P. L., t. XXIV, col
3. Epist. cxxi, Ad Algasiam, De qusestionibus XI, cap. il. [P. L., t. XXII, col. 1037.]
mai 1688] DE BOSSUET. 5ll
ières, selon le rapport de Lucien dans son Philopatris 4 , faisaient regarder comme des ennemis de l'Empire romain.
Quand la proximité du temps de l'accomplissement fit regarder la publication de ce sens comme une chose utile, ceux qui, nonobstant le silence affecté de la tradition sur ce sujet, reconnurent cette vérité par la lecture même de la parole de Dieu, la proposèrent avec une grande assurance. Saint Jérôme, dans son épître à Marcelle3, en fait un fondement de son exhortation pour laisser Rome et venir dans la Terre sainte. Il y a peu de lieu de douter que ce ne fût aussi là une des raisons de Mélanie6, quand elle obligeait ses parents de renoncer à tous leurs biens, et qu'elle leur disait : Filh, plus quam quadringentis ab hinc annis scriptum est : Ultima hora est : quid ergo lubenter ac volentes immoramini in vanitate vitse ? ne forte veniant dies Antichristi, et non possitis Jleri compotes vestris opibus 1 .
Je n'ai pas présentement, Monseigneur, les ouvrages dont j'ai tiré les extraits que j'ai l'honneur de vous envoyer ; mais je crois les avoir copiés avec exactitude. Vous verrez, dans les auteurs mêmes, s'ils peuvent servir, comme je l'avais pensé, à prouver que ce n'est point un sens inconnu à l'antiquité, que celui qui applique à la ruine de Rome par les Rarbares ce que dit l'Apocalypse touchant la chute de Rabylone. Ce me
l\. Le Philopatris n'est plus attribué à Lucien ; on le croit écrit en 363 après Jésus-Christ.
5. Marcelle, illustre dame romaine qui s'était mise sous la conduite de saint Jérôme ; elle était l'amie de sainte Paule et de sainte Eustochie. Elle mourut peu de temps après la prise de Rome par Alaric en 4og [P. L., t. XXII, col. 490.]
6. Mélanie, petite-fille du consul Marcellin et parente de saint Paulin de Noie. Veuve à vingt-trois ans, elle se retira en Palestine et vécut dans un monastère qu'elle avait fondé à Jérusalem. Elle repassa en Italie pour confirmer sa petite-fille, nommée aussi Mélanie, dans la résolution d'embrasser la vie contemplative, puis retourna à Jérusalem, où elle mourut quarante jours après son arrivée, en 4o5. (Cf. Card. Rampolla, Santa Melania giuniore, Rome igo5 ; G. Goyau, Sainte Mélanie, Paris, 5e édit., 1908, in-12, p. 45, 97).
7. Palladius, Historia lausiaca, 118. [P. L., t. XXIII, col. 1201.]
5l2 CORRESPONDANCE [mai 1688
sera une très grande joie, Monseigneur, de me déterminer tout à fait sur cette matière par le parti que vous choisirez8. Je bénis Dieu de ce qu'il vous a mis au cœur de la traiter : c'est là un grand secours pour les nouveaux catholiques ; et ils en profiteront d'autant plus, qu'il leur viendra dans un temps où leur nouveau prophète 9 a eu la hardiesse de fixer positivement un commencement éclatant de l'accomplissement de ses imaginations sur ce sujet10, et où par conséquent leur fausseté prouvée par une expérience sensible, disposera plusieurs esprits à goûter une explication solide des oracles de l'Apocalypse.
Je n'ai pu trouver, Monseigneur, le premier ouvrage de M. Jurieu, qui est son livre contre le sieur Dhuisseau, de Saumur11, sur le livre intitulé: la Réunion du christianisme.
8. Dans l'Apocalypse avec une explication, Paris, 1689, in-8, Rossuet développe l'opinion émise ici par des Mahis.
g. Jurieu.
