Ce projet ne semble pas avoir été exécuté
l\. Robert Ubaldini, né à Florence, fut évêque de Monte-Pulciano, de 1607 à 1622 ; il fut créé cardinal par Paul V en i6i5. Il avait été nonce en France de 1608 à 16 16 et avait excité le mécontentement des Parlementaires par son zèle à faire reconnaître l'autorité du Pape malgré les traditions gallicanes. Il s'était signalé, en particulier, au chapitre général des Dominicains tenu à Paris en 161 1, où furent soutenues des tbèses ultramontaines, et se montra très ardent à faire condamner les théories de Richer,
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assez autorisées pour obtenir créance5. Car s'il paraît que le traité de Duval6, imprimé en 1 6 1 4 contre Richer7, a été concerté avec Rome8, et que
5. Une bonne copie de ces lettres se trouve à la Bibliothèque Nationale, f. italien I2Ô4 à 1269.
6. Ce traité est le De suprema romani Pontijicis in Ecclesiam potestate, Paris, i6i4, in-4- Remanié par l'auteur, il fut inséré dans le tome II de ses Opéra theologica, Paris, 1 636, in-fol., et, sous cette forme nouvelle, réédité par M. l'abbé Ed. Puyol, Paris, 1877, in-8. — André Duval, né à Pontoise le 18 janvier 1 564, fut élève des Jésuites, puis docteur de la maison et société de Sorbonne en i5o,4, et professeur royal en théologie pendant près de quarante ans. Il prit une large part à la réforme du clergé et à l'introduction des Carmélites en France. Il mourut doyen de la Faculté de Paris, le 9 septembre i638. Ses principaux ouvrages sont : Le feu d'Hélie pour tarir les eaux de Siloë, auquel est amplement prouvé le purgatoire contre le ministre Dumoulin, Paris, i6o3, in-12 ; la Vie admirable de Sœur Marie de l'Incarnation, religieuse converse en l'ordre de Notre-Dame du Mont-Carmel et fondatrice d'icelui en France, Paris, 1621, in-8. En théologie, Duval fut l'adversaire du richérisme et enseigna une sorte d'ultramontanisme mitigé, le duvallisme, qui fut prépondérant dans l'Ecole de Paris jusque vers l'année 1662.
7. Edmond Richer, né à Chaource (ou plutôt à Chesley, près de cette petite ville), dans l'ancien diocèse de Langres, en i55g, fut docteur de Sorbonne, grand-maître du collège du Cardinal Lemoine et syndic de la Faculté de théologie. Par son attitude lors d'une thèse ultramontaine soutenue au chapitre général des Dominicains, en 161 1, et surtout par son traité De ecclesiastica et civili potestate (Paris, 161 1, in-4), il s'attira l'hostilité du nonce Ubaldini. Celui-ci mit tout en œuvre pour faire condamner le livre de Richer, qui ayant refusé obstinément de se rétracter, fut déposé de son syndicat. Il mourut le 29 novembre i63i. Une longue liste des écrits de Richer, où ne figure pourtant pas sa curieuse Histoire de la Pucelle d'Orléans, restée manuscrite, se trouve dans les Mémoires de ïNiceron, t. XXVII, et sa Vie a été écrite par Adrien Baillet, Liège, 1714, in-12. On peut consulter sur lui Ellies du Pin, Histoire ecclésiastique du xvne siècle, Paris, 1714, t. I ; F. T. Perrens, L'Église et l'Etat sous le règne de Henri IV et la régence de Marie de Médicis, Paris, 1872, 2 vol. in-8; le P. Prat, Recherches sur la Compagnie de Jésus en France au temps du P. Coton, Lyon, 1876, in-8, t. II et III; Ed. Puyol, Edmond Richer, Paris, 1876, 2 vol. in-8.
