Voir lettre du 20 juillet
3. Bossuet a répondu dans La Tradition défendue sur la communion, part. II, ch. xxxix à xlviii (Édit. Lâchât, t. XVI, p. 634).
k- Le 16 août. Le premier envoi est mentionné dans la lettre du 28 juin: nouvelle preuve qu'elle a été écrite en 1686 (Cf. lettre du 28 juin 1686, note 5).
5. A cette date, Bossuet habitait Place Boyale (actuellement Place des Vosges, au n° 17). Cf. Revue Bossuet, juillet 190/t, p. 17/i.
3lO CORRESPONDANCE [sept. 1686
me paraît au contraire qu'il est à souhaiter qu'il soit moins ancien ; les protestants, ce me semble, ne doutant pas que les enfants n'aient autrefois communié sous la seule espèce du vin, mais disant, comme le ministre Larroque6, qu'on n'en saurait donner de preuves depuis le douzième siècle. Voici ce que j'ai lu autrefois dans un ordinaire " manuscrit de l'église de Soissons, qu'ils appellent le Mandatum ; vous verrez si cela vous accommode encore : Communicato Episeopo, communicet infantes baptizatos de sanguine sacrato, dieens : Sanguis Domini nostri Jesu Chrisli custodiat le in vitam seternam. Amen. Ce manuscrit est de la fin du douzième siècle, ou du commencement du treizième, qui est le temps de la vie de Philippe Auguste et d'Isabeau8, sa femme, qui y sont nommés dans la prière Christus vincil9, aussi bien que l'évêqueNivelo10, qui vivait aussi en ce temps-là.
Autrefois, dans l'église d'Amiens, en communiant les enfants nouvellement baptisés, le samedi saint, sous la seule espèce du vin; on leur disait: Corpus et sanguis...; ce qui appuie le manuscrit de Senlis.
Je suis impatient de voir votre ouvrage, qui sera d'une grande utilité. Il y a des gens que je sais que vous estimez beaucoup, et qui ne sont pas éloignés du sentiment de la consécration par le mélange, et ils méritent bien votre application pour les détromper. Le ministre Larroque est visiblement de
6. Devert écrit La Roque. Larroque, op. cit., p. 1 1 4 et suiv.
7. Ordinaire, livre contenant les règles qui fixent l'ordre des cérémonies dans les offices de l'Eglise.
8. Isabelle de Hainaut, première femme de Philippe Auguste, qui la fit couronner avec lui à Saint-Denis le 29 mai 1180 ; elle mourut en 1190.
9. Prière dans laquelle l'acclamation Christus vincit, Christus régnât, Christus imperat revient comme un refrain au milieu de souhaits pour le Pape, le Roi, l'évêque du lieu, etc. Elle se chantait autrefois entre l'oraison de la messe et l'épître, aux fêtes solennelles (De Moléon, Voyages liturgiques de France, Paris, 1718, in-8, p. 323).
10. Nivelon ou Nevelon de Chérisy fut évêque de Soissons en 1 176, fit le voyage de Terre Sainte en 1201, devint archevêque de Thessalonique en i2o5 et mourut en 1207 à Rari.
oct. 1686] DE BOSSUET. 3ll
mauvaise foi en plusieurs endroits. Il ne sait ce qu'il dit quand il interprète les paroles d'Innocent I de la communion comme du sacrifice u, car on a toujours communié à Rome le vendredi saint, et l'Ordre romain12 y est précis. Je crois comme lui que Vabsque sanguine Domini ne se rapporte pas à communicent, mais à oblatas servandas... absque sanguine Domini13.
Je suis Monseigneur, avec tout le respect possible, votre très humble et très obéissant serviteur.
De VERT.
Au Prieuré de Saint-Pierre d'Abbeville, le 26 septembre.
4o6. — A l'Abbé Nicaise.
A Germigny, 7 octobre 1686.