10. Dans l'Accomplissement des prophéties, Rotterdam, 1686, 3 vol. in-12, Jurieu annonçait la destruction imminente du papisme, figuré par la Rabylone de l'Apocalypse. Déjà son grand-père, Pierre du Moulin (De l'accomplissement des prophéties, La Rochelle, 1612, Sedan, 162^, in-8), avait fixé cet événement à l'année 1689.
11. Isaac d'Huisseau, ministre à Saumur, avait été destitué en i656 par le consistoire de cette ville, puis rétabli par le synode national de Loudun, en i665 ; mais il fut encore déposé par le synode de l'Anjou, pour s'être montré partisan de la tolérance universelle dans un livre intitulé : La Réunion du christianisme ou la manière de rejoindre tous les chrétiens sous une seule confession de foi, Saumur, 1670, in-12. Il se serait retiré ensuite en Angleterre, d'après Haag, La France protestante. Dans son Dictionnaire hist., géogr. et biographique de Maine-et-Loire, Paris-Angers, 1876, t. II, p. 375, Célestin Port lui donne le nom de Jean, et le fait mourir à Saumur le 26 septembre 1672, d'après les Registres de l'Académie protestante. C'est sans doute son fils Isaac, étudiant à Genève en i665, présent en i683 au synode de Touraine tenu à Sorges, qui, après l'édit de Nantes, se réfugia en Angleterre et était ministre à Southampton en 1687.
Jurieu a écrit contre d'Huisseau YExamen du livre de la Réunion du christianisme [Orléans], 1671, in-12. Bossuet a parlé de d'Huisseau (Sixième Avertissement aux Protestants, § 112). Voir aussi Benoist, Hist. de l'Édit de Nantes, t. IV, p. i46; Jurieu, Tableau du socinia-
DE BOSSUET. 5l3
Voici le traité de la Puissance de l'Égliselt, qu'il a fait contre Louis du Moulin 13, son oncle, médecin à Londres, et célèbre indépendant u, dont la folie était l'entreprise de ruiner la puissance de l'excommunication.
Je vous prie très humblement, Monseigneur, de m'accorder le secours de votre bénédiction pour un voyage dans le diocèse de Luçon 15, où je vais dans deux jours; et d'être persuadé de mes vœux ardents pour votre conservation, comme une grâce très précieuse à l'Église, et de ma plus profonde vénération pour votre personne. C'est avec ces sentiments que je serai toute ma vie, etc.
Des Mahis.
A Orléans, ce 5 mai 1688.
nisme, lettre I ; Richard Simon, Lettres choisies, t. III, lettre 111 ; Tabaraud, Histoire des projets formés pour la réunion. Paris, 1824, in-8, p. 35 1 et suiv.
12. P. Jurieu, Traité de la Puissance de l'Église, Quevilly, 1677, in-8, contre le Fasciculus epistolarum de Louis du Moulin.
i3. Louis du Moulin (i6o5-i68/j), fils du célèbre ministre Pierre du Moulin, étudia la médecine à Leyde, passa en Angleterre, fut professeur d'histoire à Oxford sous le protectorat de Cromwell, mais fut destitué à la restauration des Stuarts. Il adopta les idées des presbytériens, combattit l'Eglise anglicane, et finit par prêcher la tolérance la plus large, même à l'égard des sociniens, dans le Fasciculus epistolarum, Eleuker, 1676, in-12. Jurieu était fils d'une sœur de Louis du Moulin.
i4- Les Indépendants, secte à principes démocratiques, qui prit naissance, sous le règne de Charles Ier, chez les presbytériens et contribua puissamment à la chute de ce prince. Ils avaient pour chef Cromwell.
i5. L'évèque de Luçon, Barillon rappelle les utiles conférences et instructions données à ses prêtres et aux nouveaux convertis de son diocèse par Marin des Mahis dans les mois de mai, juin, septembre et octobre 1688. (Dans son autobiographie, publiée par la Revue de Bretagne, 1862, t. II, p. 139 et suiv.). Cf. H. de La Fontenelle de Vaudoré, Histoire du monastère et des évêques de Luçon, Fontenay-le- Comte, 18^7, in-8, 2e partie, p. 5g5-6i5.
