Apoc, xiii
5oo CORRESPONDANCE [avr. 1688
entier. Je trouve, Monseigneur, dans le récit et les notes un style un peu trop magnifique : ces deux genres demandent une grande simplicité, et vous êtes plein de fentes par où le sublime échappe de tous côtés6.
La principale difficulté est sur Paul de Samosate7 : l'abbé de Fénelon vous a envoyé son docte commentaire8. Vous donnez permission à tous les philosophes9, Monseigneur, de raisonner sur vos ouvrages ; je m'en vais donc raisonner aussi, et à perte de vue.
Après avoir lu exactement et plusieurs fois votre explication et celle de l'abbé de Fénelon, j'ai trouvé qu'en général, et à facilité égale de faire cadrer le texte aux deux sens, celui des Barbares occidentaux10 était préférable à celui de Paul de Samosate, parce qu'il entre immédiatement dans le plan du livre, qui est de représenter l'Empire persécutant l'Église, et puni. Paul de Samosate n'entre point dans ce dessein. L'Empire ne s'en sert point pour affliger l'Eglise ; il n'est point contre cet Empire un instrument de la vengeance divine ; il sort manifestement du système général, et c'est par laque je me suis répondu à une raison que je vous ai entendu dire à l'abbé de Fénelon, et qui me frappait. Saint Jean aurait manqué au but de la prophétie, qui est de préparer l'Eglise contre les maux qui devaient la tenter, s'il n'eût pas parlé des hérésies, qui devaient être la plus dangereuse des tentations. La ré-
6. M. Delplanque rappelle avec raison, à propos de cette phrase, un vers de Térence :
Plenus rimarum sum, hac atque illac perflui.
(Eunuch., I, 11.)
7. Paul, de Samosate, en Asie-Mineure, hérétique du 111e siècle, évêque d'Antioche, qui niait la divinité du Christ et fut condamné par deux synodes tenus dans sa ville épiscopale, en 264 et 269. Bossuet le croyait figuré par l'étoile tombée du ciel, dont il est parlé dans l'Apocalypse (ix, 1).
8. Nous renvoyons à la fin de la lettre, à cause de sa longueur, le commentaire de Fénelon.
9. Les lettrés de l'entourage de Bossuet s'appelaient entre eux les philosophes, et ceux qui savaient l'hébreu, les rabbins.