Cf. p. 36o et 36i, notes 10 et
i3. L'usure. Les théologiens donnent ce nom à toute espèce d'intérêt tiré d'un capital prêté, et non seulement à celui qui dépasse le taux légal.
ii. Les décrétistes ou canonistes, ainsi appelés parce que le fond de leur enseignement est le Décret, de Gratien, recueil de canons des conciles, de décrétales des Papes, etc., composé au xne siècle.
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contre les petites dates 1B qui le fait assez découvrir, dit de l'affaire d'Angleterre, il fait combattre d'abord les théologiens entre eux, pour décider si le Pape peut donner la dis-
i5. Commentarius ad edictum Henrici II contra parvas datas et abusus Curiœ Romanœ et in antiqua edicta et senatusconsulta Francise contra annalarurn et id genus abusus, etc. Lyon, i552, in-4- Cet ouvrage a été traduit en français et augmenté par l'auteur lui-même : Les Commentaires analytiques sur l'Édit des petites dates, etc. Lyon, 1 554, in-4- L'édit célèbre sous le nom des « Petites dates » avait été rendu par Henri II, en juin i55o. Les dates jouaient un grand rôle dans la collation des bénéfices et dans les procès qui en résultaient, la priorité assurant les droits des prétendants. On distinguait : les dates courantes, usitées pour les bulles des bénéfices consistoriaux, des bénéfices de Bretagne, etc. , dont les expéditions étaient datées du jour où le bénéfice avait été accordé par le Pape ; les grandes dates ou dates étendues, mises au bas des provisions des bénéfices à collation forcée ; elles étaient du jour de l'arrivée du courrier envoyé à Rome pour solliciter les bénéfices ; les petites dates ou dates en abrégé, que le correspondant du banquier expéditionnaire retenait à la Daterie de Rome, le jour de l'arrivée du courrier, pour constater les diligences de l'impétrant. Les « petites dates » donnaient lieu à des abus. Les impétrants retenaient les dates sans envoyer la procuration ad resignandum. Un titulaire voulait-il assurer à quelqu'un son bénéfice après sa mort seulement, il passait une procuration pour résigner en sa faveur, mais il la gardait ; et, sur cette résignation feinte, le résignataire faisait retenir à Rome une date tous les six mois. Si le résignant décédait dans cet espace de temps, on envoyait à Rome la procuration, sur laquelle on obtenait des provisions sous la date retenue ; et le résignataire ayant la faculté de prendre possession soit avant soit après le décès du résignant, parvenait ainsi à s'assurer la possession du bénéfice. Mais si le résignant ne venait à mourir qu'au bout d'une ou de plusieurs années, en ce cas le résignataire, abandonnant les premières dates, se servait de la dernière et par ce moyen se trouvait toujours dans les six mois. Cet abus était contraire au bien de l'Eglise comme au droit des collateurs. Par son édit de l55o, Henri II voulut y remédier. Il défendait aux banquiers d'écrire à Rome pour y faire expédier des provisions sur résignation, à moins d'envoyer par le même courrier les procurations ad resignandum, et en même temps il déclarait nulles les provisions obtenues sur des procurations surannées. (Guyot, Répertoire de jurisprudence, Paris, 1784, t. V, p. a34 et suiv. Cf. Rousseaud de La Combe, Recueil de jurisprudence canonique et bénéficiale, Paris, 1755, in-fol. ; art. Banquiers-Expéditionnaires ; Dates, et Appendice, p. 62 ; • Héricourt, Lois ecclésiastiques de France, Paris, 1771, in-fol., p. 588).
