‹ Correspondance de Bossuet (volume 3)Chapitre 186 sur 308 · Le comte de Melford, p · texte numérisé non relu

Le comte de Melford, p

20. Lettre pastorale de Monseigneur l'évêque de M eaux aux nouveaux catholiques de son diocèse pour les exhorter à faire leurs pàques et leur donner les avertissements nécessaires contre les fausses lettres pastorales des ministres, Paris, 1686, in-4. Cette lettre est datée du 2^ mars 1686. Elle fut traduite en anglais la même année, par le P. Johnston, comme on l'apprend par sa lettre du 6 mai 1686.

31. Celle du chancelier Michel Le Tellier, prononcée le 25 janvier 1686.

22. A Pastoral Letter from the Lord Bishop of Meaux, to the New Catholics of his diocess, exhorting them to keep their easter, and giving them necessary advcrtisements against the false Pastoral Letters oj their ministers. With réfections upon the pretended Persécution. Translatedout of frencli, and publish'd with allowance. London, 1686, in-4.

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sur moi, que je ne suis pas en repos jusqu'à ce que je les aie rendus publics pour l'avantage des autres. Si tous ceux qui les lisent y profitent autant que j'ai fait, j'aurai une grande joie de les avoir fait publier, par plusieurs raisons : entre autres, parce que votre grand mérite et vos rares qualités seront ainsi parmi nous en grande vénération, comme en effet personne ne vous peut connaître sans avoir pour vous une estime qu'il n'est pas possible d'exprimer.

Je suis fâché de ne pouvoir encore vous envoyer quelques mémoires de ce qui s'est passé ici dans la naissance de l'hérésie parmi notre nation. Le chevalier Robert Sibbald23, qui a un excellent recueil de tous ces mémoires, en partie par mon moyen, est retombé dans son erreur, qu'il avait quittée avec tant de zèle. Je crains qu'il ne fasse difficulté de me donner ces papiers, qui fournissent un grand argument contre lui-même. J'avais dessein de vous rendre compte ici de la malheureuse apostasie de ce misérable ; mais vous en serez informé parfaitement dans quelques semaines par le précepteur de mon fils24, à qui j'espère que vous voudrez bien

23. Deforis et ses successeurs ont imprimé à tort : Silbald. Robert Sibbald (1641-1722), médecin et naturaliste célèbre. Milord Perth l'avait décidé à embrasser la religion romaine ; mais il retourna bientôt au presbytérianisme, ce qui lui valut les railleries du docteur Pitcairn. Il contribua activement au progrès des sciences en Ecosse. Ses principaux ouvrages sont Scotia illustrata, Edimbourg, i684 et 1696, in-fol. ; Phalainologia nova sive observationes de rarioribus quibusdam balsenis in Scotiœ littus nuper cjectis, Edimbourg, 1692, in-4 ; History of the Sheriffdoms of Fife and Kinross, and of the Firths of Forth and Tay, Edimbourg, 17 10, in-fol. ; Introductio ad kistoriam rerum a Romanis gestarum in ea Borealis Britanniœ parte quœ ultra Murum Picticum est, Edimbourg, 1706, in-fol.; The Liberty and Independency of the Kingdom and Church of Scotland, Edimbourg, 1703, in-4 ; etc., etc. On a réuni un grand nombre de mémoires de Sibbald, sous le titre de A Collection of several Treatises concerning Scotland, as it was of old andalso of later times, Edimbourg, 1739, in-fol. (Voir Remains of sir Robert Sibbald, containing his autobiography, etc. Edimbourg, 1837, in-8 ; Bower, History of the University of Edinburg, Edimbourg, 1817, in-8).

2l\. John Wallace, voir p. 33a.

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donner votre bénédiction, lorsqu'il aura l'honneur de vous aller baiser les mains : c'est pourquoi je ne vous importunerai pas de ce récit. J'ajouterai seulement que le Roi a résolu de me donner assez d'autorité en Ecosse, et des ordres si précis pour avancer la religion catholique, qu'il y a sujet d'espérer que les affaires iront assez bien. Vous serez informé de temps en temps de nos difficultés et du progrès que nous ferons. Je serai souvent obligé dans mes peines d'avoir recours à votre charité pour vous demander vos avis, vos prières et votre bénédiction, que je vous demande présentement prosterné à vos pieds. Quoique je sois indigne de cet honneur, je suis néanmoins votre fils, et je n'oublierai jamais l'obligation que je vous ai, de ce que vous avez fait tomber de dessus mes yeux les écailles 23 de l'ignorance, des préjugés et de la prévention. Je reconnais qu'après Dieu, je vous dois ma conversion et je comprends tous les jours de plus en plus le prix de cette bénédiction. Je prie Dieu que ma vie puisse être une continuelle expression de gratitude envers sa divine majesté. J'espère aussi que je ne manquerai jamais d'avoir tous les sentiments de reconnaissance à votre égard, et j'en ai le cœur tellement rempli que je ne trouve point de paroles pour les exprimer.

