Le grand Condé
6. Obrecht écrit Bœger. Laurent Beger (i653-i7o5), bibliothécaire et garde des antiquités de l'électeur palatin, Charles-Louis, et, à la mort de celui-ci, conseiller de Frédéric-Guillaume, électeur de Brandebourg. Il a laissé de nombreux ouvrages relatifs aux antiquités.
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permis à un mari, dont la femme était malade, de prendre une seconde femme7, puisque Luther avait été dans le même sentiment, il fait semblant de vouloir embrasser la défense de Luther, et de le vouloir purger de cette doctrine ; mais insensiblement il tourne la phrase, et le charge de preuves si convaincantes, qu'il n'en laisse aucun doute au lecteur, et conclut, à la fin du chapitre, que Luther a effectivement enseigné ce qu'on lui impose, et fait voir que c'est à tort qu'on le veut excuser en disant que ce n'a été que vers le commencement de sa réforme, comme s'il avait changé de sentiment dans ses derniers écrits.
Entre autres, il produit aussi en allemand et en latin l'Avis doctrinal sur le dessein du Landgrave8, aussi bien que le contrat de mariage : l'un et l'autre est autorisé des mêmes notaires que V. G. me marque9. Mais quant à l'Avis allemand, que je tiens pour l'original, il n'est signé que de Luther, de Mélanchthon et de Bucer 10 ; et je crois que les autres théologiens n'ont signé le latin que quelque temps après. L'allemand est indubitablement du style de Mélanchthon, mais le latin me paraît être sorti de la plume de Melander ll. Arcuarius assure que ces pièces ont été tirées des archives
7. La consultation de Grégoire II (et non Grégoire III) est de l'année 736. Elle figure au Décret de Gralien(Caus. XXXII, quaest. vu, can. 18 (Voir Esmein, le Mariage en droit canonique, t. II, p. 5g, et l'article de M. Boudinhon dans la Revue du clergé français, du i5 mai 1909).
8. Philippe, landgrave de Hesse, qui, de l'aveu de Luther, Mélanchthon, Bucer, Melander et autres réformateurs, épousa une seconde femme du vivant de la première.
g. L'Avis doctrinal et le contrat de mariage ont été donnés, dans le texte latin, à la fin du livre VI de VHistoire des Variations.
10. Martin Bucer (de son vrai nom Kuhhorri), d'abord dominicain, s'attacha ensuite à Luther, puis alla, à la demande de Cranmer (i54g) enseigner la théologie en Angleterre, et mourut à Cambridge en i55i.
1 1 . Denis Melander (i^86-t 56 1), prédicateur de Philippe, landgrave de Hesse, dont il bénit, le 3 mars i54o, le mariage avec Marguerite de Saal, sa seconde femme. Denis Melander était lui-même marié en troisièmes noces, les deux premières femmes étant vivantes.
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d'un prince d'Allemagne, et qu'il ne les publie que parce qu'il est pleinement convaincu de leur autorité. Il ajoute en outre l'instruction que le Landgrave a donnée à Bucer pour négocier cette affaire auprès de Luther et de Mélanchthon, et pour obtenir d'eux un avis favorable.
Votre Grandeur ne me marque pas si M. de Varillas ia a aussi donné cet acte, qui est assurément la pièce principale, et qui fait voir les ressorts que le Landgrave a remués pour arracher de ces Messieurs une décision telle qu'il la souhaitait. Elle n'est qu'en allemand ; mais si V. G. la désire, je la ferai traduire et la lui envoyerai au plus tôt 13.
Du reste, il ne faut pas s'étonner si les historiens de ce temps-là ne parlent pas avec plus de détail de ce mariage ; car, en conséquence de l'Avis, on avait pris de si belles précautions pour le cacher, que personne n'en a jamais rien su qu'à demi. Il est vrai qu'on l'a reproché à Luther aussi bien qu'au Landgrave même, dans des écrits publics ; mais l'un et l'autre, dans leurs réponses, se sont tirés d'affaire en habiles rhétoriciens : de sorte que, quand on a lu ce qu'ils en disent, on est aussi savant qu'auparavant, c'est-à-dire qu'en ne rien avouant, ils ne nient néanmoins rien.
« Vous me reprochez, écrit le Landgrave contre Henri le Jeune, duc de Brunswick (apud Hortlederum", de Causis belli Germanici, anno i54o), qu'il a éclaté de moi comme si j'avais pris une seconde femme, la première étant encore vivante : sur quoi je vous déclare que si vous, ou qui que ce soit, dit que j'aie contracté encore un mariage non chrétien, ou que
12. Varillas (tome III, livre xn, p. 119 à i48) a donné la consultation et le contrat de mariage, mais non l'instruction remise à Bucer.
i3. Bossuet a publié cette instruction en latin, à la fin du livre VI de l'Histoire des Variations.
i4. Fréd. Hortleder (1579-16/io), De Causis belli Germanici, 1C17, in-8. Handlungen und Ausschreiben... von der Ursachen des deutschen Krieges Kaiser Carl's des Funj'ten wider die Schmalkaldischen Bundesverwandten, publié à Gotha en i645.
