‹ Correspondance de Bossuet (volume 3)Chapitre 218 sur 308 · Le P. Malebranche · texte numérisé non relu

Le P. Malebranche

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répétition, pompeuse à la vérité et éblouissante, mais enfin une pure répétition de toutes les choses que j'ai toujours rejetées dans ce nouveau système; en sorte que, plus je me souviens d'être chrétien, plus je me sens éloigné des idées qu'il nous présente. Et, afin de ne vous rien cacher, puisque je vous aime trop pour ne vous pas dire tout ce que je pense, je ne remarque en vous autre chose qu'un attachement, tous les jours de plus en plus aveugle, pour votre patriarche ; car toutes les propositions queje vous ai vu rejeter cent fois quand je vous en ai découvert l'absurdité, je vois que, par un seul mot de cet infaillible docteur, vous les rétablissez en honneur. Tout vous plaît de cet homme, jusqu'à son explication de la manière dont Dieu est auteur de l'action du libre arbitre comme de tous les autres modes B, quoique je ne me souvienne pas d'avoir jamais lu aucun exemple d'un plus parfait galimatias. Pour l'amour de votre maître, vous donnez tout au tra- A^ers du beau dénouement qu'il a trouvé aux miracles dans la volonté des anges 6 ; et vous n'en voulez pas seulement apercevoir le ridicule. Enfin 7 vous recevez à bras ouverts toutes ses nouvelles inventions. C'est assez qu'il se vante d'avoir le premier pensé la manière d'expliquer le déluge de Noé par la suite des causes naturelles : vous l'embrassez aus-

5. Mode, manière d'être, qui ne peut exister indépendamment de la substance, quoiqu'on puisse par abstraction la concevoir à part.

6. Cf. le Traité de la nature et de la grâce, dernier éclaircissement.

7. Var. : Enfin tout vous plaît de cet homme, jusqu'à la nouvelle invention qu'il fait croire qu'il a trouvée d'expliquer le déluge...

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sitôt sans faire réflexion qu'à la fin elle vous conduirait à trouver dans les mêmes causes et le passage de la mer Rouge, et la terre entr 'ouverte sous les pieds de Coré, et le soleil arrêté par Josué, et toutes les merveilles de cette nature. Car si, par les causes naturelles, on veut entendre cette suite d'effets qui arrive par la force des premières lois du mouvement et du choc des corps, je ne vois pas comment le déluge y pourra plutôt cadrer que ces autres prodiges ; et s'il ne faut que mettre des anges à la volonté desquels Dieu se détermine à les faire, par cette voie, quand il me plaira, je rendrai tout naturel, jusqu'à la résurrection des morts et à la guérison des aveugles-nés.

Je vous vois donc, mon cher Monsieur, tout livré à votre maître, tout enivré de ses pensées, tout ébloui de ses belles expressions. Vous citez perpétuellement l'Ecriture, et les simples pieux seront pris par là, sans considérer seulement que de tous les passages que vous produisez, il n'y en a pas un seul qui touche la question. Il en est de même des passages de saint Augustin. Pour entrer en preuve sur cela, il faudrait faire un volume : c'est pourquoi 8, en deux mots, je vous dirai que, si vous voulez travailler utilement à réconcilier mes sentiments avec ceux du P. Malebranche, il me paraît nécessaire de procurer quelques entrevues aussi sincères de sa part qu'elles le seront de la mienne, où nous puissions voir une bonne fois si nous nous enten-

8. Var. : C'est pourquoi, pour couper court, je vous dirai que, si vous voulez faire quelque chose d'utile pour réconcilier.

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dons les uns les autres. S'il veut du secret dans cet entretien, je le promets ; s'il y veut des témoins, j'y consens, et je souhaite que vous en soyez un. S'il se défie de ne pouvoir pas0 satisfaire d'abord10 à mes doutes , il pourra prendre tout le loisir qu'il voudra ; et comme je ne cherche qu'un véritable éclaircissement qui me persuade qu'il a plus de raison que je n'ai pensé, et qu'il ne s'écarte pas autant que je l'ai cru de la saine théologie, j'aiderai moi-même à ce dessein. Cela est de la dernière conséquence ; car, pour ne vous rien dissimuler, je vois non seulement en ce point de la nature et de la grâce, mais encore en beaucoup d'autres articles très importants de la religion, un grand combat se préparer contre l'Eglise sous le nom de la philosophie cartésienne. Je vois naître de son sein et de ses principes, à mon avis mal entendus, plus d'une hérésie ; et je prévois que les conséquences qu'on en tire contre les dogmes que nos pères ont tenus, la vont rendre odieuse, et feront perdre à l'Eglise tout le fruit qu'elle en pouvait espérer pour établir dans l'esprit des philosophes la Divinité et l'immortalité de l'âme.

De ces mêmes principes11 mal entendus, un autre inconvénient terrible gagne sensiblement les esprits. Car, sous prétexte qu'il ne faut admettre que ce qu'on entend clairement, ce qui, réduit à certaines bornes, est très véritable, chacun se donne la liberté

g. Bossuet construit se défier, comme craindre, avec de ne pas.

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