A Mme de Beringhen
A Meaux, 20 août 1688.
Vous avez eu la bonté de souhaiter, Madame, que Madame la Présidente Chasot1 eût l'honneur de vous présenter Mademoiselle de Chavigny2. Elle l'a autant souhaité que vous; et, dans le désir extrême d'être connue de vous et de vous connaître, elle ne pouvait avoir une occasion plus favorable. J'espère que vous voudrez bien la recevoir dans la maison,
Lettre 479. — L. a. s. Archives de Saint-Sulpice. Publiée pour la première fois dans l'édit. de Versailles, t. XLIII, Supplém., p. i!\.
1. Éclit. : Chalet. Marie Bossuet (1622-1702), sœur de l'évèque, avait épousé, vers 1661, Isaac Chasot, conseiller, puis président à mortier au Parlement de Metz, qui mourut en 1688.
2. Mlle de Chavigny doit être la même personne qui reparaîtra dans notre Correspondance sous le nom de Mlle de Pont. Elle était fille d'Elisabeth Bossuet, qui, ayant eu pour père François Bossuet, secrétaire du Conseil, était cousine de l'évèque, et qui avait épousé en i658 Armand Léon Le Bouthillier, seigneur de Chavigny et de Pont-sur-Seine. Mlle de Chavigny était sœur de Denis-François Le Bouthillier de Chavigny, qui r'ut évèque de Troyes en 1697.
524 CORRESPONDANCE [août 1688
et l'y garder quelques jours. Je voudrais bien être de la partie, mais un court voyage que j'ai à faire à la Cour, m'en empêche pour maintenant. La première chose que je ferai à mon retour, ce sera d'avoir l'honneur de vous voir pour vous recommander de vive voix une parente qui m'est chère3.
Suscription : A Mme l'Abbesse de Faremoutiers, à Faremoutiers.
48o. — A. P. Daniel Huet,
C'est trop d'honneur, Monseigneur, à l'ouvrage des Variations1 d'avoir mérité vos louanges. Il n'y en a point qui me soient plus chères ; et quoique je croie les devoir à votre bonté, elles ne me plaisent pas moins de ce côté-là, que si elles pouvaient être un effet de votre justice. Mais vous, Monseigneur, que faites-vous?2 toujours, quoi que ce soit, quel-
3. Mlle de Chavigny avait quelques velléités de se faire religieuse ; elle finit par entrer, en 169/j, aux Clairets, monastère du diocèse de Chartres, dont elle devint abbesse en 1708. Elle mourut le Ier septembre 1729, dans sa soixante-deuxième année.
Lettre 480. — L. a. s. Bibl. Laurenziana. Publiée par M. Verlaque et par M. Guillaume (Voir t. I, p. 208).
t. Cel ouvrage fut achevé d'imprimer le 22 mai 1688.
2. Huet n'a point publié d'ouvrage en 1688; mais peut-être travaillait-il déjà à sa Censura philosophiez cartesianœ, qui a paru en 168g. Il préparait aussi lentement, comme il l'écrivait à Graevius au mois d'avril de cette année, une nouvelle édition de sa Demonstratio Evangelica, qu'il voulait publier en in-4° chez Waesberg d'Amsterdam, mais qui parut à Paris en 1690, in-fol.
sept. 1688] DE BOSSUET. 525
que chose d'excellent. Personne n'estime plus vos grands talents, ni n'est à vous plus cordialement et avec plus de respect que moi.
J. Bémgnè, é. de Meaux.
A Versailles, 3o août 1688.
I1S1. — A l'Abbé de Rancé.
A Germigny, [du 20 au 25] septembre 1688.
Il est vrai, Monsieur, que nous entendîmes durant quelques heures beaucoup de difficultés assez légères1, parmi lesquelles il y en avait deux ou trois que je jugeai de conséquence, et dont M. du Peirier" a
Lettre 481. — Revue sur la copie authentique, Bibl. Nationale, f. fr. i5i8o, p. 23, et sur une copie du séminaire de Meaux.
1. Sur le manuscrit de l'Explication de la rhjle de saint Benoît entreprise par l'abbé de Rancé.
2. Nous suivons la copie de Meaux; celle de la Bibliothèque nationale donne du Poirier qui paraît fautif. Nous ne savons d'ailleurs pas qui était le personnage mentionné ici par Bossuet. C'était peut-être Charles du Périer ou Dupérier, né à Aix et mort à Paris le 28 mars 1692, neveu de François Dupérier, l'ami de Malherbe. A Paris, où il vint se fixer, il se lia avec les gens de lettres. Il eut une églogue couronnée en 1681 par l'Académie française, puis il s'adonna presque exclusivement à la poésie latine, dont il disputa la palme à Santeul lui-même ; mais il n'a jamais publié le recueil de ses Œuvres. Nous savons qu'il avait fait des vers pour le portrait du cardinal Le Camus, grand ami de Rancé, et c'est ce qui nous porte à croire que Bossuet parle ici de lui (Sur Ch. Dupérier, on peut consulter les Mémoires de l'abbé de Marolles, t. I, p. 337; l- ^j P- 535; Huet, Commentarius, p. 202 et 2o3 ; le Menagiana, passim ; le Dictionnaire de la Provence, Marseille, 1783, (\ vol. in-4, t. IV, p. 69-70).