Cependant, Monseigneur, je m'aperçois qu'en vous faisant des excuses de mon silence, je tombe dans une autre extrémité, et que je dois vous demander pardon de ce que je dérobe au public autant de votre temps précieux que vous en perdrez à lire une si longue lettre. Je vous déclare sincèrement que, si j'étais maître de moi, et que si la place dans laquelle la divine providence m'a attaché ne m'engageait pas à une résidence nécessaire, j'achèterais avec joie trois heures de conversation avec vous, en allant nu-pieds jusqu'à Meaux et demandant mon pain durant tout le chemin. Car de toutes les instructions que j'ai pu avoir, aucune ne représente les choses si clairement, ne les établit et ne les persuade

25. Allusion à une circonstance de la conversion de saint Paul (Act., ix, 18).

2g8 CORRESPONDANCE [juill. 1686

si fortement, et ne dissipe plus parfaitement les ténèbres de l'ignorance que vos admirables écrits. Chaque lettre que je reçois de vous est un joyau pour moi : j'en reçois du profit et du plaisir, et elle m'échauffe dans mes bonnes résolutions, de sorte que non seulement je me vois très bien informé pour ce qui regarde l'entendement, mais je sens ma volonté déterminée de plus en plus au service de Dieu, et à avancer les intérêts de la sainte Eglise.

Il faut aussi que je vous dise que, quoique j'aie toujours eu, même durant mon ignorance et dans l'hérésie, un profond respect pour le ministère apostolique des évêques, vous l'avez tellement augmenté par la manière admirable dont vous vous acquittez de tous les devoirs de l'épiscopat, que je crois remonter jusqu'à saint Cyprien, saint Augustin et saint Ambroise, ou au moins aux trois évêques des derniers siècles pour qui j'ai la plus grande vénération, qui sont saint Charles Borromée, saint François de Sales et Don Barthélemi des Martyrs20 : quoique, à la vérité, à l'égard de ces derniers, il y ait de la différence à faire en ce qui regarde la science et la force de l'expression, qui est plus grande dans les premiers.

Si je pouvais vous informer de quelque chose de ce pays-ci qui fût digne de vous être mandé, et dont vous ne fussiez pas informé par de meilleures mains, je le ferais très volontiers ; mais ce serait une chose inutile de vous en fatiguer, parce qu'on est assez bien informé par les avis publics. J'ajouterai seulement que ce que le Roi a fait en mettant en commission l'office de Vicaire général27, et en chargeant de cette commis-

36. Ces prélats ont déjà été mentionnés dans la lettre du 8 février

37. L'office de vicaire général. Ces mots désignent l'autorité que le roi d'Angleterre avait sur les affaires ecclésiastiques, d'après la constitution. Jacques II, étant catholique, ne voulut plus l'exercer par lui-même, et la confia à une commission composée de protestants. « Le roi ne trouvait pas convenable, qu'étant d'une religion différente de son peuple, il excercâtsur l'Eglise d'Angleterre cette juridiction dont la loi investit le souverain. » (J. S. Clarke, Vie de Jacques H, trad. J. Cohen,

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sion l'archevêque de Cantorbéry, les évêques de Durham et de Rochester, le chancelier, le trésorier, le président du Conseil, et le chef de justice, alarme extrêmement les évêques et les ministres protestants. Ce que Sa Majesté a aussi fait en mettant dans son conseil d'Etat le comte de Powis28, milord Arundel2'1, Bellasis30 et Dover31, est encore une démarche qui ouvrira la porte à un nouvel avantage pour les catholiques. Avant ce temps-là, mon frère milord Melford et moi avions pris séance dans le Conseil ; mais nous y étions entrés étant encore protestants ; au lieu que ceci est clair, et que c'est un exercice du pouvoir de dispenser des lois, dont on parle tant32 : de sorte que, selon mon avis, les protestants seront convaincus par là que le Roi est résolu d'achever son ouvrage. Enfin, Monseigneur, je n'ajouterai plus rien à cette

Paris, 1819, 4 vol. in-8, t. III, p. i3o et suiv.) Les membres de cette commission ecclésiastique Furent d'abord : James Arderne ou Arden, évêque de Chester, nommé au refus de l'archevêque de Cantorbéry, William Sancroft ; Nathaniel Crew, évêque de Durham ou Dimholme ; Thomas Sprat, évêque de Rochester; Georges Jeffreys, chancelier; le comte de Rochester, trésorier ; le comte de Sunderland, président du Conseil ; et Edouard Herbert, chef de justice.

28. William Herbert, comte, puis marquis et enfin duc de Powis (1617-1696), fut l'un des plus influents parmi les catholiques anglais. Il fut, le 17 juillet, nommé membre du Conseil privé de Jacques II, mais n'accepta cette dignité qu'avec répugnance. Modéré et tolérant, il intervint à plusieurs reprises pour faire cesser des poursuites intentées aux quakers. Sa femme fut gouvernante des enfants de Jacques II. Il mourut à Saint-Germain, où il avait suivi ce prince (Cf. Lee, Dictionary of national Biography, t. XXVI).

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