‹ Correspondance de Bossuet (volume 3)Chapitre 292 sur 308 · Peuples, simples fidèles · texte numérisé non relu

Peuples, simples fidèles

[\. Allusion aux affaires de la ligue d'Augsbourg et aux préparatifs du prince d'Orange contre son beau-père, Jacques II, jugé trop favorable aux catholiques d'Angleterre, et allié de Louis XIV. Pour prévenir les confédérés d'Augsbourg, Louis XIV avait fait envahir le Palatinat.

5. « Saint Denis est l'apôtre de l'ancienne Gaule ; saint Remy l'est en particulier de la France. » (Lettre de Rossuet à Mme d'Albert, du 3o décembre 1692.)

Lettre 483. — Publiée d'abord par Rigoley de Juvigny dans les Œuvres choisies de Bernard de La Monnoye^ La Haye, Paris et Dijon, 1770, 2 vol. in-4, t. I, p. /|2 ou 3 vol. in-8, t. I, p. 46 (L'exemplaire de cet ouvrage conservé aux Manuscrits de la Ribliothèque Nationale, fr. 12864 à 12866, porte d'utiles corrections d'après les autographes de l'auteur). — Rernard de La Monnoye était né à Dijon le l5 juin i64i, d'un pâtissier. Il fut d'abord avocat, puis, en 1672, acheta une charge de correcteur en la Chambre des Comptes de Rourgogne, qu'il résigna seulement en 1696. Il quitta ensuite sa ville natale, et finit par s'établir à Paris, en 1707. Il entra à l'Académie française en I7i3, et mourut chez un de ses fils, avocat au Parlement de Paris, rue Honoré

nov. 1688] DE BOSSUET. 529

que je vous dois. Quand les marques de bonté que j'ai reçues de vous n'auraient pas été présentes à ma mémoire, le bruit de votre nom aurait-il pu me permettre de ne pas songer à vous ? Ai-je pu voir tant de beaux ouvrages qui sont partis de votre plume et surtout l'admirable traité des Variations des Protestants l, sans m'applaudir en secret d'avoir eu autrefois le bonheur d'approcher familièrement2 le prélat auteur de ces

Chevalier, le i5 octobre 1728. C'était l'un des lettrés les plus instruits de son temps. Il a dit de lui-même :

Divio me genuit, retinet Lutetia. Franco, Argolico, Latio, Burgundo carminé lusi.

On lui doit une bonne édition du Menagiana, Paris, i^i5, 4 vol. in-12. Il est connu surtout pour ses noëls en patois bourguignon, pleins de traits de satire et de verve narquoise : Noei tô nôvea, compôzai an lai raë de lai Roulôte, ansanne le Noei compôzai ci-devan an lai rue du Tillô, Dijon, 1701, in-12, réimprimés par le président Bouhier, Dijon, 1720, in-8, et par Fertiault, Paris, 1842, in-12 (Voir Papillon, Bibliothèque des Auteurs de Bourgogne, Dijon, 1745, in-fol., t. II, p. 61 et suiv. ; C-X. Girault et C.-N. Amanton, Particularités sur La Monnoye, Crébillon et Piron, Dijon, 1822, in-8 ; Lettres inédites deB. de La Monnoye à son fils, le R. P. de La Monnoye, religieux cordelier à Barsur-Aube, publiées par l'abbé Bougaud, Dijon, i856, in-8 ; A. Jacquet, la Vie littéraire dans une ville de province sous Louis XIV, Paris, 1886, in-8 ; J. Durandeau, Aimé Piron ou la vie littéraire à Dijon au XVII* siècle, Dijon, 1888, in-8).

1. « J'ai lu ces jours passés une partie du dernier ouvrage de M. de Meaux ; j'en suis charmé, et je ne sais pas à quoi songe le Pape de ne pas envoyer le chapeau à ce prélat. Il s'est surpassé dans cette histoire des variations des protestants : on y voit partout une force, une netteté, une exactitude, une bonne foi et un certain air de supériorité qui fait bien sentir qu'il défend le bon parti et que l'avantage est de son côté ; je tiens, pour moi, l'hérésie assommée de ce dernier coup. Le ministre Claude en serait mort, s'il n'était mort, et Jurieu en va mourir » (OEuvres choisies de B. de La Monnoye, t. II, in-4, p. 35g ; t. III, in-8, p. 297).

2. La Monnoye avait dû voir souvent Bossuet pendant le séjour que celui-ci fit à Dijon en 1674. M. Floquet assure (Bossuet précepteur, p. i56) que Bossuet, cette année-là, étant à Arc-sur-Tille, lut au Roi, à la Reine et au Dauphin une ode de La Monnoye sur la conquête de La Franche-Comté. Le fait est possible, mais non certain : l'éditeur de La Monnoye dit seulement que Louis XIV reçut cette

53o CORRESPONDANCE |nov. 1688

chefs-d'œuvre? Aces raisons de rappeler un souvenir qui m'est si glorieux, il s'en joint une nouvelle qui ne saurait manquer de vous plaire. C'est, Monseigneur, la prise de Philisbourg. L'occasion du siège de cette place, entrepris sous la conduite de Monseigneur le Dauphin, ayant réveillé mes muses endormies, la part que votre mérite vous a donnée à l'éducation de ce prince, me fait prendre la liberté de vous envoyer l'ode cijointe que j'ai faite à sa louange 3. Comme la grâce de ces sortes de compositions consiste en partie dans la diligence 4, et qu'il sied bien à l'éloge du conquérant d'avoir quelque rapport à la rapidité de la conquête, j'ose vous prier, Monseigneur, si vous trouvez ces vers dignes de paraître devant un prince que vous avez rendu si capable d'en juger, de vouloir bien à son retour leur procurer cet honneur. Je vous abandonne leur fortune, et croirai toujours la mienne très grande, si vous êtes bien persuadé que je suis, avec tout le respect possible, Monseigneur, votre, etc. 3.

A Dijon, ce 8 novembre 1688.

ode au château d'Arc-sur-Tille, à deux lieues de Dijon, et en témoigna sa satisfaction à l'auteur {Œuvres choisies, t. I, p. 27).

3. Ode à Mgr le Dauphin sur la prise de Philisbourg, s. 1., 1688, in-4, et dans les OEuvres choisies, t. I, p. 43 à 47- La prise de Philisbourg a été célébrée aussi par l'apothicaire dijonnais Aimé Piron, dans Phelisbor eclaiforai (1688), par Fénelon, par La Fontaine et d'autres membres de l'Académie française, dont les vers se lisent dans le Mercure galant, décembre 1688, 2e partie.

4. La place, attaquée par Vauban et Catinat, s'était rendue le 26 octobre 1688.

« Le i3 novembre 1688, l'évêque de Meaux fit chanter le Te Deum dans son église cathédrale, et il y officia en présence du présidial, de l'élection et des officiers de ville. Il fit, le soir, tirer un feu d'artifice sur la terrasse de son jardin, au bruit des tambours et des trompettes. Le jardin et la tour de l'église étaient illuminés ; et il y eut une fontaine de vin dans la place et une grande collation de fruits, de confitures et de liqueurs. Le Corps de ville fit aussi un feu dans la place au bruit des boîtes, et donna un grand souper avec le bal. » (La Gazette du 27 novembre 1688, p. 644) Ces détails sont confirmés parle Journal de Rochard, dans la Revue Bossuet, du 25 juillet 1904, p- 164.

5. La Monnoye ne conserva pas longtemps ces sentiments à l'égard

nov 1688] DE BOSSUET. 53i

Page 1