‹ Correspondance de Bossuet (volume 3)Chapitre 212 sur 308 · Conclusion, décision · texte numérisé non relu

Conclusion, décision

2. Henri VIII avait épousé, en vertu d'une dispense du Pape, Catherine d'Aragon, veuve de son frère Arthur. Lorsqu'il voulut la répudier pour prendre Anne de Boleyn, il demanda au Pape de prononcer la nullité de son mariage. Comme le Souverain Pontife hésitait, on voulut peser sur lui en obtenant des diverses Facultés d'Europe, et de celle de Paris en particulier, des décisions conformes au désir du roi d'Angleterre.

3. Les registres de la Faculté pour cette période ont, en effet, disparu, enlevés par ordre du Roi, comme on le verra plus loin (lettre de Pirot, p. 38g). M. le duc de La Trémouille a fait en 1899 don à la Bibliothèque nationale d'un manuscrit intitulé Extrait de ce qui s'est passé en Sorbonne depuis i5o5 jusqu'en i533 (Nouv. acq. lat. 1782). Ce recueil est précieux, mais ce n'est qu'un abrégé et il ne saurait suppléer absolument au Regestum conclusionum sacrœ Facultatis Theologiœ. M. Léopold Delisle l'a étudié et en a imprimé de nombreux fragments dans le tome XXXVI des Notices et extraits des manuscrits, Paris, 1899, in-4, p- 3^2 à 396. On y lit, en particulier, qne G. Petit, évèque de Senlis, avait retiré des archives de la Faculté,

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Il est vrai que Burnet * rapporte cette conclusion tout entière dans son premier livre en anglais8, page 62 de son Recueil ; mais la difficulté est de savoir si elle a été véritablement faite par notre Faculté, telle que Burnet nous la rapporte, ou si elle est supposée.

Sur quoi, mon sentiment est qu'il est certain que notre Faculté a été consultée sur ce sujet, et qu'elle a répondu à la consultation qu'on lui avait faite6. Cela paraît par les lettres originales du Premier président Lizet ~, qui était chargé de

pour le remettre au Premier président Lizet, le registre contenant les opinions des Docteurs sur le mariage du roi d'Angleterre. Des démarches réitérées furent faites pour en obtenir la restitution ; on ne voit pas qu'elles aient été couronnées de succès.

4- Gilbert Burnet (i643-i7i5), d'abord professeur à Glasgow, puis disgracié ; lorsque Jacques II monta sur le trône, il passa en France, en i685, et s'y lia avec des théologiens et des gens de lettres. Il s'attacha ensuite à Guillaume d'Orange, qui le nomma évèque de Salisbury. Il a laissé un grand nombre d'ouvrages d'histoire et de controverse, où il laisse trop souvent percer sa passion contre le catholicisme : tels sont, en particulier, the History of the Reformation of the Church oj England (Londres, 1679-1714, 3 vol. in-fol.) et History of my ovvn limes (Londres, 1724-1734, 2 vol. in-fol.). Voir sa Vie par son fils, Thomas Burnet, les Mémoires de J. Macky (La Haye, 1733, in-ia, p. 191 et suiv.), le Dictionnaire de Chauffepié et les Mémoires de Niceron, t. VI.

5. The History of the Reformation, t. I. A. la suite se trouve un recueil de pièces justificatives, a Collection of records and original papers. La décision de la Faculté est imprimée pages 89 et 90 de l'édition de Londres, 1681, in-fol., que nous avons eue sous les yeux.

6. Sur cette affaire, consulter Bayle, Nouvelles de la République des Lettres, octobre 1686 ; Bossuet, Histoire des Variations, liv. VII, lix-lxi ; Joachim Le Grand, Histoire du divorce d'Henri VIII, Paris, 1688, 3 vol. in-12 ; A. Du Boys, Catherine d'Aragon, p. 323 et suiv. ; P. Féret, la Faculté de théologie de Paris, époque moderne (Paris, 189 , in-8), t. I, p. 3 ig-347 5 ^- Bébelliau, Bossuet historien du protestantisme, p. 187 ; L. Delisle, au tome XXXVI des Notices et extraits des manuscrits. Paris, 1899, in-4, p. 3i5 et suiv.