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pense dont il était question ; et rapporte sur cela Richard et [Soto] ,6 qui le nient, saint Thomas qui tient l'affirmative, et Paludanus11 qui ne sait à quoi s'en tenir. Il dit ensuite qu'il a vu en i53o cette question agitée avec beaucoup de chaleur en Sorbonne ; que quarante-deux docteurs avaient cru que la dispense avait pu être accordée à Henri, et que son mariage était bon ; cinq avaient renvoyé la chose à examiner à l'Église, qu'il appelle l'Église papale, ne cherchant pas à marquer un grand respect pour Rome ; et cinquante-trois avaient dit que la dispense était nulle, et que le mariage n'était pas valable ; qu'on ne devait avoir aucun égard pour ce dernier sentiment, quoiqu'il l'emportât, parce que ceux qui y étaient entrés avaient été gagnés par des angelots18 d'Angleterre, comme il l'avait reconnu dans des informations faites, par ordre de François Ier, par deux présidents du Parlement, de Fresnes et Poillot19, et qui avaient fort déplu au
16. Richardus, art. 2, q. 1 ; et Sotus, in IV, dist. 4i, quœst. 1, art. 3. Au lieu de Dominique Soto (en latin Sotus), qui tient en effet pour la négative, les éditeurs des Œuvres de Ch. Du Moulin en 1681 donnent par erreur Scot (en latin Scotus), qui en réalité est de l'opinion contraire (In IV Sent., dist. 4, quœst. 1, art. 4)-
17. Pierre de La Palud, une des gloires de l'Ordre de saint Dominique. Il fut patriarche de Jérusalem, et évêque de Conserans. Il mourut à Paris le 3i janvier i34a, et fut inhumé au couvent de Saint-Jacques. Entre autres ouvrages, on lui attribue De Causa immediata ecclesiasiicw polestatis (Paris, i5o6, in-4) ; Commentaria in III Sententiarum, Paris, i5i7, in-fol. ; in IV Sententiarum, Venise, i4g3, in-fol. (Voir Quétif et Échard, Scriptores Ordinis Fratrum Prsedicatorum, Paris, 1719, 2 vol. in-fol., t. I, p. 60 seq. ; le P. Ant. Mallet, Histoire des hommes illustres du couvent de Saint- Jacques, Paris, i645, 2 vol. in-12; le P. Touron, Histoire des hommes illustres de l'Ordre de Saint- Dominique, Paris, 1748, 5 vol. in-4). Paludanus se contredit: dans Super Levitic, 18, et in IV Sent., dist. 58, q. 4, il est de l'avis de saint Thomas; mais il dit le contraire dans dist. 4i, q- 1, art. 5, conclus. 2. Pour saint Thomas, cf. in IV Sent., dist. 4i, q. I, art. 6.
18. Angelots, monnaie d'or, représentant un ange tenant l'écu de France et celui d'Angleterre. Elle avait été frappée en France par les Anglais sous le règne de Charles VII.
19. Les éditions donnent Dufresnet et Poliot ; il faut : de Fresnes et Poillot. Voir plus haut p. 36i.
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Premier président, qui était pour lors M. Lîzet, et à Bède, doyen de la Faculté (il devait dire syndic). Voici les mots latins de du Moulin : Hanc quœstionem in magno fervore vidi in Sorbona, anno i53o ; et tandem mense junio steterunl quadraginta duo Sorbonici pro affirmativa, quod Papa potest ; quiaque vero remittendum Ecclesiœ papali ; sed quinquaginta très, majorem partent facientes, ienuerunt pro negativa : de qua parum curandum; quia corrupti angelotis anglicis ita censuerunt, ut vidi per attestationes jussu Francisci Francise régis factas per defunclos de Fresnes et Poliot Parlamenti Parisiensis prœsides, quibus Beda decanus Sorbonœ, et Lizetus tune ejusdem parlamenti preeses primus mullum gravabantur. De affirmativa quoque, quœ erat vera20 senienlia Sorbonœ, parum curandum; quia fundatur in eo quod censent nihil de loto Veleri Testamento remanere de jure divino prœter Decalogum, etc.
Il cite ensuite Tostat 21, qu'il prétend avoir cru que l'empêchement au premier degré n'est plus que du droit humain; mais il ne prend pas son sens. Vous savez l'éloignement qu'il avait des théologiens catholiques, et surtout de la Faculté de Paris, dont il se plaint si fort à la fin de la glose qu'il a faite sur l'édit de Charles VI en i4o6, au sujet des annates, et qu'il a mis à la fin de ce qu'il a écrit contre les « petites dates », en commentant l'édit de Henri II de i5oo. Il accuse les théologiens de l'avoir persécuté, et de lui avoir attiré une si grande haine, qu'il avait été obligé de se retirer en Allemagne.