Vous m'avez fait grand plaisir, Monsieur, de m'envoyer les louanges de Mgr le cardinal Le Camus1, et je les ai trouvées dignes de lui. Il y a beaucoup
11. Larroque, op. cit., p. ao3, renvoyant à Innocent I, Ep. 1 ad Décent. Eugub., cap. iv.
12. L'Ordre romain, livre rituel de l'Église de Rome. Sur les Ordres romains, ou rituels de diverses cérémonies, voir Mabillon, Musœum italicum, Paris, 1687 et 1689, 2 vol. in-4, t. II, reproduit dans Migne, P. L., t. LXXVIII. Cf. Mgr Duchesne, Origines du culte chrétien, 3e édit., Paris, 1903, p. 1^6-
i3. D. Devert approuve donc la critique adressée par Larroque (p. 211) à Bossuet (Ire part-, chap. vi, p. 166 seq.) au sujet de son interprétation de l'Ordre romain pour le jeudi saint.
Lettre 406. — L. a. s. Bibl. Nationale, f. fr. g359, p. i3o.
1. Nous n'avons pu retrouver cet éloge. Une lettre de Le Camus à Nicaise, du 19 octobre 1686 (édition Ingold, Paris, 1892, in-8, p. !\8!i) nous apprend qu'il était de Petit. Pierre Petit, né à Paris en 1617 (ou en 1629, selon Gui Patin) étudia la médecine, mais il est surtout connu par ses écrits. Ses poésies latines sont estimées : le principal recueil est intitulé Selectorum Poematum libri II. Accessit dissertatio de Furore poetico, Paris, i683, in-8. Ses ouvrages en prose sont nombreux et roulent sur des questions de sciences et de philosophie ; nous citerons seulement le traité de Motu. animalium spontaneo
3i2 CORRESPONDANCE [oct. 1686
de bonne latinité et un style fort coulant dans ces poésies, avec de beaux sentiments.
Je ne savais pas que l'auteur des Idylles'2' fût M. de Longepierre 3, de notre pays. Je prends beaucoup de part à la gloire qu'il peut attirer à sa patrie, et je souhaite seulement que son cœur ne se ramollisse pas en écrivant des choses si tendres.
(Paris, 1660, in-8), dirigé contre l'automatisme cartésien. Petit mourut le 12 décembre 1687. (Voir son éloge par l'abbé Nicaise, en tête de Homeri Nepenthes, Utrecht, 1689, in-8 ; l'article du Journal des savants du 12 janvier 1688 ; Ad. Baillet, Jugements des savants, Amsterdam, 1725, 7 vol. in-/|, t. III, p. 66; t. IV, p. 356 ; les Mémoires de Niceron, t. XI et XX ; le Dictionnaire de Chauffepié ; Huet, Commentarius, p. 202.)
2. Elles avaient paru anonymes, à la suite des Idylles de Bion et de Moschus, traduites du grec en vers françois, avec des remarques, Paris, 1686, in 12.
3. Hilaire Bernard de Requeleyne, baron de Longepierre, avait été baptisé à Saint-Micbel de Dijon, le 19 octobre i65g. Il était fils de Michel de Requeleyne, maître en la Chambre des Comptes de Bourgogne, et d'Oudette de Mouhy. Longepierre paraît avoir d'abord été destiné à l'Eglise, car, le 28 avril 1677, il est qualifié d'étudiant en Sorbonne, au baptême de Bénigne Augustin de Mouhy, à Saint- Michel de Dijon (Archives municipales de Dijon, B 4g8 et 5 18). Il s'était fait remarquer par la précocité de son intelligence. Bossuet, dont il se concilia l'amitié, le plaça comme précepteur auprès du comte de Toulouse. Longepierre fut ensuite associé à l'éducation du duc de Chartres, le futur régent, dont il fut gentilhomme ordinaire, après avoir été secrétaire des commandements du duc de Berry. Il donna, en 1690, un second recueil d'Idylles. Il a travaillé aussi pour le théâtre. Sa Médée (169^, in-4) et son Electre (donnée en 1702, imprimée en 1780, in-12) furent très goûtées, et la seconde de ces tragédies obtint même le suffrage de Bossuet. Il mourut le 3o mars 1721. Longepierre était, par sa mère, cousin de Michel de Mouhy, qui fut, à Meaux, curé de Saint-Thibaut, puis chanoine de la cathédrale, et mourut en 1728. (Voir Ad. Baillet, les Jugements des savants, t. IV, p. 3g2; t. V, p. 106; Ledieu, Journal, t. II, p. 271 ; Saint-Simon, éd. de Boislisle, t. X et XIII; Papillon, Bibliothèque des auteurs de Bourgogne; les frères Parfaict, Histoire générale du théâtre français, t. XIII et XV ; le baron Roger Portalis, Bernard de Requeleyne, baron de Longepierre, Paris, 1905, in-8).