5l4 CORRESPONDANCE [mai 1688
^70. — Le Secrétaire d'Etat a Bossuet.
l3 mai 1688.
Monsieur, Sur l'avis que vous m'aviez donné, il y a quelque temps, du mouvement qui paraissait chez les nouveaux catholiques de votre diocèse, le Roi donna ordre à M. de Menars d'y avoir attention ' , et par l'information qu'il a fait faire de la cause de ce mouvement, on a trouvé qu'un carme qui avait prêché au village de Crégy2, le 11e avril dernier, avait, le jour même, dit à quelques habitants du lieu qu'il avait été expédié une déclaration pour obliger les nouveaux catholiques à faire leurs pâques ou à sortir du royaume ; sur quoi, le Roi m'ordonne de vous écrire qu'il faut que vous interdisiez la prédication à ce religieux, et Sa Majesté donne ordre en même temps au Provincial de lui faire une sévère réprimande sur son indiscrétion 3. Je suis...
Lettre 470. — Inédite. Registres de la Secrétairerie d'État, Archives Nationales 0*32, f° i36.
1. Dès le i4 avril, le Secrétaire d'État avait averti l'Intendant, M. de Menars : « M. l'Evêque de Meaux m'ayant écrit qu'il se fait quelque mouvement parmi les nouveaux catholiques de son diocèse, lesquels vendent leurs meubles et semblent se préparer à sortir du royaume, faisant même entendre qu'ils emmènent leurs enfants, j'en ai rendu compte au Roi, qui m'a ordonné de vous en donner avis, afin que vous examiniez si ce bruit a quelque fondement, et que vous y apportiez l'ordre que vous jugerez nécessaire, suivant l'occurrence...» [ibid., fo 95).
2. Il s'y trouvait un couvent de carmes, auquel appartenait le religieux dont les paroles avaient causé le mouvement qui préoccupait Rossuet.
3. La lettre du secrétaire d'Etat au provincial des Carmes se trouve ibid. (O1 32, f° i36). Elle a été imprimée dans la Correspondance administrative sous le règne de Louis XIV, éd. Depping, t. IV, Paris, l855, in-4, p. 38G, note 1.
juin i
DE BOSSUET. 5l5
- Louvois a Bossuet.
A Versailles, 8 juin 1688.
Monsieur, J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'envoyerhier1. Si le lieutenant général de Meaux2, au lieu de verbaliser, avait averti le sieur de Rieutort3, l'insolence des
Lettre 474. — Inédite. Archives du Ministère de la Guerre, t. 8o5, p. 121. Minute.
1. Les protestants mal convertis s'étaient peu à peu enhardis à tenir des assemblées clandestines à Nanteuil-les-Meaux. A la cinquième, le jour de la Pentecôte, 6 juin 1688, ils s'y trouvaient au nombre d'environ cent cinquante. La réunion avait été interrompue par le châtelain de Nanteuil et par ses gens, qui avaient entendu le chant îles psaumes. (Voir Jurieu, Lettres pastorales, t. II, p. 522. )A cette occasion, Bossuet écrivit à Louvois une lettre que nous n'avons plus et à laquelle répond ici le ministre. Le Secrétaire d'Etat chargé de la Brie, averti le jour même, écrivait, dès le 7, à l'Intendant, M. de Menars : « Je viens de rendre compte au Boi de ce qui est contenu dans la lettre de M. l'évèque de Meaux, que je joins à celle-ci. S. M. m'a donné ordre de vous dépêcher sur le champ cet exprès et de vous dire de partir aussitôt que vous aurez reçu ma lettre, avec la compagnie du prévôt de l'Ile, pour vous rendre à Nanteuil, commencer à informer contre les coupables de l'assemblée qui a été faite, et les faire arrêter, pour ensuite leur faire leur procès en dernier ressort. » (Archives Nationales, O1 3a.)