Charles du Moulin. Voir plus haut p. 36o, note g
382 CORRESPONDANCE [juin 1687
couru toutes ses œuvres, et je ne l'ai point vu dans celles qui portent son nom, qui sont en trois tomes7.
Enfin j'ai vu ce qu'il a fait sur les Conseib deDecius, grand jurisconsulte milanais du siècle dernier, qui n'est pas imprimé sous son nom ; mais qu'on sait assez être de lui. Ce sont des notes sur l'ouvrage de cet Italien, imprimées en marge, dont l'auteur n'est point nommé au titre, mais seulement marqué par la qualité d'un grand jurisconsulte, célèbre en Allemagne et en France. Il se fait lui-même assez connaître de temps en temps dans ses observations, en citant ses ouvrages. Il parle de la question du mariage de Henri VIII, sur le Conseil 602 de Decius, à l'occasion de ce qu'en dit Decius lui-même8, qui avait été consulté par ce roi, et qui y répond dans ce Conseil, posant pour principe que le pape Jules II avait pu donner la dispense, et que le cas de faire épouser une même personne à deux frères, l'un d'eux l'épousant après la mort de l'autre, n'excède pas le pouvoir du Pape ; mais, dans l'application, trouvant nullité dans la bulle, qu'il prétend subreptice pour deux raisons : la première et la principale, fondée sur ce qu'elle est accordée pour le bien de la paix, comme s'il y avait eu guerre qui dût cesser par cette alliance, quoique tout fût en paix pour lors, et qu'il n'y eût nul trouble à craindre, ainsi que le Cas 9 l'exposait; l'autre, qu'on n'eût pas marqué au Saint-Siège, dans la supplique de la dispense qu'on avait demandée pour le mariage de Henri VIII avec Catherine, veuve de son frère Artus, qu'il était seulement dans sa douzième ou treizième année 10,
7. La première édition des œuvres de Gh. du Moulin était en 3 volumes. Caroli Molinœi Opéra, Paris, 1612, 3 in-fol. La meilleure et la plus complète édition, donnée par Fr. Pinsson, est de Paris, 1681, 5 vol. in-fol.
8. Voir plus haut, la lettre de Le Feuvre, p. 36o, notes 10 et 11.
9. Le Cas de conscience proposé, et dont Decius donne la solution.
10. Catherine d'Aragon avait d'abord contracté mariage, en i5oi, avec Arthur, fils aîné du roi d'Angleterre Henri VIL Arthur mourut dès l'année i5o2. Elle épousa en i5o9 son beau-frère Henri VIII, à qui on l'avait fiancée alors qu'il avait douze ans à peine, en i5o3.
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ainsi encore incapable de contracter, n'ayant pas l'âge de puberté ; ce qui pouvait rendre la grâce plus difficile, et dont par conséquent la réticence donnait atteinte à la bulle. C'est le biais que prend cet auteur pour satisfaire en même temps, dit celui qui a fait les notes ", à son Pape (c'est son terme), à qui il faisait profession de devoir bien de la reconnaissance, et au roi : Ut eadem fide Papze suo et régi satisfaceret.
Je souhaiterais que vous lussiez vous-même Decius dans ce Conseil 602, vous y auriez du plaisir ; et je suis sûr que vous voudriez voir encore le IIIe 12,où il renvoie, quand il dit que s'il se trouvait en cette question, sur le pouvoir du Pape pour la dispense du mariage, partage entre les théologiens e les docteurs de droit canon, il faudrait s'attacher aux derniers, et quitter les autres ; ce qu'il avait déjà avancé au sujet de l'usure 13, demeurant d'accord que, dans l'interprétation de l'Écriture sur les actions de Jésus-Christ, les théologiens doivent être suivis préférablement aux canonistes ; mais qu'il en est tout au contraire sur la morale et sur la pratique, comme sur le baptême, sur le mariage, sur le vœu, sur la simonie, sur l'usure, etc., et que, dans ces matières, il se faut peu mettre en peine de ce que tiennent les théologiens contre les décrétistes 1V. C'est en cet endroit que du Moulin dit dans une note, au Conseil 602, que Decius, dans sa prétention de maintenir le droit canon, a raison de n'avoir aucun égard à la théologie, parce que, dit-il, on pourrait craindre, en consultant la parole de Dieu, de renverser le droit canon : Et merito ne verbo Dei inspecto evertatur.
Mais pour me renfermer en ce que cet auteur, qui, comme vous voyez, ménage peu le droit canon, et cite son Traité