La date du 2 septembre, donnée par les précédents éditeurs et par notre copie, est évidemment fautive. En effet, notre lettre fut écrite
526 CORRESPONDANCE [sept. 1688
dû vous rendre compte. Je n'ai pu joindre M. de Reims, quelque soin que j'en aie pris, et quoique j'aie attendu à partir jusqu'à la veille de mon synode, qui ne me permettait plus de retarder. Ce n'est pas qu'il y ait aucun changement dans ce prélat, qui, comme moi, a beaucoup estimé l'ouvrage. Mais ou il a été malade comme il est encore, ou il est arrivé d'autres incidents autant imprévus qu'inutiles à raconter. Je lui avais proposé de convenir par lettres : il n'y a pas eu moyen : il a trouvé cette voie trop longue ; et comme j'eusse pu prendre le parti de faire un tour à Paris pour achever, il a été attaqué très violemment des hémorroïdes, mal qui lui est assez ordinaire, si bien que la chose est remise. Cependant cela fait beaucoup discourir. On a dit queje ne voulais pas approuver, et puis, qu'on faisait beaucoup de cartons. J'ai répondu ce que je devais ; mais cependant ces contretemps me fâchent beaucoup.
On mande de tous côtés que ce grand armement du prince d'Orange tombe enfin sur la France, où les huguenots remuent de toutes parts ; c'est-à-dire qu'il faut beaucoup prier et s'abandonner à la volonté
après le synode tenu par Bossuet le 1 4 septembre, comme nous l'indique l'ordonnance qui y fut rendue (Toussaints Duplessis, t. II, p. 597 et 5g8 ; cf. Gallia Christiana, t. VIII, col. i658); c'est à tort que Lâchât date cette ordonnance du 24- Cf. E. Griselle, de Munere pastorali, p. 56).
D'un autre côté, ce que dit Bossuet des projets du prince d'Orange semble indiquer qu'il écrit immédiatement avant le départ des princes pour l'armée. Pour ces raisons, nous croyons pouvoir placer notre lettre entre le 20 septembre et le 25 du même mois, jour où le Dauphin coucha à Pévêché de Meaux se rendant à l'armée sur le Rhin.
oct. 1688] DE BOSSUET. 527
de Dieu. Il n'y avait point d'apparence de s'éloigner dans l'état où l'on était.
A vous, Monsieur, de tout mon cœur,
J. Bénigne, é. de Meaux.
^82. — A Mabillon.
À Coulommiers, 9 octobre 1G88.
La lettre de M. le Cardinal de Colloredo est assurément, mon cher et révérend Père, la plus obligeante qu'on pût jamais recevoir ; c'est ce que j'ai impatience de vous témoigner. Il faut prier Dieu qu'on écoute à Rome de tels cardinaux '.
Je suis venu célébrer ici la fête de saint Denis dans une paroisse qui lui est dédiée2, afin d'exciter
Lettre 482. — 1. La lettre du cardinal à Mabillon était sans doute relative aux difficultés pendantes entre Louis XIV et la cour de Rome. Elle est probablement perdue, car on ne la trouve point parmi celles qui sont imprimées dans le tome I des Œuvres posthumes de Mabillon, Paris, 1724, in-4- Quelque temps après celle-ci, Colloredo en écrivit une autre pour se plaindre de l'adhésion donnée par le Prieur de Saint- Germain-des-Prés, à l'appel au futur concile interjeté au mois de septembre 1688 par l'Assemblée du Clergé (Voir la réponse de Mabillon, du 6 janvier 1689, ibid., p. 4qi ; cf. Procès-verbal de l'Assemblée de Mgrs les archevêques et évêques qui se sont trouvés à Paris pour les affaires de leurs diocèses, tenue par ordre du Roi à l'archevêché, le 3oe du mois de septembre 1688, Paris, 1688, in-4). Bossuet ne fit point partie de cette Assemblée, où siégea son ami P. de La Broue. En 1688, Bossuet fut en rapports avec Colloredo (Affaires étrangères, Rome, t. 3i2, p. 79-93); mais on n'a conservé aucune des lettres échangées entre ces deux personnages.
2. L'église de Coulommiers est dédiée a saint Denis, premier évêque de Paiis.
528 CORRESPONDANCE [nov. 1688
les peuples3 à la prière, dans ces menaces terribles qu'on fait autant contre l'Eglise catholique que contre l'Etat4. C'est le cas plus que jamais d'invoquer Dieu, et de demander les prières de l'ancien protecteur de nos rois et de la France 5.
Je suis à vous, mon Révérend Père, de tout mon cœur et avec toute la sincérité que vous savez. J. Bénigne, é. de Meaux.