Ce qu'il dit de la consultation qui y fut faite sur le mariage de Henri avec Catherine, ne peut pas beaucoup servir à justifier ce prince. Il nomme les parties dans sa glose, et il
20. Deforis : una. Le sens demande vera, comme le suppose d'ailleurs l'allusion faite à ce passage dans la suite de la lettre, p. 38".
21. Alphonse Tostat (Alonso Tostado), théologien et exégète espagnol, évèque d'Avila, né en i4oo, mort le 3 septembre 1 455. Doué d'une intelligence facile et d'une mémoire prodigieuse, il savait toutes les sciences de son temps. Aussi fit-on graver sur son tombeau ce vers :
Hic stupor est mundi, qui scibile discutit omne. La dernière édition de ses œuvres (Venise, 1728) comprend 27 tomes en i3 vol. in-fol.
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y parle ouvertement de la chose ; au lieu que Decius prend des noms supposés, quoiqu'il dise que c'est une question proposée par des princes et venue d'Angleterre, désignant Henri par le nom d'Olimbardus, et Catherine par celui de Barbara.
Quand les choses se seraient passées comme il les raconte, cela ne ferait pas en faveur d'Henri : ce serait une confusion pour les docteurs de Paris, mais qui ne déchargeait pas ce prince; au contraire leur lâcheté ne fait22 que le charger. Aussi du Moulin ne regarde-t-il pas cet avis, qui favorisait la passion du roi, comme le vrai sentiment de la Faculté ; il dit au contraire que ce vrai sentiment était contre, et que ce ne fut que par corruption que la pluralité alla à déclarer la dispense nulle. Il n'est point marqué dans du Moulin que la chose se fit dans une Assemblée ; mais il semble qu'il le suppose, quand il dit que les cinquante-trois faisaient la plus grande partie, et que cela avait été examiné avec grande contention : quœstionem in magno feruore.
Burnet n'apporte la prétendue conclusion de la Faculté que pour faire voir que ce roi avait été de bonne foi, et n'avait rien fait qu'après avoir pris conseil. Le témoignage de ce jurisconsulte est bien éloigné de cela. Je n'ai pas vu l'acte qu'il en rapporte dans son troisième volume23, qui n'est pas encore public en France : je l'ai seulement vu cité dans le premier. Mais sur ce que vous m'avez fait l'honneur de me dire qu'il est daté des Mathurins 2i en i53i, je puis assurer
22. Deforis: déchargerait, ferait ; il a changé les temps de l'original.
23. Deforis, pour plus de clarté: que rapporte Burnet. Le premier volume de son History of the Reformation oj the Church of England avait paru à Londres en 167g, le second en 1681. La traduction française par Rosemond avait suivi de près, en i683 et 1 685. Dans le premier volume, Burnet, en citant l'acte de la Faculté, renvoyait au troisième volume pour la publication de son texte intégral. Il est vrai que, pour différentes causes, l'impression de ce troisième volume ne fut achevée qu'en 1 7 15. Mais Pirot pouvait penser en 1687 qu'il avait dû paraître en Angleterre sans être encore « publié en France ». Évidemment la réflexion de Pirot ne peut s'appliquer aux œuvres de Du Moulin, qui avaient déjà eu quatre éditions en France.
2{\. Les Trinitaires institués pour la rédemption des captifs, étaient
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qu'il est très suspect, et qu'il n'y a guère de caractère de fausseté plus sûr que celui-là. Je ne le prends pas simplement pour l'année, qui ne convient pas à celle que du Moulin marque un an auparavant: je joins l'année et le lieu de la scène; cela ne peut se rapporter.
Je vois dans nos censures, dont nous avons un livre en vélin jusqu'à IÔ23, que depuis la censure de Luther, qui fut faite en Sorbonne le i5 avril i52i, et que je vois la première de toutes datée de ce lieu, il n'y en a eu qu'une faite aux Mathurins deux mois après, le 19 juin i5ai,sursix propositions présentées par l'évêque de Séez 23 à examiner. La même année, au Ier décembre, celle qui fut portée contre le sentiment de Faber25 sur les trois Madeleines, est en Sorbonne ; et toutes les autres, contre Mélanchthon et d'autres, données les années suivantes, sont du même lieu. Ainsi on peut assurer que la censure de Luther est le commencement des assemblées en Sorbonne ; depuis quoi nous ne voyons qu'une censure faite deux mois après aux Mathurins ; mais que toute la suite est en Sorbonne, et que plus de huit ans
aussi appelés Mathurins, parce que l'église de leur couvent de Paris était dédiée à saint Mathurin. Leur monastère était contigu à l'hôtel de Cluny. La Faculté de théologie se réunissait parfois aux Mathurins.
