‹ Correspondance de Bossuet (volume 3)Chapitre 228 sur 308 · Milord Perth · texte numérisé non relu

Milord Perth

a5. Akiba, fameux rabbin de la fin du Ier siècle et du commencement du second siècle de l'ère chrétienne. Sous Hadrien, il fut compromis dans la révolte du faux messie Barcokébas ; il fut pris par les Romains et mis à mort en i32, ou selon d'autres en i35 à la prise de la ville de Béther ou Bittir, au sud-ouest de Jérusalem (Cf. The Jewish Encyclopedia, New-York, 1901, t. I, p. 3o/(-3io). On lui attribue le livre intitulé Yetsirah ou de la Création, et le Livre des Lettres : mais ce sont des œuvres de rédaction plus tardive, bien qu'on puisse y reconnaître son influence. Bossuet fait allusion à cette doctrine d'Akiba, dans la Défense de la traditionsur la communion sous une espèce, Ire part., ch.vn.

26. Il s'agit du traité extracanonique ajouté au Talmud de Baby-

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rapportée. « Un jour Rabbi Akiba se promenant rencontra un homme chargé de bois, et le fardeau était si pesant, qu'il excédait la charge d'un âne ou d'un cheval. Rabbi Akiba lui demanda s'il était un homme ou un spectre ; l'autre répondit qu'il était un homme mort depuis quelque temps, et qu'il était obligé de porter tous les jours une pareille charge de bois en purgatoire, où il était brûlé à cause des péchés qu'il avait commis en ce monde. Rabbi Akiba lui demanda s'il n'avait point laissé d'enfants, le nom de sa femme, de ses enfants, et le lieu de leur demeure. Après que le spectre eut répondu à toutes ces questions, Rabbi Akiba alla chercher le fds du défunt, lui apprit la prière qui commence par le mot Kadisch'2'1, c'est-à-dire saint, et qui se trouve dans les rituels des Juifs, lui promettant que son père serait délivré du purgatoire s'il la récitait tous les jours. Le fds, ayant appris l'oraison, commença à la réciter tous les jours. Au bout de quelque temps, le défunt apparut en songe à Rabbi Akiba, le remercia, et lui dit que par ce moyen il avait été délivré du purgatoire, et qu'il était dans le jardin d'Éden28 », c'est-à-dire dans le paradis terrestre, où les Juifs supposent que vont les âmes de leurs bienheureux.

lone, Calla ou Kallah, « guirlande », c'est-à-dire l'assemblée des docteurs (Cf. The Jeivlsh Encyclopedia, t. VII, p. 423). Ce traité, qui n'a point encore été traduit, a été édité sous le titre Massekét Kallah par N. Coronel, Vienne, 1 864, in-8. Le trait d'Akiba est à la page 46 ; cf. p. 196. Il est fait allusion à ce trait dans The Jewish Encyclopedia, article Kaddish, t. VII, p. 4oi.

27. Kaddish ou Qaddisch, « saint ». Formule de doxologie ou prière que les juifs récitent en plusieurs circonstances et particulièrement à la fin des cérémonies sacrées, et à laquelle ils attribuent une grande efficacité. Il y a un Kaddish pour le deuil. Cette prière commence ainsi: « Glorifié et sanctifié soit son nom glorieux dans tout le monde... »(Cf. The Jewish Encyclopedia, t. VII, p. 4oi, et t. X,p.274).

28. Dans la littérature rabbinique, le Paradis est généralement appelé GanEden, jardin d'Éden (Gènes., 11, 8). Dans le Livre d'Hénoch, Ie partie, Livre des paraboles, LXI, 12, les élus, avant le jugement, séjournent dans le Paradis, où sont les patriarches et les justes des anciens temps (Fr. Martin, le Livre d'Hénoch traduit sur le texte éthiopien, Paris, 1906, in-8, p. xxxv et 129).

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Ce n'est pas sur cette seule tradition que les Juifs ont l'usage de la prière pour les morts : elle est constamment en usage, de temps immémorial, dans toutes les synagogues. Dans le Rituel espagnol29, qui est le plus généralement reçu, et qui tient à leur égard le même rang que le Rituel romain parmi nous, il y a une longue prière qui se doit dire lorsqu'on porte un mort en terre. Elle contient entre autres choses ces paroles : « Ayez pitié de lui, Seigneur Dieu vivant, maître du monde, avec lequel est la source de la vie ; que toujours il marche du côté de la vie, et que son âme repose in fasciculo vitee20, c'est-à-dire parmi le nombre des élus à la vie éternelle. Que Dieu miséricordieux, selon l'étendue de sa miséricorde, lui pardonne ses iniquités ; que ses bonnes œuvres soient devant ses yeux, et que devant lui il soit mis au nombre des fidèles ; qu'il marche en sa présence dans les terres de vie ». Et ensuite ils répètent l'oraison ci-dessus.

