‹ Correspondance de Bossuet (volume 3)Chapitre 16 sur 308 · A Mrae de Beringhen · texte numérisé non relu

A Mrae de Beringhen

A Germignv, 6 octobre i684-

Me voilà donc, Madame, bien multiplié : si on

pour vous de l'obtenir. De l'humeur vive et chagrine dont vous êtes, vous auriez eu tant d'embarras et à répondre et dépendre de tant de gens, que vous en auriez maudit la pensée, sans compter que cela aurait servi peut-être de prétexte à vous ôter votre privilège, parce qu'on aurait dit avec assez de fondement que, pour ces deux choses, il fallait deux hommes tout entiers... J'ai donné de votre part à M. le Cardinal (d'Estrées) la première nouvelle de l'élection de M. Thévenot, son ancien ami, qu'il ne savait pas; et, pour moi, puisque ce n'est pas vous ni votre ami M. d'Herbelot, je suis bien aise que ce soit lui. » (Lettre du 3o décembre i684, f° 1 85.)

Lettre 298. — L. a. s. Cabinet de M. le comte Guillaume de La Roche-Aymon.

Le P. Griselle (Lettres de Bossuet revisées sur les manuscrits autographes, 1899, in-8, p. i5) avait signalé avec sa perspicacité habituelle les difficultés que soulevait cette lettre, si on persistait à la croire adressée à Mme de Beringhen, et il supposait que peut-être elle avait dû être écrite à Mme du Blé d'Huxelles, tante de cette religieuse, et alors abbesse de Faremoutiers. Mais la suscription, autographe comme la lettre elle-même, ne laisse aucune place au doute, et nous aurons tout à l'heure à résoudre les difficultés indiquées. — La famille de Beringhen (on prononçait Béringhant et souvent Bélinghant) remontait à Pierre I de Beringhen, armurier hollandais, qui, venu de Frise en France, s'était mis au service d'un gentilhomme de Normandie, puis était passé à celui de Henri IV. Ce roi fit de lui un contrôleur général des mines en 1601, et l'anoblit en 1606. De son mariage avec Jeanne de Villiers, Pierre I de Beringhen eut, entre autres enfants, Pierre II de Beringhen, sieur d'Armainvilliers, premier valet de chambre du Roi. Pierre II épousa Madeleine de Bruneau, sœur de la célèbre Mme Desloges, de qui il eut Maximilien, mort sans alliance, Judith, qui épousa Louis Le Coustelier de Saint- Pater et d'Oze, Marguerite et Henri de Beringhen. Ce dernier épousa, le 6 janvier i646, Anne du Blé d'Lxelles, sœur de l'abbesse de Faremoutiers (Voir notre t. II, p. 348). Il fut d'abord premier valet de chambre du

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m'avait encore donné la parole, vous étiez perdue, et vous ne reviendriez jamais de l'étourdissement où vous jetteraient tous mes beaux propos1. Jouissez du moins, Madame, de mon silence ; mais soyez bien persuadée que je ne le voudrais rompre que pour vous dire combien je suis sensible à vos bontés. Je salue de tout mon cœur Mesdames vos

Roi, puis premier écuyer de sa petite écurie. Confident de Louis XIII et d'Anne d'Autriche, ami de Mme de Hautefort, il se brouilla avec Mazarin. Mme de Motteville dit de lui qu'il était homme d'honneur et incapable de mentir, mais que, dans sa manière de parler et d'agir, il était tout de glace. Il mourut le 3o mars 1692, à l'âge de quatrevingt-neuf ans. En 1628, malgré les conseils de sa tante, Mme Desloges, il s'était converti au catholicisme (Voir dans A. Roux, Lettres du comte d'Avaux à Voiture. Paris, i858, in-8, p. 117, une lettre de Mme Desloges à son neveu). Il avait eu trois filles, qui entrèrent en religion; l'aîné de ses fils, Henri, ayant été tué devant Besançon (le i3 mai 1674), le frère cadet de celui-ci, Jacques-Louis, qui était entré dans l'Ordre de Malte et avait été pourvu de l'abbaye de Saint- Etienne de Fontenay, rentra dans le inonde pour perpétuer sa famille et succéda à son père comme premier écuyer en 1692. — La destinataire de cette lettre était Anne-Généreuse-Constance-Marie, une des trois filles de Henri de Beringhen. D'abord religieuse à Saint- Menou, elle avait, ainsi que ses deux sœurs, suivi à Faremoutiers sa tante, Mme du Blé, à qui elle devait bientôt succéder. Elle mourut le 9 octobre 1721, à soixante-quatorze ans. Elle était « illustre par son savoir et par sa vertu » (Vertron, la Nouvelle Pandore, 2e partie, Paris, 1698, in-12, Catalogue des dames vivantes). (Sur la famille de Beringhen, voir Tallemant des Réaux, Historiettes • le P. Anselme, Histoire généalogique de la maison de France, t. IX, p. 197, etc. ; les Mémoires deSaint-Simon et de Mathieu Marais, le Bulletin de la société de l'histoire du protestantisme français, t. IX, p. 84 et suiv. ; les frères Haag, la France protestante).

1. Allusion plaisante à plusieurs portraits de Bossuet, que venait de se procurer Mme de Beringhen. Il s'agit sans doute du beau portrait gravé par le célèbre Nanteuil, si habile à saisir la ressemblance. Achevé dès l'année 167^, il fut retouché peut-être par G. Édelinck, son neveu, vers les débuts de Pépiseopat de Bossuet à Meaux : dans l'exergue Meldonensis (sic) remplace Condomensis (Episeopus). Robert Nanteuil avait gravé le portrait du père de Mme de Beringhen.

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sœurs2. J'userai de votre extrait3 selon vos ordres, et, puisque vous le voulez, je ménagerai surtout le chagrin d'un père4 que vous aimez tant.

J. Bénigne, é. de Meaux.

Suscription : Mme de Beringhen.

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