25. L'évêque de Séez était alors Jacques de Silly (de i5ii à i539).
26. Jacques Le Febvre, d'Ètaples , Jacobus Faber Stapulensis (i455 ?-i536), grand vicaire de Guillaume Briçonnet, évêque de Meaux. Soupçonné d'attachement aux idées nouvelles, il dut chercher un refuge hors de France. Ses ouvrages consistent surtout en traductions et en commentaires des Livres saints (Cf. R. Simon, Lettres, t. IV, p. 95 seq.). Dans son traité De tribus et unica Magdalena, Paris, i5 19, in-4, il soutient que Marie, sœur de Lazare, Marie- Madeleine et la pécheresse du chapitre vu de saint Luc sont trois personnes distinctes. Le syndic Beda fit censurer par la Faculté cette opinion, pour laquelle on est plus indulgent aujourd'hui. Dans un opuscule du 16 avril 1675, Sur les trois Magdelènes, Bossuet estimait « plus conforme à la lettre de l'Evangile de distinguer ces trois saintes. » (Édit. Lâchât, t. XXVI, p. n4-n6). Fleury a traité ce sujet dans le même sens, le i4 septembre i684, Nouveaux opuscules de M. l'abbé Fleury, Paris, 1807, in-12, p. 188.
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avant la date de la consultation citée par Burnet, les assemblées s'étaient établies en Sorbonne, où elles se sont depuis toujours tenues 2" : ce qui fait connaître la supposition de celle de i53o ou 1 53 1 , qu'on date des Mathurins.
On vous avait parlé de la censure d'Erasme : je vous dis, quand vous m'en parlâtes, qu'assurément elle était depuis celle de Luther, et qu'elle avait été faite en Sorbonne. Il n'y a qu'à voir l'acte dans Érasme même, au tome de son Apologie-9, qui est le plus gros de ses ouvrages, d'où on l'a restitué dans nos registres ; ceux de ce temps-là nous ayant été enlevés du temps que Bède29 fut relégué au Mont-Saint- Michel, où il mourut. Vous trouverez que la Faculté a fait deux censures de cet auteur: l'une de ses Colloques30, dont elle a tiré beaucoup de propositions qu'elle qualifie d'erronées, de scandaleuses et d'impies ; elle est du 16 mai 1626 ; l'autre, qui est la grande, partagée en trente-deux chefs ou titres de propositions tirées de ses Paraphrases sur le Nouveau Testament et de ses autres livres, datée du 17 décembre i52", qui avait été proposée dès la fin de juillet en i5a6. Ces deux censures et toutes les assemblées nécessaires pour les porter, ont été faites en Sorbonne : In collegio Sorbonae, porte la première ; et la seconde : Apud eollegium Sorbonse.
Je ne dis rien du style, qu'on m'a dit être fort différent de celui dont la Faculté se servait en ces occasions, ni de la
27. Pirot, sur ce point, était mal renseigné. On peut voir dans le recueil de du Plessis d'Argentré (Collectio judiciorum de novis erroribus, Paris, 1728, in-fol., t. I, p. vi à vni), pour l'année i533, une séance de la Faculté tenue chez les Jacobins et quatre aux Mathurins. Et même le recueil de procès-verbaux (INouv. acq. lat. 1782), dont il a été parlé plus haut, prouve qu'en i53o, presque toujours la Faculté s'est réunie apud sanctum Mathurinum.
28. Cet ouvrage fait partie du tome IX de l'édition complète d'Érasme publiée à Leyde, 1708, en dix vol. in-fol. Marsollier, le biographe de Rancé, a donné une Apologie ou justification d'Erasme (Paris, 1713, in-12), qui fut réfutée par le P. Gabriel de Toulon, en 1 719.