« Que les portes des cieux vous soient ouvertes. Puissiezvous voir la ville de paix et les tabernacles de sûreté ; que les anges de paix viennent au-devant de vous avec joie ; que le grand prêtre vous reçoive et vous conduise ; votre âme aille dans la caverne double d'Abraham, et de là sur les Chérubins, et de là au jardin d'Eden ; que l'ange Michel vous ouvre les portes du sanctuaire ; qu'il offre votre âme comme une oblation à Dieu ; que l'ange rédempteur vous accompagne jusqu'aux portes des lieux agréables où sont les Israélites, etc. 31 »

Toutes les autres prières qui se trouvent dans l'office des sépultures, que les Juifs appellent Seder Abelut, ou Ordre du

29. Il existe, suivant les rites et les pays, différents rituels juifs. Le rituel portugais ou espagnol est en usage dans la péninsule et chez les juifs d'Algérie.

30. In fasciculo vitae, bitseror hahaïm, dans le faisceau des vivants, allusion à I Sam., xxv, 29.

3i. Voir Alexandre Ben Baruck Créhange, L'arbre de la vie, prières pour les malades, les mourants et les morts, rite allemand et portugais (hébreu-français), Paris, i853, in-12, au chapitre de la Cérémonie religieuse des inhumations au rite portugais, p. 63 et suiv.

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deuil 32, sont remplies de semblables expressions. Ces prières sont la plupart fort anciennes, et peut-être ne le sont-elles pas moins que la tradition de Rabbi Akiba.

Il est aussi parlé du purgatoire dans le Traité talmudique des Bénédictions33, chapitre m. « L'âme, disent ces rabbins, ne va pas dans le ciel aussitôt qu'elle est séparée du corps ; mais elle demeure errante dans ce monde durant douze mois, au bout desquels elle retourne dans le sépulcre. Elle souffre cependant beaucoup de tourments dans le purgatoire ; enfin, au bout de douze mois, elle entre dans le ciel, où elle jouit du repos. »

Le purgatoire des Juifs n'est pas notre purgatoire : car ils croient que presque tous les Israélites y vont ; qu'ils n'y sont que durant un an ; et qu'ensuite les âmes, et même, selon l'opinion de quelques-uns, les corps se rendent par des canaux souterrains dans la terre d'Israël, d'où ils vont après dans le paradis d'Eden. Tous les Israélites, disait le Rabbi Eliézer34, et dont la sentence est insérée dans le Talmud, ont part au monde à venir, c'est-à-dire à la béatitude. Ils n'en excluent que les excommuniés et des gens qui meurent chargés de crimes. Et comme tous ceux qui meurent dans la communion judaïque sont sauvés, aussi presque tous passent par le purgatoire. Ils ont une tradition 33 d'une peine qui arrive

32. Voir Créhange, toc. cit., et Israelit. Gebetbuch in hebr. und deutscher Sprache, Rœdelheim, i83i, p. 422-423; S. A. Wolff, Jahrzeit und Todtenzeit in Israël, Leipzig, i853, p. i4-i5. Les livres de prières à l'usage des juifs contiennent de nombreuses prières pour les morts (Cf. The Jewish Encyclopedia, t. IX, p. 102).

33. Ce passage n'est pas dans le traité Berakhoth, mais dans le traité Schabbat i526.

34- Cette sentence se trouve dans le Tr. Sanhédrin, XI, 1. Rabbi Eliézer, fils d'Hyrcan, surnommé le Grand chez les Juifs, fut l'un des docteurs de la Mischna. Il aurait vécu vers 75 de l'ère chrétienne; mais les écrits qu'on lui attribue, Pirkê Rabbi Eliézer, sont de beaucoup postérieurs (Voir le P. Morin, Exercitationes in utrumque Samarilanorum Pentateucham, Paris, i63i, in-4, et Exercitationes biblicœ, Paris, i633, in-4; VV. H. Vorst, Capitula R. Eliezeris, Leyde, i644, in-4).

35. Cette tradition est consignée dans le Bet-ha-Midrasch de Ad.

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après la mort, lorsqu'un ange vient au tombeau, et qu'avec une chaîne de fer toute rouge il frappe trois fois le mort. Ils prient aussi pour être délivrés de cette peine.

Rabbi Akiba vivait sous Hadrien, et il fut un des sectateurs du faux messie Bar-Cocba 36, ou Bar-Cokiba : il fut exécuté à mort après la prise de la ville de Bitter. Il est aisé de voir s'il v a aucun fondement à dire que la prière pour les morts est fondée sur l'histoire de Rabbi Akiba, puisque les Juifs marquent seulement qu'il leur apprit une certaine prière efficace pour la délivrance des âmes, et qu'ils ne disent pas qu'il fut auteur de la coutume de prier pour les morts, qui est considérée parmi eux comme établie par toute l'antiquité de leur tradition.

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