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j'aie fait quelque chose qui ne convienne pas à un prince chrétien, il me l'impose par pure calomnie. Car quoique, envers Dieu, je me reconnaisse pour un pauvre pécheur, je vis pourtant en ma foi et en ma conscience devant lui d'une telle manière, que mes confesseurs ne me tiennent pas pour un homme non chrétien, et que je ne donne scandale à personne, et suis avec la princesse ma femme en bonne intelligence, amitié et concorde, » etc.
« On reproche au Landgrave, écrit Luther (tom. VII, Jenens. German., fol. [\zb 15) que c'est un polygame. Je n'en ferai pas beaucoup de paroles ici. Le Landgrave est assez fort, et a des gens assez savants pour se défendre. Quant à moi, je connais une seule Princesse ou Landgravin de Hesse, qui est et doit être nommée la femme et la mère en Hesse ; et il n'y en a point d'autre qui puisse porter ou engendrer de jeunes landgraves, que la princesse qui est fille de George, duc de Saxe. » Car effectivement il était assez pourvu par le contrat de mariage que la nouvelle épouse n'aurait pas la qualité de landgravin, et que ses enfants ne seraient point landgraves. L'instruction donnée à Bucer est admirable sur ce sujet.
Quant à l'élévation de l'Eucharistie, je ne crois pas qu'on puisse trouver la moindre chose dans les liturgies des Églises protestantes d'Allemagne, qui, en fait de cérémonies, sont tout à fait stériles, outre que l'on sait que l'élévation a été abrogée par Luther même, en l'an i543 ; et cela en faveur du même landgrave pour lequel il avait passé le dogme de la polygamie. J'en ai fait copier l'extrait ci-joint de l'histoire de Peucerus16, gendre de Mélanchthon, qui a été témoin oculaire des choses qu'il écrit.
i5. Cette édition des œuvres de Luther Fut publiée à Iéna, i555l558, 8 vol. in-fol. en allemand, et 4 vol. in-fol. en latin.
16. Gaspar Peueer (i525-i6o2), professeur en médecine à Wittemberg, gendre de Mélanchthon, dont il publia les Œuvres. Ses tendances calvinistes lui valurent d'être, pendant onze années, tenu en prison par l'Electeur de Saxe (Caspari Peuceri hisioria carcerum et iberalionis divinœ, opéra et studio Christophori Pezelii nunc primum in
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Je lis YOraison funèbre11 que Votre Grandeur m'a fait la grâce de m'envoyer par la voie de M. de Chamilly l8 : je vois déjà qu'elle est entièrement proportionnée à la grandeur de son sujet et à la réputation de son auteur.
Je suis avec un très profond respect, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.
Obrecht.
A Germigny, 20 juin 1687.
Il me tarde bien, ma Fille, que j'aie la joie de
lucem édita . Tiguri (Zurich), i6o5, in-8). Il fut l'ami du Bourguignon Hubert Languet. Niceron (tome XX\ I) donne la longue liste des ouvrages de Peucer, presque tous relatifs à la médecine et aux querelles religieuses du temps. Celui dont parle ici Obrecht est intitulé : Tractatus historicus de Philippi Melanchthonis sententia de controversia cœnœ Domini, Ambergae, i5g6, in-4- L'extrait de cet ouvrage, tiré de la p. ik et envoyé par Obrecht, a permis à Bossuet dans son Histoire des variations, 1. VI, n. 12, de raconter comment Luther, à la prière du Landgrave, supprima l'élévation (Edit. Lâchât, t. XIV, p. 218).
17. Celle du grand Condé, prononcée le 10 mars, et dont l'impression est antérieure à la lettre du 25 avril 1687 de Mme de Sévigné (Grands écrivains, t. \III, p. 49)-
18. Noël Bouton, marquis de Chamilly (i636-i7i5), était né à Chamilly en Bourgogne. Il servit quatre ans sous Schomberg en Portugal, et là, il aurait, suivant Saint-Simon, inspiré une vive passion à une religieuse, Marianna Alcoforado, dont les lettres ont été publiées par Subligny (Lettres portugaises, traduites en français. Paris, 1669, in-12). Mais il est fort douteux que Chamilly soit le héros de ces lettres (Saint-Simon, édit. de Boislisle, t. XI, p. ri). Il fut gouverneur de Strasbourg, de i685 à 1691, puis lieutenant général de l'armée d'Allemagne. Sa femme, née du Bouchet de Vilfly, qu'il avait épousée en mars 1679, se signala par le zèle qu'elle déploya, lors de la révocation de l'édit de Nantes, pour la conversion des luthériens d'Alsace (Lettre du duc d'Estrées, du i3 janvier 1686, dans le Catalogue de la collection Monmerqué, Paris, i884). Il fut créé maréchal de France en 1703.
Lettre 432. — L. a. s. Archives de Saint-Sulpice.
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vous voir, et d'apprendre de vous et de Madame de Notre-Dame, je l'appelle encore ainsi1, comment vous vous trouvez l'une de l'autre. Je ne doute pas que vous ne vous donniez une mutuelle satisfaction. Quelques affaires m'empêchent de vous aller voir dès cette semaine, mais je ne tarderai pas, s'il plaît à Dieu. Je salue de tout mon cœur Madame d'Armainvilliers.
J. Bénigne, é. de Meaux.
Suscription : Pour Madame l'Abbesse de Faremoutiers.