8. Le livre de Duval, quoique composé à l'instigation du nonce
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cela résulte du témoignage de ce cardinal, qui était alors nonce en France, il s'ensuivra très bien que Rome se contentait qu'on défendît l'infaillibilité, sans taxer ni d'hérésie, ni d'erreur, ni même de témérité la doctrine opposée : ce qui montre que les censures du cardinal Bellarmin9 ne passaient pas pour cer-
Ubaldini, n'avait pourtant pas été concerté avec lui. L'auteur avait négligé à dessein de le soumettre avant l'impression à l'examen du nonce, et celui-ci y trouvait à reprendre quelques détails qui sentaient encore trop à son gré l'air de France. Ubaldini s'en explique dans une lettre, du 28 janvier 1 6 1 4, au cardinal Borghèse. Après avoir rappelé qu'à l'apparition du nouvel ouvrage d'un conseiller du Roi en son Grand conseil, ardent défenseur de Richer (Simon Yigor, Apologia, i6i3), il avait pressé le théologien Duval d'y répondre, il apprécie en ces termes le livre de ce Docteur, qu'il appelle « un Francese di tanto nome e zelo sopramodo stimato ». « Io da quello che ho potuto trascorrere, l'opéra spero che possa piacere a NostroSignore, e ne havrà consolatione, poichetra l'altre cose porta l'autore con sincerità degna d'un buon teologo, che il concilio di Basilea stato sin qui tennto per il Palladio délia Francia con grandissimo pregiuditio délia religione, et in particolare délia dignità è podestà pontificia è un mero conciliabolo, che il Papa docens ex cathedra in rébus fidci et morum ha infallibilità, che il sacrosto concilio di Trento è da desiderarsi che sia ricevuto in questo regno,eche non sono permessePappellationi ad futurumeoncilium. «Ubaldini continue en faisant quelques restrictions sur l'ouvrage de Duval. « Ben' è vero che se il buon Dottore mi havesse prima conferita l'opéra di publicarla corne desideravo grandemente, havrei creduto di potergli far levare alcune cosette che s'accommodano un poco troppo ail' aria del paese, et aile pretentioni de Parlamenti di Francia, e che daranno per avventura quelche noia, ma in cio egli si scusa con dire che me l'ha celata per poter in caso che si levasse quelche tempesta contro di lui per causa di dett' opéra affermare anco con giuramento di non havermela conferita col promettermi che corne egli l'[h]a sottomessa alla censura di cotesta Santa Sede, cosi la corrigera ed emenderà con perfetta obbedienza nella seconda editione. » (Bibl. Nation., f. italien,
9. Bellarmin fut mécontent du livre de Duval, et fit remettre au docteur de Sorbonne une note critique. « Con la lettera di V. S. Illma delli 26 di Luglio ricevei quelle di lei e del S. Card. Bellarmino per il Dottor Andréa Duval sorbonico, a cui io le feci rendere subito hora intendo che egli replica quanto gli occorre aile note di detto
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taines, et ne faisaient pas une loi à Rome, comme il semble qu'on en veut faire une à présent.
Mais vous marquez une chose que je ne me souviens pas d'avoir aperçue dans Duval, savoir que les décisions du Pape ne sont pas de foi jusqu'à ce que le consentement de l'Eglise soit intervenu. Je vois assez que Duval, ne tenant pas l'infaillibilité du Pape comme de foi, il est mené à cette conséquence ; mais je ne me souviens pas qu'il l'ait dit expressément10, et cela est d'une extrême importance. Si
sig. Card. con fermo proposito di sottomettersi riverentemente alla deliberatione che ne piglieramo poi la Santità di nostro Signore e cotesta Sac. Congregatione, e quanto a gl' amici di detto Duval che gia l'avvisorno di costi che il suo libro era stato mal recivuto, e che portava pericolo di censura ; non ho mai potuto sapere i nomi, tal' è la modestia e circonspettione di questo buon Dottore » (Ubaldini, dépêche du 7 octobre i 6 1 d, ibid., f° 3i5 ; cf. dépèche du 20 novembre i6i4, 0° 35o. Voir aussi Perrens, l'Egliseet l'Etat, t. II, p. 222 etsuiv.).
10. Duval le dit en propres termes, à propos de cette objection : « Dices : Si moraliter dumtaxatcertum sit hune velillum esse summum pontificem, ergo ejus definitiones moralem dumtaxat habiturae sunt certitudinem. Patet consequentia, quia non potest effectus superare causam suam : igitur si Pontifex causa efficiens istius definilionis solum moraliter certus sit, ejus definitiones moraliter quoque dumtaxat certae erunt. »
Voici comment Duval répond à l'objection :
« Respondeo definitiones Pontificis non esse de fide, donec universalis Ecclesia, quam de fide est errare non posse, eas acceptaverit ; licet enim certissimum sit infallibilitatem in definiendo Pontifici convenire, hoc tamen non est de fide, sed tantum ea maxima certitudine morali, de qua paulo ante diximus, constat; et haec solutio mihi magis arridet quam ea qua nonnulli respondent definitiones fidei auctoritate summi Pontificis factas non pendere ex veritate hujus propositionis : Hic, vel ille est summus Pontifex, sed ex veritate hujus: Hic vel ille in tota Ecclesia habetur pro Pontifice : semper enim manet difficultas, nam veritas hujus posterions propositionis certitudinem moralem etiam non excedit, quia tota Ecclesia id tanquam de fide minime crédit.
