'ont point été éteints, comme on prétend ; l'exil et la mort de l'hérésiarque n'ont pu étouffer l'hérésie ; elle est encore aujourd'hui répandue presque dans tout l'Orient, et elle a pénétré jusqu'aux Indes, comme il paraît par toutes les histoires de ces pays, et par toutes les relations des voyageurs57.
Il me reste à parler des pélagiens, qui ne me tiendront pas longtemps. Une de leurs plus considérables hérésies était au sujet de la grâce. Pelage58, leur chef et l'auteur de la secte, excita une furieuse persécution contre saint Jérôme ; mais il fut terrassé par saint Augustin, et cela, non point par [les] armes, mais par de savants écrits. Honorius le chassa de Rome, mais il ne le fit point mourir, ni ne logea chez lui aucunes troupes prétoriennes : on le laissa finir sa vie en repos parmi les siens. Ses sectateurs furent condamnés depuis par divers synodes, et ensuite par le concile d'Ephèse, duquel nous avons parlé ; saint Augustin fut commis pour écrire contre eux, et, en tout cela encore, point de persécuteurs ni de persécutions.
Comme je m'aperçois, Monseigneur, d'avoir un peu étendu ces matières, je tâcherai de me resserrer à l'égard de celles qui me restent. La première qui se présente est une objection que vous nous faites de ce que vous prétendez qui se commet, en Suède et ailleurs, contre ce que vous appelez les catholiques. Je suis surpris, Monseigneur, que l'Angleterre et la Hollande étant un peu plus à nos portes, et moi particulièrement, que vous honorez de vos lettres, étant tout porté dans cette dernière, vous ne me les opposez pas plutôt que les glaces du Nord, qui sont comme un pays perdu et dont on ne peut pas avoir des nouvelles si faciles et si débrouillées que le seraient celles du pays d'où je me donne l'honneur de vous