oct. 1686] DE BOSSUET. 3l3
M. Fleury vous salue4.
Je n'ai rien vu encore de la Bibliothèque historique', et je n'en verrai rien que je n'aie appris de quelque homme judicieux si la chose en vaut la peine ; car on perd beaucoup de temps en ces bagatelles.
Les écrits de M. Jurieu6 sont du dernier emportement ; et il ne les faut voir que quand on y est forcé pour défendre la cause de l'Eglise.
Je suis, avec toute l'estime possible, Monsieur, votre très humble et affectionné serviteur.
J. Bénigne, é. de Meaux.
A07. — Mjlord Perth a Bossuet.
Au château de Drummond1, ce i5 octobre 1686.
Monseigneur, Dans ma dernière lettre, je vous rendis compte de la situation de nos affaires en ce pays, afin que le récit du malheureux état où nous sommes, par la dureté d'un peuple opiniâtre, pût vous exciter à nous plaindre et à nous recommander
l\. Deforis omet cette phrase.
5. La Bibliothèque universelle et historique (Amsterdam, 1686-93, 26 vol. in-12) était une revue littéraire rédigée par le célèbre critique protestant Jean Le Clerc (Cf. plus haut, p. 108).
6. Les ouvrages composés vers cette époque par Jurieu sont l'Accomplissement des prophéties ou la délivrance prochaine de l'Eglise, Rotterdam, 1686, 2 vol. in-12 ; Lettres pastorales adressées aux fidèles de France qui çj émissent sous la captivité de Babylon, Rotterdam, 1686, in-12, et 1688, 3 vol. in-12.
Lettre 401 . — I. Drummond Castle, dans le Perthshire, résidence du chef du clan Drummond.
3l4 CORRESPONDANCE [oct. 1686
à Dieu dans vos prières. Aujourd'hui, je ne vous importunerai que de choses qui me regardent personnellement.
Peut-être que déjà mon fils 2 s'est jeté à vos pieds pour vous demander votre bénédiction : c'est sur cela que je me donne l'honneur de vous écrire, afin de vous prier de l'honorer de votre protection, et de prier Dieu que la grâce qu'il lui a faite de le faire catholique soit augmentée en lui de plus en plus, et qu'il en retire tout l'avantage possible. C'est une grâce dont il est redevable à vos écrits ; car il est vraisemblable que, si je ne les avais pas vus, il ne serait pas ce qu'il est. J'avoue que j'abuse avec trop de liberté des bontés que vous me témoignez; mais j'espère que vous pardonnerez à celui qui regarde comme son plus grand bonheur de se pouvoir considérer comme votre fils, et dont le respect et la vénération pour vous ne se peut exprimer. Mon frère, Milord Melford3, vous honore aussi très parfaitement. Je ne puis m'empècher de vous dire encore, qu'il y a quelque chose de tout à fait singulier dans l'affection et le respect avec lequel je suis, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
Je vous demande très humblement votre bénédiction.
Perth.
2. Ce jeune homme était envoyé en France par son père pour y achever son éducation. Il se nommait Jacques Drummond, et il était fils du duc de Perth et de sa première femme, Jeanne de Douglas. Il avait alors onze ans, étant né en 1675. 11 quitta l'académie en 1689 pour suivre Jacques II en Irlande. Il assista au siège de Londonderry et prit part aux combats de Newton, de Butler et de La Boyne. L'expédition ayant échoué, il revint en France. Ses études terminées, il voyagea en France, en Italie, en Flandre et en Hollande. Il épousa Jeanne, fille du duc de Gordon. Il mourut en 1720, et fut enterré, à côté de son père, dans la chapelle du collège des Ecossais, à Paris ; sa femme lui survécut jusqu'en 1773. Il laissa deux fils, qui furent successivement ducs de Perth après leur père, et dont le second se fit un nom parmi les jansénistes convulsionnaires.