«Sed ponamus,dicet quis, Pontificem quem Ecclesia agnoscit, pro-
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vous vouliez bien me citer le lieu où Duval parle ainsi, vous me sauveriez11 la peine de chercher une chose dont il est bon d'être informé.
Je vous suis, Monsieur, très obligé de toutes vos bontés : continuez-les-moi, je vous en conjure, puisqu'on ne peut être plus que je le suis, etc.
P. S. Nous allons bientôt tenir notre assemblée provinciale pour députer à la générale12. Je ne crois
pter defectum occultum verum non esse, an illius definitiones erunt infallibiles ? Respondeo : quamvis talis Pontifex privilégie» infallibilitatis non gauderet, ejus tamen error in Ecclesiam minime redundaret, quia ubi aliquid falso definivisset, ante receptionem generalem ab Ecclesia falsitas definilionis, aut etiam ipsius definientis appareret... » (Part. II, q. v, p. 3c>7 et 3o8.)
Et ailleurs, Duval dit encore : « Diligentissime observandum est, ut aliquid dogma tanquam haereticum babeatur, non esse necessariam concilii generalis celebrationem, sed sufficere S. Pontificis condemnationem una cum acceptatione totius Ecclesiae per orbem diffusa?. » (Ibid., q. il, p. 235.)
Ces passages sont restés tels dans l'édition remaniée par Duval sur les indications venues de Rome (Cf. l'édition de M. Ed. Puyol, Paris, 1877, in-8, p. 1^8 et 120).
On peut voir dans les dépècbes du cardinal d'Estrées (Affaires étrangères, Rome, t. 2g3, f° 3o8 et 3o()) des extraits des registres du Saint-Office contenant le texte des corrections demandées à Duval pour la seconde édition de son livre, etc.
il. Sauver la peine, l'épargner. Cf. t. II, p. 43.
12. L'assemblée de la province de Paris, de laquelle relevait le diocèse de Meaux, se tint le 8 mai 1 685. Parmi les députés qu'elle désigna, on remarque l'abbé Fr. de Gomer de Lusancy, chanoine de Meaux, nommé par le Roi à l'abbaye de Notre-Dame -des-Vertus, au diocèse de Chàlons. L'assemblée générale du clergé se réunit à Saint-Germain-en-Laye, du 23 mai au 23 juillet. Il ne s'y parla, en effet, de rien, si l'on songe aux difficultés pendantes entre la France et la cour de Rome. L'abbé Bernou écrivait de Rome à Renaudot, le 26 juin i685 : « Nous apprenons que votre assemblée du clergé ne fera rien et que chacun tire son épingle du jeu. On s'en moque et moquera bien en cette Cour, qu'on connaît bien mal. Nous n'avons pas fait de même dans l'affaire des Capucins, où nous nous sommes fait faire raison en leur montrant les dents »
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pas qu'il se parle de rien dans l'assemblée générale: en tout cas, je n'y serai pas, et je m'en rapporte à ceux qui y seront.
32 5. — Aux Ursuliînes de Meaux.
A. Germigny, ce jour de saint Jacques et saint Philippe, i685.
Mes Filles, la paix et l'amour de Notre-Seigneur soit avec vous.
Je reçois votre présent1 avec joie et reconnaissance : tout y est bénignité, tout y est paix, tout y est douceur. Voyez ce que Dieu fait par le chétif ministère de ses serviteurs. Mais, si c'est ici une œuvre de Dieu, il faut qu'elle soit durable ; car l'Esprit pacifique que vous avez, selon l'Evangile, représenté par la colombe, vient dans les cœurs non seulement pour y être, mais pour y demeurer : // y demeurera, vous dit Jésus-Christ, et il y sera'2.
(Bibl. Nationale, n. a. fr. 7^97, f° a33). Mais les députés votèrent un don gratuit de trois millions réclamé par le Roi, et surtout ils s'occupèrent beaucoup des protestants. Sur les plaintes de l'Assemblée, le Roi prit une série de mesures rigoureuses, prélude de la révocation de l'édit de Nantes (Procès-verbal de l'Assemblée générale du clergé de France tenue à Saint-Germain-en-Laye, au Château neuf, en l'année i685. Paris, i6go, in-fol.).
Lettre 325. — Les éditions donnent cette lettre comme adressée à des religieuses de la ville de Meaux. Nous pouvons être plus précis et assurer que ces religieuses étaient les Ursulines. Cette lettre fut écrite le mardi, Ier mai, c'est-à-dire quelques jours après la visite dont il a été fait mention plus haut.
1. Ce présent était sans doute quelque image pieuse, ouvrage des Sœurs, en souvenir de la visite. Comme on va le voir, le Saint-Esprit y était représenté sous les traits d'une colombe.