François de Langeron a Bossuet
J'ai lu, Monseigneur, toutes les notes sur l'Apocalypse, et je vous avoue que j'ai été frappé comme un homme qui verrait naître tout d'un coup une grande lumière dans un lieu fort obscur1. J'ai examiné le Commentaire, le texte à la main : le gros du dessein est merveilleux, et je mettrais ma main au feu que saint Jean n'a pu en avoir d'autre. Le détail surprend encore plus ; et la facilité avec laquelle on dénoue les endroits qui paraissaient les plus impénétrables, comme le nom de la Bête2, les 666 trouvés dans Dioclès Augustus 3, la bête qui est la huitième, qui n'est plus, qui était des sept 4, les deux bêtes B et le reste ; il faudrait citer le livre
Lettre 465. — L. a. s. Collection E. Levesque. — François Andrault, abbé de Langeron, était fils de Philippe Andrault, comte de Langeron, premier gentilhomme de la chambre du duc d'Enghien, et de Claude Faye d'Espeisse, dame d'honneur de la duchesse. Il naquit le 20 juin i658, et fut présenté à l'église Saint-Sulpice le 5 février i665 pour les cérémonies du baptême. Se destinant à l'état ecclésiastique, il entra le 2 novembre 1680 au Séminaire Saint-Sulpice, où il passa quatre mois, puis fit sa licence, sans toutefois aller jusqu'au doctorat. Il obtint en 1688 le cent troisième rang sur cent neuf licenciés ; au même classement, l'abbé Bossuet avait été nommé le quatrième. Ce fut l'un des amis les plus chers et les plus dévoués de Fénelon, et, comme celui-ci, vécut d'abord dans la familiarité de Bossuet (On peut voir à ce sujet une page venimeuse de Phelipeaux dans sa Relation du quiétisme, t. I, p. 33-34). Enveloppé dans la disgrâce de Fénelon et renvoyé de la Cour, il se retira à Cambrai, où il mourut le 10 novembre 17 10, vivement regretté du prélat qu'il avait tant aimé et si utilement servi. (Voir Alb. Delplanque, Fénelon et la doctrine de l'amour pur, Lille, 1907, in-8, p. i48à 170.)
1. Bossuet avait soumis au jugement des ecclésiastiques de son entourage le manuscrit de son explication de l'Apocalypse, qu'il devait livrer au public l'année suivante.