‹ Correspondance de Bossuet (volume 3)Chapitre 165 sur 308 · Au P. J. JoHNSTON · texte numérisé non relu

Au P. J. JoHNSTON

Meaux, 26 mai 1686.

Je ne puis comprendre, mon Révérend Père, quel avantage peuvent tirer les ministres de tous les faits qu'ils allèguent contre mon Exposition. Il me paraît, au contraire, qu'ils tournent à l'avantage de ce livre, puisqu'on n'en peut raisonnablement conclure autre chose, sinon qu'il a été fait avec soin, qu'on en a pesé toutes les syllabes, et qu'enfin on la fait paraître après un examen si exact, qu'aucun catholique n'y trouve rien à redire ; au contraire, il ne reçoit que des approbations.

Cet ouvrage a été fait à deux fois ; je fis d'abord jusqu'à l'Eucharistie; je continuai ensuite le reste. J'envoyais le tout à M . de Turenne, à mesure que je le composais1. Il donna des copies du commencement, il en a donné du tout; et il peut s'en être trouvé chez lui de parfaites et d'imparfaites. Je voudrais bien savoir qu'est-ce que tout cela fait à un ouvrage.

Je veux bien dire encore davantage, puisqu'on est si curieux de savoir ce qui regarde ce livre. Quand il fut question de le publier, j'en fis impri-

Lettre 381. — C'est la réponse à la lettre du 6 mai, que nous avons vue plus haut, p. a3i. Publiée par J. Johnston dans A reply to the Dcfence of the Exposition ofthe Doctrine of the Church of England, beiiifj a further Y indication of the Bishop of Condom's Exposition of the Doctrine of the Catholic Church. With a seeond letter from the Bishop of Condom. Londres, 1687; in-^.

1. Voir p. a32 et Reçue Bossuel de janvier i(j023 p. 5 et suiv.

2Ô2 CORRESPONDANCE [mai 1686

mer une douzaine d'exemplaires, ou environ, pour moi et pour ceux que je voulais consulter, principalement pour les prélats dont j'ai eu l'approbation. C'était pour donner lieu à un plus facile examen, et les copies n'ont jamais été destinées à voir le jour. J'ai profité des réflexions de mes amis et des miennes propres ; j'ai mis l'ouvrage dans l'état où il a été vu par le public. Qu'y a-t-il là-dedans qui puisse nuire tant soit peu à ce traité? Et tout cela, au contraire, ne sert -il pas à recommander 2 ma diligence ?

Je ne serais nullement fâché quand on pourrait avoir trouvé chez M. deTurenne les remarques qu'on aura faites sur mon manuscrit, ou même sur cet imprimé particulier. On peut hardiment les faire imprimer : on verra qu'il ne s'agissait ni de rien d'important, ni qui mérite le moins du monde d'être relevé. Mais quand il s' agirait de choses de conséquence, a-t-on jamais trouvé mauvais qu'un homme consulte ses amis, qu'il fasse de nouvelles réflexions sur son ouvrage, qu'il s'explique, qu'il se restreigne, qu'il s'étende autant qu'il le faut pour se faire bien entendre, qu'il se corrige même s'il en est de besoin3; que loin de vouloir toujours défendre ses propres pensées, il soit le premier à se censurer lui-même? En vérité, on est bien de loisir quand on recherche

2. Recommander, faire valoir, rendre recommandable. « Une main libérale recommande plus un présent qu'une main pleine. » (Malherbe, Bienfaits de Sênèque, Grands écrivains, t. II, p. i3.)

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