Louvois a Bossuet
À\ersailles, le 16 novembre 1688.
Monsieur, J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire le io de cemois1. Il est impossible que je puisse vous rien dire de juste sur le temps que Monseigneur pourra revenir, parce que cela dépendra du jour qu'il partira et de la diligence qu'il fera en chemin, de laquelle personne ne saurait avoir connaissance. Ce que je puis faire est de vous donner avis de la nouvelle qui viendra de la réduction de Francandal2, ne doutant pas que Monseigneur ne parte peu après, et c'est à quoije ne manquerai pas. Je suis, etc..
de Bossuet : il lui reprocha bientôt de n'avoir rien fait pour lui venir en aide. « C'est dommage, écrivait-il, en 1691, à l'abbé Nicaise, que certain prélat (grand homme d'ailleurs) à qui j'ai longtemps fait ma cour inutilement, ne soit pas né aussi bienfaisant que vous. Il y a longtemps qu'un mot de sa part en ma faveur aurait pu me tirer d'intrigue ; il ne l'a pas voulu prononcer, ce mot, et ideo maie lorqueor. Je l'admire pour cent bonnes qualités qu'il a, mais je l'admire encore plus pour sa dureté... Illi robur et ses triplex Circa pectus. J'ai flatté quelquefois son oreille, il me l'a dit; mais je n'ai jamais pu toucher son cœur. » Et l'éditeur, Rigoley de Juvigny, ajoute ces mots d'une visible injustice : « On devinera aisément quel était le prélat illustre qu'il désigne, qui n'a jamais passé pour avoir de la sensibilité pour les malheurs de ses amis. » (OEuvres choisies de B. de La Monnaye, t. II, in-4, p. kok) t. III, in-8, p. 367).
Lettre 484. — Inédite. Archives du Ministère delà Guerre, t. 812, p. 421. Minute.
1. Nous n'avons plus cette lettre, où Bossuet priait Louvois de l'informer du retour du Dauphin. Le prince, en effet, devait passer par Meaux, et l'évèque, heureux et fier des succès guerriers de son ancien élève, tenait à lui préparer une réception convenable.
2. Frankendal, ou plutôt Frankenthal, petite place du Palatinat du Rhin, sur l'Isenach, à sept lieues environ de Spire. Le Dauphin était arrivé le i4 novembre devant cette ville, qui se rendit le 18. L'année suivante, les Français la détruisirent entièrement.
[déc. 1688