‹ Correspondance de Bossuet (volume 3)Chapitre 4 sur 308 · A l'Évêque de Castorie · texte numérisé non relu

A l'Évêque de Castorie

Illustrissime ac Reverendissime Domine, Prodiit ab aliquot mensibus libellus cui est titulus Traité des Billets ' , cujus auctor Le Correur 2, presby-

Lettre 291. — L. a. s. Archives de la paroisse Sainte-Gertrude, à Utrecht. Corneille Jean Barchman Vuytiers, archevêque d'Utrecht (mort en 1733), ayant trouvé dans les papiers de son prédécesseur l'original de cette lettre sans indication de date, fit demander à Bossuet, évèque de Troyes, des renseignements complémentaires sur les circonstances dans lesquelles elle avait été écrite (lettre du 7 décembre 1729, dans les papiers du docteur Petitpied, Bibliothèque Nationale, f. fr. 2^876, f° 3 et h)-

1 . Traité de la pratique des billets entre les négociants, par ***, docteur en théologie. Louvain [Hollande], 1682, in-12; seconde édition, Mons, i684, in-12. Le Catalogue de la Bibliothèque Nationale l'attribue à N. Le Coreur.

2. François Correur, prêtre du diocèse d'Amiens, avait été reçu en qualité de prêtre habitué à Saint-Germain-l'Auxerrois, le 3o septembre 1678 (Archives Nationales, LL 4i 4, f° 28). Les Correur ou Le Correur, originaires d'Amiens, avaient été anoblis dans la personne de Robert Le Correur, en i5g/i (Bibl. Nationale, dossiers bleus). Le Correur, auteur de la Pratique des billets, doit être visé dans les lignes suivantes: «... Un écrivain moderne, après avoir vécu longtemps dans l'aversion du casuitisme et avoir même souffert l'éloignement de son pays et de son Eglise pour s'être rendu suspect d'une sévérité excessive, s'est trouvé engagé d'écrire en faveur de l'usure et des billets par les habitudes agréables qu'on dit qu'il a contractées avec des marchands et d'autres personnes d'un commerce séculier. »

août i684] DE BOSSUET. 7

ter in parœcia sancti Germani Autissiodorensis Lutetiae serviens, idprae sefert, libellum tibi probatum fuisse, tuaque opéra excusum. Id quidem nunquam mihi persuasum erit, donec a te ipso mihi significatum fuerit. Hoc libro de usura ea docentur quae sacris Conciliis et omnium saeculorum perpétuée ac perspicuae traditioni répugnent3.

(Ad. Baillet, Des Préjugés, chap. vi, dans les Jugements des savants, édit. La Monnoye, Paris, 1722, in-4, p. 122). Ajoutons qu'un cers tain M. Correur, ecclésiastique d'Amiens, était en relations avec le amis de Port-Royal vers 1675 (Recueil de M. de Pontchàteau, lettre du 23 février 1675. Collection de M. A. Gazier, P. R. 6, p. 73a); ce qui semble indiquer que Baillet avait eu en vue l'abbé Correur ou Le Correur, auteur du Traité des billets.

3. Autrefois, les théologiens, bien qu'autorisant les rentes perpétuelles, condamnaient l'intérêt provenant d'un prêt temporaire, à moins que le capital ne courût des risques sérieux ou que le prêt n'entraînât la perte d'avantages réels (lucrum cessons et damnum émergeas). Tout autre intérêt perçu était alors flétri du nom d'usure. La légitimité de l'intérêt fut, au xvne siècle, l'occasion de discussions violentes chez les théologiens et les jurisconsultes. Par exemple, le célèbre Saumaise, pour justifier l'intérêt, écrivit De usuris, Leyde, i638, in-8 ; De modo usurarum, Leyde, i63g, in-8 ; De fœnore trapezico, Leyde, i64o, in-8; Diatriba de mutuo, Leyde, i64o, in-8. Le P. Chaduc, de l'Oratoire, ayant publié dans le même sens une Lettre d'un théologien à un sien ami sur l'usure, fut réfuté par son confrère, le P. Thorentier (L'Usure expliquée et condamnée par les Ecritures saintes et par la tradition universelle de l'Eglise... par M. du Tertre, Paris, 1673, in-12) ; et répliqua par un Traité de la nature de l'usure selon la loi de Dieu et la doctrine des saints Pères..., par le sieur de Mariolles, Avignon, 1675, in-12. Le P. Maignan, minime, avait aussi publié une Disserlatio theologica de usu licito pecuniœ, Lyon, 1673, in-12, ouvrage mis à l'Index en 1674. Quant à Le Correur, il condamnait l'usure, en général, mais autorisait « la pratique de donner et de recevoir, pour un temps limité, de l'argent à intérêt sous de simples billets, entre des personnes accommodées, par un pur principe de commerce.» Son ouvrage fut réfuté par Jacques Gaitte, docteur de Paris et chanoine de Luoon : Tractatus de usura et fœnore, item de usuraria trium contractuum pravitate (Paris, 1688, in-4), et plus tard par M. Le Maire, chanoine de Beauvais : Réfutation du traité

8 CORRESPONDANCE [août 1684

Te igitur rogo etiam atque etiam, Illustrissime Domine, ut de eo libro quid sentias testificari velis ; ut vel ego ipse rem excutiam diligentius, si forte probaveris, quod minime reor, vel si improbaveris aut nescias, id expostulem apud eum qui se tanto apud me nomine commendarit4. Gaudeo occasionem datam salutandi tui. Nemo enim hominum vivit tuse pietatis, tuae doctrinae, tuae personae studiosior.

Illustrissime ac Reverendissime Domine, Illustrissimae ac Reverendissimse Dominationis tuae, summa cum reverentia obsequentissimus atque obedientissimus .

J. Benignus, eps. Meldensis.

In Castro nostro Germiniaco ad Matronam [8 augusti i684]-

Suscription : Illustrissimo ac Reverendissimo D.-D. Domino Episcopo Castoriensi, Sedis apostolicas vicario apud Batavos, Ultrajectum.

de la pratique des billets entre les négociants, par M. ***, Paris, 1702, in-12 (Voir Batterel, Mémoires domestiques, édit. Ingold et Bonnardet, t. III (igo4), in-8, p. 454 et suivantes).

4- La question de la légitimité de l'intérêt a longtemps préoccupé Bossuet. On a de lui un Traité de l'usure, qui semble avoir été composé dans l'intention de faire prononcer contre l'intérêt une censure par l'Assemblée de 1682. Cette Assemblée ayant été dissoute prématurément, Bossuet revint à la charge en 1700 et obtint facilement gain de cause. Il avait alors en vue le Traité des billets (Cf. Ledieu, t. II, p. a3, 108 à 110, et M. Rébelliau, dans la Revue Bossuet, du 25 juillet 1901).

août i68i] DE BOSSUET.

Page 1