7. Pierre Lizet, né à Salers, en Auvergne, avait été nommé Premier président du Parlement de Paris en i52g. L'hostilité du cardinal de Lorraine l'amena à donner sa démission en i55o : il reçut alors l'abbaye de Saint-Victor. Il se fit ordonner prêtre en 1 553 et mourut le 7 juin 1 554 •

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ménager la Faculté sur cette affaire. Ces lettres sont dans la Bibliothèque du Roi8, et elles marquent que la Faculté a donné en ce temps son avis. Et Me Charles du Moulin 9, dans ses notes sur le Conseil 602 de Decius10 imprimées à Franc-

8. Aujourd'hui à la Bibliothèque Nationale (fr. 3o4o, f° 66), on trouve encore une lettre du Président Lizet, du 1er d'août [i53o] relative à cette affaire. Elle est adressée au Grand-maître de France, Anne de Montmorency. Elle a été imprimée par Le Grand, tome III, p. 48o. « Monseigneur, le Roi m'a écrit par Mons. de Bayonne de recouvrer du bedeau de la Faculté de théologie le double de quelques actes faits en lad. Faculté sur la délibération du fait du mariage du roi d'Angleterre et les lui envoyer ; Et suivant son commandement, ai recouvert du bedeau de lad. faculté le double de l'acte que demande le roi d'Angleterre, que j'envoie présentement au Roi. Et bien que le dit Sr de Bayonne m'ait requis le lui bailler pour l'apporter au dit roi d'Angleterre, disant en avoir charge de par le Roi, néanmoins voyant que ces missives dudit seigneur que led. Sr de Bayonne m'a apportées n'en font aucune mention et ne portent aucune créance sur lui, mais me mande le Roy expressément que je lui envoie le double desd. actes et que je garde qu'ils ne soient montrés et communiqués à autre que à moi, craignant desobéir au commandement exprès dud. seigneur, m'a semblé devoir envoyer lesdits actes audit Seigneur. Et au demeurant quant au fait de l'information que led. Seigneur a ordonné être faite pour cet affaire, il me semble, Monseigneur, pour les causes contenues aux lettres que je fais audit Seigneur que l'on la doit faire surseoir jusques à ce que led. Seigneur aura entendu par moi comment l'affaire a été conduit, et que lad. Information pourrait par aventure plus nuire audit roi d'Angleterre que profiter ; dont, Monseigneur, vous ai bien voulu avertir afin que votre plaisir soit me faire sur ce entendre le bon plaisir dud. seigneur, pour à icelui obéir le plus diligemment que possible me sera. » (Cette lettre, dans Le Grand, porte la date du i5 août.) L'évèque de Bayonne dont il est parlé ici est Jean du Bellay, frère de Guillaume du Bellay, dont Le Grand a aussi reproduit plusieurs lettres concernant cette affaire.

9. Charles du Moulin (i5oo-i566), célèbre jurisconsulte, adversaire des Jésuites et de la Cour romaine. Ses Œuvres ont été publiées plusieurs fois, par exemple, Paris, 1612, 3 vol. in-fol., et Paris, 1681, 5 vol. in-fol. Il abjura le luthéranisme avant de mourir. Sa fille, Anne du Moulin avait épousé Simon Bobé, bailli de Coulommiers, de qui descendait le chanoine Bobé, dont le nom revient plusieurs fois dans la Correspondance de Bossuet. Cf. Niceron, t. XXXIII.

10. Philippe Decio (1 454-1 535), jurisconsulte italien, professeur

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fort11 l'an i58-, en parle de cette manière12: Hanc quxstionem in magno fervore vidi in Sorbona, anno i53o ; et tandem mense junio steterunt quadraginfa duo Sorbonici pro affirmativa, quod Papa potest, quinque vero remittendum Ecclesix papali ; sed quinquaginta très majorem partent facientes tenuerunt pro negativa : de qua parum curandum ; quia corrupti angelotis anglicis ita censuerunt, ut vidi per attestationes jussu Francisci Galliarum Régis factas per defunctos De Fresnes et Poillot 13, Parlamenti Parisiensis Prœsides ; quibus Beda, Decanus Sorbonse, et Lisetus, tune ejusdem Parlamenti Prseses primus, multum gravabanlur. "Voilà ce qui me fait croire qu'il y a eu un avis de notre Faculté sur ce sujet. Mais je crois aussi que l'avis que rapporte Burnet14 n'est pas celui que la Faculté a donné.

de droit à Pise et à Sienne, favorable à Louis XII, et, pour cela, excommunié par Jules II, mais absous par Léon X.

11. Cet ouvrage de Ch. du Moulin, In Consilia Philippi Decii annotationes se trouve au tome III de l'édit. de ses Opéra, Paris, 1681, in-fol., la seule que nous ayons pu voir. Le passage cité se trouve à la page 822.

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